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CHRONIQUE
MATHIEU D'ESCOUCHY
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- UFRIUCRIZ DI Ca. lAHDRE
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CHRONIQUE
DE
MATHIEU D'ESCOUCHY
nOUTELLE ÉDITION
SUR LES MASIISCRITS
n HMltl Ane NOTU IT AXinCIMBIBm
POUR LA SOCifcTft DE l'hISTOIRE DB FRIDCB
G. DU FRB8NE DE BEACCOVRT
TOMK SECOND
A PARIS
CHEZ JULES RENOUARD ET 0-
UBRAIBES DE LA SOCAlfi DB L'HISTOIRE DB FRAKCE
lin >■ TODHON, H* fi
NDCCCLXIU
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EnmAiT av aàsLEiiEMT.
ÂKT. 14. Le CoAseit désigne les ouvrages à publier, et choi&it les persomies l.^ plus capables d'eu préparer et d'en suivre la publicadoo. _, ^ '
n nomme, pour diaqile ouTrage i publier, un Commissaire responsable, tdiargÀ d'en surveiller l'exécution.
Le nom de l'Éditenr sera placé à la tête de chaque volume.
Ancon volume ne pourra parutre sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil , et s'il n'est accompagné d'une déclara- doo du Commissaire responsable, portant que le travail lui a paru r d'être publié.
Ze CommUsaire responsable soussigné déclare que l'Édi- tion de la Chroriqub db Matbibu d'Escoucht, préparée par H. DE BEÂiiconaT , lui a paru digne tSêtre publiée par la Socûtb de lUistoi&b us Fruice.
Fait à Parit, le iO décembre i&6-i.
Signé : L. BELL&GtIET.
Cerlifîé, ht Sccrftaln d« U SotUM de l'HIiloIra de France, J. DESMOTEItS.
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SOMMAIRE.
1452 (suite).
Le doc de Boiirgo(^e envahit pour la seconde fois le pays de Waes, 1. Le comte de Saiut-Pol défait les Ga&toia, 3. Mort de de Cornille, bâtard de Boargogne, 4. tes bâtards de Snizeet de Blano-Eitrùn prennent Grammont, 6.11a brûlent Acre et les .fâiiboiij;gs de Lessines, 7. Jean de Croy reprend Grammont, 8. InterreniiDn du roi dans la querelle du duo avec les Gfenlob; oiTiH d'nne ambassade, 9. Les ambassadeurs sont reçus par le doc, 11. Us se rendent à Gand, IS. Pourparlers avec les Gan- tois, 13. Trêve accordée par le duc, 14 ; et publiée, 19. Gar- ■ûons placées par le duc dans les villes de Flandre, IS. Entre- prise des Gantois de Herlebeke contre les Bourguignons logés » Hnlst et leur défaite, 17. Le duc s'empare de Herlebeke, 18. Le duc, ayant soumis presque tout le pays de Waes, se redre à Lnie, 1 8 . Ravages exercés par un parti gantois commandé par le bâtard de Blanc-Ëstrain, SO. Plaintes adressées à ce sujet par le doc aux ambassadeurs de France, 20, Continuation des négociations avec les Gantob, SI . Prolongation des trêves pen- dant s^l jours, 22. ConclasîoD d'un traité, publié le 4 sep- tembre, 23. Sa lenenr, 21. Trahison des habitants de Bordeaux, S8. Talbot nuitre du Bordelais, 29. Charles m délibère à ce 5(ôet,30.
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U53.
Chu-les VII rassemblo une armée et s'avanceren la Guyenne, 31. Prise de Chalais, 31. Prise de Gensac, 32. On délibéra sur le pland'atta9ie,32.SiégedeCastiUon,33.Ba[ailledeCa$tiIlon,34. Mort deTalbat, ^1. Révolte du duché de Lnxembonrg, b3. Le seigneur de Croy, à la tête d'une armée bourguignonne, recon- quiert ce duché, 44. Trêve entre Huniade et les Tnrca, 51. Siège de CoDstantinople, SI . Prise de cette ville, SS. Lettre de Mahomet n an pape, S8. Meurtre de Jean de Fieffés par Jean, seigneur de Flavy, 69, Prise de Cadillac par Dunois, 6!t. Le roi fait le siège de Bordeaux, 69. Reddition d'nn grand nombre de places, 67. Xaintrailles toumet Blanquefort, 68. Les Bordelais envoient une députation solliciter le pardon du roi, 69. Fer- meté de Oiorles TII, qui veut avoir la ville à sa discrétioo, 70. Préparatib pour l'attaque, 71. Nouvelles démarches des Bor- delais, 72. Le seigneur de Camoys, gouverneur anglais de Bor- deaux, obtient enfin un traité de capitulation, 75. Bordeaux est remis aa roi le 19 octobre, 76. Benaagei et Rions refusent de se rendre et sont pris d'assaut, 77. Un navire bordelais, qui croisait devant Bordeaux, tombe au ponvoir des Français, 79. Reprise des hostilités en Flandre, 80. Le duc de Bourgogne s'empare de Scbendelbeke, 82. Prise de Poucques, 8k. Mort de Jacques de Lalain, 84. Prise de Gavre ; exécution barbare de la garnison, 86. Bataille de Gavre, 90. Teneur des lettres d'abolition accordées par Philippe le Boa aux Gantois, 92, Dé- faite des Turcs près de Negrepimt, 111 , Henri TI mis en tu- telle par le duc dTorlc, 113.
U54.
Banquets à Lille, 113. Le duc d'Alençon à la cour du duc de Boulogne, 114. Fête du faisan : joutes et enirameis, 116. Voeux des princes et seigneurs assistant au banquet : du duc de
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SOUMAIRE. ui
Boui^goe, ISO ; du duc de dèves, 16S ; du comte de SAÎnt- VtA, 16S; da seignenr de Pons, 166; du comte de Charo- Uû, 166; do comte d'Étampes, 167; d'Adolphe de aèTes,i67; de Jean de Coùnbres, 168; du seigneur de ïleiiiies, 168; d'Anioine, bfttanl de Bom^gne, 169 ; du comte de Heurnes, 169; da comte de Boucan, 170; de Hue de Laimoy, 170; d'Antoine de Croj, 171 ; du seigneur de Charny, 172; d'A- dolphe de laHark,173;de JeandeCroy, 173; duseigneurde Crequj, ilk; de Simon de Lalain, 17S; de Jean de Luxem- bonrg, 17S; du leigneur d'Auxy,177; du seigneur de Lannoy, 17T;deIficoIa3 Rolin, 178; du seignenr de Lalain et de'Sanse de Lalain, 179; de Charles de Ghalon, 179; de Charles de Hochefort,180; de Jeande Ghines, 181; de Philippe de Homes, 182; de Louis de la Vicfvîlle, 182; du seigneur de Commines, 183; d'Antoine de Crévecœur, 184; de Jean du Bois, 184 ; de Pierre de Boussu et de Philippe de Lalain, 186; de Thibaut de RoogemoDt, 186 ; de Josse de Halwin et de Gaules du Fossé, 1 87 ; de Louis de Gnubuse, 187 ;de Philippe Pot, 188; de Claude de TonloDgeon, 169 ; d'Antoine deRochefort, 190 ; d'Antoine Bolin, 191 ; de Htie de Longueval, 192; de Robert de Hîraumont, 198 ; d'Antoiae de Ray, 193 ; de Guillaume de Vaudrey, 194; da seigneur de Contay, 194; de Geoffroy de Thoîsy, 194; de Jean de Rosimbos, 105; de Baudouin d'Ongnies, 199; de Jean de Beauvoir, 196; de Jean de Hingettes, 196; d'Alardde Kabodengues, 197; de Simon du Chasteller, 197; de Guy de Brimeu, 198; de Jacques de Driucbam, 198; de Chrétien et Erard de Digoine, 199; de Claude de Rochebaron, 200; de Louis de Conlay, 201 ; d'Antoioe et Philippe, bdtards de Bra- bant, et de Frédéric de Witem, 201 ; de Josse de Creninghe, 102; de Jean du Chasteler, 202 ; de Piètre Vasque de Saaiedra, SOS; de PhUippe de la Viefville, 203; de Jacques de Harchies, 204; de Pierre de BUratunont, 204; de Jean, Utard de Renii, t05; de Lyon de La BoTU-derie, 206; de Louis Horel, 206; de Philippe de Noyelles, 207 ; de Guillaume de Cicon, 208 ; d'Antranede Lomay,208; d'Emarc BouEon, 209; de Jean Bou- daiilt,S09; de Jacques de Villiers, 210; de Gu;otd'Usie,210;
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IV ' SOMMAIRE,
da Jacqnes de Honlmartiii, de Guillouine de S«tx et de Pierre de Hagenb&c, îll ; de Beiré de Hériidec, 212; de Jean de Chasu, SI2-, de Louis du Cberalart, 213; de Jean de Sailly, 214; de Guérard deRoiissiUon,314; d'Englebertd'Orlay, 215; d'EsteredeFaletans, ZIS; de HoIanddeDÎMnnde, 216; deRo- bert,b&tard de Savenses, 216; de Jean de Maxilles, 217; de Goérin de Brimen, 217; de Guillaume de Martignj, 21 S; de Philippe de Schoonboven, 2f9; de Jean de Grignmt, 219; de Martin Fraise, 220 ; de Jeannet de Rehremettes, 220 ; de GuiU bnioe de Catandre, 221 ; d'Olivier de la Marche, 221 , Dialogue entre l'asteur et an chambellan du duc relativement à la fête du faiMn, 823. Apparition de Gràce-Dieu, 226. Vers adressés aa duc par les liouze vertas, 230, lie prix du mieux joutant est accordé au comte de Charolais, 236. Fête de ta Licorne donnée à Cambray par le comte de Saint-Pol, 238. Le duc de Bour- gogne envoie demander la main d'Isabelle, fille dn duo de Bourbon, pour le comte de Charolais, 2^1 . Départ du duc de Bourgogne pour l'Allemagne ; il congédie pendant deux ans les gens de son h6tel, "iWi. Il traverse la Bourgogne, 24S, Bril- lante réception qui lui est faite en Allemagne, 247. Le duc Albert d'Autriche vient au devant de lui, 252. Il xst escorté par le duc Louis de Bavière, 2S3. Arrivée à Ratisbonne, 2SS. La diète est remise, 2S6. Retour de Philippe qu'accompagne ' le duc de Bavière, 2Se. Guerre entre le Miard de Saint-Pol et l'évéque de Liège, 2S9. La duchesse de Bourgogne et les comtes de Charolais et d'Étampes sont pris pour ari»ires du différent, 261. Dissensions en Angleterre, 261. Brigandages qui y sont exercés, 262. Mariage du comte d'Eu et d'Hélène, fille du seigneur d'Autoing, 262. Le duc de Bourgogne à -Ne- vers, 263. La comtesse de Clermont va solliciter le roi d'ac- corder son consentement au mariage du comte de Charolais et d'isabdie de Bourbon, 264. Traité entre le dauphin et le doc de Savoie, conclu par l'eDlreinbe du roi et du ducdeBourgc^e, 26S. Secours donnes par le roi à Nicole de Giresme, grand- prieur de l'ordre de Rhodes en France, contre les Turcs, 266. Giresme est arrêté au passage par les Génois, 267. Défaite des
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SOHHAIRB. V
Français dans nne rencontre avec tes Anglais devant Gnines, 268, Expédition du maréchal de ftlamont en Allemagne contre rarcheréqae de Strasbourg, 26d. Mariage du comte de Charo- Uis et d'Isabelle de Bourbon, 279. Rapport des ambassadeurs envoyés par le dnc de Bourgogne i l'assemblée de Francfort, 27i. Révolte en Prusse contre l'ordre Teutonique, 273. Con- qnéte de la Rasde par lei Turcs, 275.
U55.
PrédicaiMms merveilleuses de frère Didier, cordelier, en Picardie, 276. Hortde Nicolas V;CaIixtelIIIui3nccède, 178. Aides accor- dées au duc de Bourgogne pour son entreprise contre les Turcs, S7B. Fiançailles du duc de Clèves et d'Isabelle, fille dn comte d'Étampes, 279. Jacques Ccenr, son commerce, sa fortune, 260. Accusalions portées contre lui, 982. Son arrestation, 264. Son |vocès, iSk. Sa condanmatian, SS8. Mariage du duc de Clèves,
289. Sentence d'excommimication contre le comte d'Armagnac,
290. Le pape l'en relève à la prière du roi, 291. Il épouse sa scenr; nouvelle excommunication, 292. I^ roi lui envoie le comte de la Blarche et la danie d'Albret, 292. Insuccès de leur mission, 294, Une armée est envoyée contre lui sous les ordres do comte de Germont, 296. Prise de Lectoore et de tout le comté d'Armagnac, 296. Le comte se réfute sur la frondère d'Aragon, 297. Combat à outrance à Valenciennes entre deux rotnriers, 297. Arrivée à Lille de six Turcs envoyés par le doc d'Albanie au duc de Bourgt^e, SOS. Le seigneur de Croy obtient par ses intrigues la main de la fille du comte de Saint-Pol pour son fiU, 306. Concile de Scnssons, 31 0. Ambassade du doc de Boulogne au roi ; il loi demande de prendre ses États en garde pendant son voyage en Turquie, 311. Répbnse da rtà, 313. L'évéqne de liège résigne son érécbé entre tes mains de Loois, fils du doc de Bourbon, 314. Mort de l'évèque dtltrecbt; dissensions an sujet de la succession à son évécbé, 31S. Ambas- sades du pape et du roi d'Aragon au duc de Bourgogne, 317.
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14S6.
Révolte du duc d'AleoçoD ; son alliance avec les Anglais, 318. Il est arrêté par Dunoif, 3S1 . Son interrogatoire, 323. Il reste eoprisoD pendant deux ans, 324. Grande défaite des Turcs devant Belgrade, 3ZS. Le roi, voyant l'obstination du dauphin à ne pas revenir k sa cour, fait marcher une armée contre loi, 329. Le dauphin s'enfuit en Boui^ogne, où, en l'absence du duc, il reçoit l'accueil le plus empressé, 330. Honneurs que lui rend le duc à Bruxelles à son retour, 331 . Reqnétes du dau- phin au duc contre le roi, et réponse du duc, 332. Le dauphin s'établit à Genappe, 333. Le roi fait armer ses frontières du cdté de la Picardie et interdit l'usage de monnaies qui ne soient pas du royaume, 334. Le duc de Bourgogne envoie une am- bassade au roi; remontrances présentées au sujet du dau- phin, 33S. Réponse du roi ; sa teneur, 337, Opinion personnelle du roi sur cette querelle, 343.
U57.
Tremblement de terre dans le royaume de Naples, 344. Le dau- phin fait venir à Namur sa femme, restée en Dauphiné, 351. Mariage projeté des deux fils du duc de Somerset avec deux filles du roi d'Ecosse, 3S2, Expédition de SandTrich, 352. Am- bassade envoyée par Ladislas, roi de Hongrie, pour conclure son mariage avec Bladeldne de France, 3S4. Mort subite de Ladislas, 375. Services funèbres célébrés pourluiàTouirs et à Paris, 3S5. Départ des ambassadeurs, 3S6.
4458.
Cour des pairs teoue k VendAme, 3S7. Le duc d'Alençon y est con- damné à mon, 358. Le roi commue sa peine, 356. Le duc est enfermé dans le château de Loches, 360. Lettres de l'empereur,
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SOMMAIRE. Tii
envojées au dilc de Bourgogne au sujet de la croisade, 362. Réponse bile à Radsbonne par les ambassadeurs du doc, 369.
1459.
Ambasskde du duc de Bourgogne, envoyée à Hantoue, 377. Ité- cqmcm brillante que lui fait au passage le duc de Milan, 377. Accueil biemeillant qu'elle reçoit du pape, 3B7. Honneurs qui hn saut rendus, 389. Ambassade deCharles VU à Mantoue, 393 ; Elle est reçue froidement, 394. Le duc de Bourgogne envoie des ambassadeurs à Charles TII, 39S. Teneur de la. réponse ' làîte aox remontrances du duc, 39S. Modération du roi il' égard du duc, 41S. Affaire des Vaudois, à Arras, 416. Lenr procès iiistmit au Parlement^ 420, Ils sont déclarés innocents, 421.
1461.
Hort du roi, 422. Regrets du peuple, 422. Service célébré k Avesnes par Louis XI, 423. Le corps du rot est tranqwrté à Paris et déposé à Notre-Dame -des-Champs, 424. Cortège qui vient chercher le corps, 428. On se rend à T4otre-Dame, où un service est célébré, 431. Décoration de l'église, 43S, Le cor- t^ part pour Saint-Denis, 439. Décoration de l'église, 441 EnlerremeDt du roi, 443. Deuil du peuple, 444.
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V^s-.S
CHRONIQUE
MATHIEU D'ESCOUCHY.
CHAPITRE LXXXII.
Comment le duc de Bourgoingne entra en son pays de Wast la seconde fois.
Le duc de Boui^iogne, veant et coosideraot que ceulx de sa ville de Gaod estoient obstinez en leur rebe11ioD,et rendoient grand paionede seduiire aveuc euU les amples gens du plat pays, qui chascun jour s'efTorchoient de fortiffier leurs églises, et meisme faire bolvers et autres fortifHcacions parmi le pays et especialement ou pays de Wast, ordonna de preodre certain nombre de gens d'armes et de trait, tant en ses boDDes villes commet chastelleries d'icelles , pour ce qu'il avoit ioteacion de brief soy trouver oudit pays de Wast qui tout entierremeot estoit contraire à lui, et lequel estoit fort à conquerre; car onques, pour quelque guerre que lesdis de Gand aient eu par cy devant , icellui pays de Wast ne peut estre subjuguié u. — 1
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1 CHfiOHIQUE [1452]
ne mis en ob«ssance. Et assambla desdictes bonnes villes et chastelleries très grant nombre de gens de trait et de manouvriers*, et aussy manda au comte d'Estampes, soo nepveu, qu'il se tirast devers luy, ,en sa ville de Thenremonde, atioat le plus de gens de guerre qu'il porroit bonoemeot fioer, les villes d'Au- denarde et de Courtray garnies de gens. Lequel comte, apprez ce qu'il eut pourveu à la garde d'icelles, se parti de ladicte ville d'Audenarde, par ud jour de lundy xni* jour de juing oudit au cinquante deux, et ala au giste cedit jour eu la ville de Granmont, et le lendemain à Thenremonde, dever» ledit duc. .
Et samblablement y arriverrent le coftite de Saiot- Pol, qui chascun jour faisoit graot diligence de servir en ceste rébellion îcellui duc; Anthoinnè/baatardde Boargoingne, et pUiseurs aultres seigneun et cappi- tainnes en grant nombre. Et eulx illec ainsi arrivez, ledit duc tint conseil : ouqueldit aux seigneurs dessuS- dîs comment il avoit esté adcertené que ceulx de son pays de Wast se rortifToient Tort, et qu'il estoit dispose du merquedy ensievant entrer eu iceliui pays, et ordonna que chascun fut prest audit jour ; et aveuc ce qu'il avoit eu vrayes nouvelles que ceulx de sa viHe de Cand se mettoient sus en très grant nombre pour yssir de la ville à intencion de venir au devant dudit duc pour lui romppre l'entrée oudit pays. A quoy cbascun se dispoza. Et bailla l%cbai^e de son avant
1 , Or snae lettre du 13 juin, datée de Tennonde, par laquelle le duc demande aux magistrats de Halines de loi envoyer des pteles (bacs), pour le passage de ses troupes sur la rive opposée de l'Es- caut, et une autre lettre du même jour sor l'envoi de denx tentes et six pavillons. Gacbard, Documents iitédio, I. II, p. 114-116.
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tlWÎ] pÈ «ATBIEViyrSCOVCSY. 3
gfoAa audU comte de Saiot-Pol [et à messire Jehan de Croy, bailli de Haynoault',] atout certain Dombre de con^ttans ; dont ledit comte d'Estamppes ne fîit PBS bien content. Et gy ordonna icellui duc deux batailles; en la première ordonna estre le comte de QiaroUois, son filz, et lui en la seconde, et pour rar" flière garde d'jcelles ordonna ledit comte d'Estampes. Et p#r ceste manière, cedit jour de merquedy, entra «Sudit pays de Wastz et ala gésir en sa ville de 1ll|ijemonde *, laquelle lesdis Gantois, ung petit para- vant, atoient arse ; neantmoins ne se vpult pas logier au cbastel d'icelle ville. Et ledit comte de Saint-Pol, atout son avant garde , tirra plus avant en pays , comme de demie lieue ou environ , et ung petit plus avant avoit ung bolvercq grant et Fort*, où estoient logiés lesdis Gantois, en nombre de viiàvm cens com- battans, lesquelz saiUirrent sur ledit comte de Saint Pol et ses gens, qni Bùsoit l'avant garde, comme dit est, à înlencion de le nier jus*, mais ce veant par ledit «xnnle, qui est bien congnoissant ou fait de la guerre, ordonna incontinent et mîst ses gens en belle et bonne ordonnance, ou à l'assambler l'un contre l'autre eut de grans vaillances , fais d'armes et pluseura horions donnez tant d'un coaté comme d'autre. Et, à la veril^, iceulx Gantois, qui avoient aveuc eulx grant nombre
1. Je répète ici que les passages eiUre crocfaets sont empruntés an miiniscrit Sorbotine.
S. Ce roéme joor, par une lettre datée de Termonde, le duo or- draina aux magistrats de Malînes de faire porter des vivres à son camp de Rupelmonde. Gachard, /. c., p. 117.
3. A m village que Chastellùc nomme Berselie, et Olivier de U Hvche Fataeile. — C'est Stuele.
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4 CHRONIQUE [11.52]
de gens du plat pays, ne tinreDt guères et se retour- nerreot iocontioent ea fuitte, où, selon ce que me fu certiffié par pluseurs heraulx , gentilz hommes et offi- ciers d'armes , moru de cinq à six cens Gantois. De laquelle besoingne ledit duc fiit moult joyeux ; et fit ledit comte tout desemparer ledit bolvert ars et mis au néant. Et cesie nuit demourra chascun en son logis es tentes et es pavillons ; et le jœudi ensievant , ledit comte d'Estampes se party de.ladicle ville de Thenremonde, lui et sa compaingnie, tinrant apprez ledit duc de Bourgoingne ; et ceste nuit vint gésir en ung l(^is assez prez dudit duc Et comme il tiroit son chemin , lui vinrent nouvelles que le bollvercq devant dit estoit ainsy gaingoié et destruict par la vaillance et conduite dudit comte de Saint-Pol, et aussy qu'il y avoit encores assez prez ung aultre boll- vercq sur l'entrée d'un pont, fort il merveilles et garai de gens, comme de deux mil combattans ou environ. £t ce Tenu à la congnoissance dudit duc, ordonna les assaillir, ce que on fist bastivement, car tjiascun s'y monstroit de grant volenté et corrage ; et leur fut livi^ ung dur et merveilleux assault. j Et, à la defîence d'icellui, iceulx Gantois se portè- rent assez vaillamment et faisoient de grans resistences; neantmains , ilz furrent prins d' assault par puissance d'armes. Et, comme il me fut rapporté, n'en eschappa guères que tous ne fussent prins ou mors ; et leur fut monstre grant rigueur, parce que Cornille , fils dudit duc inlegitisme, fut mors' ausdictes escarmuches, dont
f. Au combat de Rupelinoude, que DOtre chnniqsMir passe wna silence, et dont oa peut voir le récit détaillé dans Olivier de Ik
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[1452] DE MATHIEU I^ESCOOCETr. S
Je duc et pluseurs aultres seigneur^ furreot très des- plaisan», car il éatoit foxt ai^ié dç touttes gens par son sens, prudence, et grant v^ance ; et auasy ceulx dedina iceQui bolvert ne se voloient rendre , [et avoît du peuple, qui ainsi se fa)|pit (}ccire.] Et fut besoing audit duGiJaisqier fain^ laâjptç execucioD , ou demourer t san^estre obe^ audit pays. . — i
CHAPITRE LIXÎIII.
Cmunent les bastards de Suize et de Blanc-Eslraîn sallirent de Gand , alléreot prendre la ville de Granmont , et ardoir la ^îBe d'Acre et les'fanlxlioui^ de Lessines en Hayonanlt. ' *
Quant ceuH de la ville de Gand furent advertis que ,'Je jpc de Boui^oingne et toutte sa compaingoie, sauf ceuli qu'il avoit taissié es bonnes villes sur les fron- ' lières, pour la garde, et seurté d'icelles, estoient partis de la ville de Thenremonde et entrez ou pays de Wast, se miirent sus une grosse compaingnie, coitune de im mil combattans ou environ , atout grant □ombre de carroy et artillerie. Et, fort garnis de vivres, partirrent horsd'icelle ville de Gand [le jœudy XT* jour de juing] et prinrent leur cbemin vers la ville
Harehe, ch. zxv [Ëdit. Btiduud, p. 460-62), et doDS 1a Chrmdqax de Jaeqaei de Lalain, ch. xcii.
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6 CHRONIQUE [KS3]
de Granmont, en- laquelle le duc de Boui^kigne, ung petit paravant , &'y estoit logiez et y avoit leou son estât comme faire pooit, pour ce que îcelle est de ladicte comté de Flandres, Ei pour ceste cause Icsdis Gantois se alleyrent logier jusques au plus prez des portes d'icetle, lesquelles H-ouyerrent. fermées. Sy fîirent manierre lesdis de Granmont de faire resistence contre iceulx Gantob, combien «que peu de dommage leur porten-ent. Ce noDobslant ung qui se nommoit basiard de Suize et upg aultre nommé le bastard de filanc-Estrain, — qui estoient chiefsetcappitainoesde ladicte armée, et qui ne desirroient autre cbose que avoir le débat à ceulx de ladicte ville de Granmont, . affm de gûngnier sur eulx, car îlz estoient gens de meschant estât, comme vous orez fiy apprez, et ne prenoient aultre couleur fors ce ^u'ilz avoient soub- stenu etlogié ledit ducdeBoui^onigne,.^ — incontinent assallirrent ladicte ville, qm estoit ^e petitte deffence; et aussy n' avoit dedens icelle nulles gefis ^e guerre , et n'enteodoient pas estre de la guerre, et pourtant ne cuidoient point que lesdis Gantois leur voulsissent porter aucun domm^. Touttesfois ilz furrent prins d'assault, et y moru aucuns àfs habittans d'icalle. Sy ' pillèrent ladicte ville et puis boutlèrent le fea en aucuns lieux'; et ce fait se partirrent d'illec. Mais, ainchois leur parlement, y délaissèrent aucune quaiftité de leurs gens, à intencïon de le tenir en leur obéis- sance.
Et atout leurs lùens , se tinrèrent en ung gros vil-
1 . On Toit dans le Begitlre de la CoUaee que l'expédition qui britla Gnunmont rentre à Gand le 17 juin avec qoatone cluriots debotin. Note de H. Garhard, édit. deH. deBarante.t. II, p. 9S.
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" [i452] DE UATHIEU D'ESCOUCHY. 7
lage Doitti^ Acre assez près de ladicte ville de Gran- mont, tie laquelle ville d'Acre prinrent et emportèrent tout ce qu'ilz y trouverrent de biens , combieD que pou en y avoît, car uog petit par avant les habittaos .' d'icelle avoieiit retrait le meilleur du leur es bonnes - villes À l'environ; et ce fût y boutlèreot le feu et l'arderrent. Et d'ilec prinrent leur cliemiD en alant .en unéj?fc^ en^aynnault, nommée Lessines, (ft ■ M logerait es fausbourgs d'icelle, à intencion 4e le * iffBàllir } mars pour ce qu'ilz avoient oy nouvelles que Je seigneur de Qiimay, l^illy de Haynnault, avoit à ceste heure une grosse compaingnie de Heonuyers, qu'il Bvoit mis sus pour aler aveuc le duc oudit pays de IVastz, se déportèrent de faire ledit assault, car ilz dpod^ient l'arrivée dudit seigneur de Chiraay. Sy pirinrent tout ce qu'Oz trouvèrent èsdis faulzboui^ , y boutterrent le feu et les ardirrent ', et d'ilec prinrent leur chemin pour retourner en ladicte ville de Gand. Les nouvelles desquelz maleGces furent tantost por- t^ abdit bailli de Haynnault, qui de tant plus fist ses dilligeoces de assambler et haster ses gens, et pour- «evy lesdis Gantois à fresche poursieutte et sur leur (raing, tellement qui les trouva sur les champs en alatat leur chemin. Et combien que de ceste heure il o'avûit pas ses gens tous ensamble, neantmoins frappa sar la queue desdis Gantois, desquelz rua jus de nu*' à c. Et à la vérité se ses gens de pîé eussent esti à ceste heure en sa compaingnie , lesquelz ne pooient sievyr ceulx de cheval, il les eut tous rués jus ; ce non ohstant il gatogna de leurs cfaariotz et bagaiges bien largement. Lezquelz Gantois, doubtans qu'il n'y eust plus grosse compaingnie, tirrèrent tousjours leur
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» . CHRONIQUE . [Itsâ]
chemin en approchant ladicte ville de Gand, en faisant grant dommage par tout le pays où ilz passoient, car ilz bouttoi^it le fus par tout.
Et quant ledit bailly de Haytmault congnut qui ne leur pooit plus faire guerre de dommaige et qu'il fut adverti que iceulx G^toîs avoient delaissié de leurs gens en icelle ville de Granmont, tirra son chemin fffiouttes ses gens de piet et de cheva^vers ladicte ville, à inteQcion de le regaiugnier sur les Gantois qui estoient demorez dedèns , Ce qu'il Sst ; car incontinent qu'il fut arrive jusques aux portes d'icelles, ordonna les assaillir. Et lors chascun mist piet à terre ; et se bouttèrent es fossez et jusqoes à la muraille , où les Gantois estans dedens faisoient de grans resîsten- ces; oeantmains, par force d'armes, ledit bailli de Hayonault gaingna ladicte ville de Granmont par assault sur lesdis Gantois- Et y morrurrent tous ceulx qui y estoieat venus de Gand, qui estoient en nombre de trois cens ou environ. Et au r^ard de ceulx de la ville, n'en y eut que ung petit nombre de mors, car ceuls qui savoient dire qui fussent des habitans d'i- celle, on ne leur roeFTai^oit riens; neautniains, tous les biens furent babandotuiez aux compaingnons de guerre , dont cbascun eut sa part.
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[IkSÎ] DE MATHIEU D'ESCOUCHT.
CHAPITRE LXXXIV.
Comment le Ro; Charles de Fraoce mist sus ses ambaxa- Aeurs et les envoya devers le doc de Bourgoingne et ceulx de Gand, affin de les mettre d'aoord et appaisieï la guerre.
Pendant le temps d'icelles trîbulacions , le Roy Charles de France fut adverti de cette guerre *, qui lui sambloit estre la destruction totale de toutte la
i . Le premier doeoment adressé à Qiarles TII où loit men- drainée la gnerre avec les Gantois est une lettre du dnc de Bour- gi^ne, datée deTermonde, le 29 juillet.Le duc jindiqae pourtant (les ouvertores antérieures, dont il chargea peut-être une ambas- sade, composée de Jean de Croy, Jacques de Lalain et Toison d'Or, qni partit de Mans le ^ mai ] 4SI pour ee rendre en France, et de là en Italie versie pape, et en Aragon. (Barante, Histoire des dues de Bourgogne, t. VIII, p. k, et édit, Gacfaard, t. I^ p. 117, note, d'après le Compte de la recette générale des fina/iienie 14SÎ). On trouvera ta lettre du dnc dans tes Preuves decetle édition. J'y ôisère également les Remonstrances et requesces que présentèrent an JRoi, de la part du dnc, le 20 janvier 1 452, Guiot Pot et Nicolas le Bour- guignon.D. Plancher (oa plutôt Salazar son continuateur) a publié (t. IV, Preavet, p. ccin], la réponse du Roi à ces ambassadeurs.
Dn câté des Gantois, la première démarche paraît avoir été la lettre du 14 mai 14S3, éditée parD. Plancher (t. IV, p. ccm).Bien qu'il paraisM reaiortir de cette lettre que les Gantois n'avaient eu JDsqif'alors aucun] échange de communications avec le Roi, M. Eeiv TjD de Lettenhove trouve pourtant (t, III, p. 279) l'indice pres- que certain de négociations secrètes dès la fin de i 451 .
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10 CHRONIQUE [14S2]
comté de Flandres , laquelle estoit et est tenue de sa couronne en souverainneté. Espérant soy emploifir , tant à l'onneur du duc de fiourgoingne, à qui ladicte comté appartient et qui est le premier per de France , comme au bien et preserTacioo des subgez de ladicte comté , et obvier à ta destruction d'icelle , se délibéra qu'il envoieroit cerbline ambaxadde tant devers ledit duc comme ceuU de Gand, af{(iu de y trouver aucun boD appointements se faire se pooit. Sy y furent or- donnez, pour ladicte ambaxade, le comte de Saint-Pol, maistre Jehan Dauvet, procureur gênerai du Roy, mes- sire Loys de Beaumont, maistre Guy Bernard , archie- diacrede Tours en Tourrainne, et maistre des requestes de l'ostel du Roy ; lesquelz eurrent charge de , en ceste matière, de par le Roy, pooir besoingnier tellement, devers cbascune des parties, que Aucun bon traîctié . y peut estre trouvé ,' en gardant le droit à cellui qui avoir ledebvoit*. Et pour ce que ledit comte de Saint- Pol estoit au service dudît duc en ladicte guerre , le Roy lui escripvit par ses lettres commentai l'avoit de- l^uié fion ambaxadeur en icelle ambaxade, et de- nommé en la commi^on aveuc les deteusdîs; par lesquelles lettres lui mandoit qu'il se.titrast aveuc éiilx et se emploiast au bien de la paix d'icelle guerre. I^-
i.' L'instruction doiiDèe le Jt juin 1 Utl aux ambassadrars da fioi se troi^T» dans le Hs. Balnxe 967S*,f.77, et ï éié donnée par H. Kervyn dé Lettenhove dani la première édition de son BU- ' aire de Flattdrt (t. IV, p. 910) ; die contient deux points princi- paux : recooTTenient uns rachat des villes de la Somme; pacifi- caticHi du différend entre le dnc et >es Gantois. L'mtervention du Koi dans les affaires de Flandre n*étBit qu'un prétexte pour arra- cher an duc son cwisentement à ta restitatioa pure et simple des villes engagées par le traité d'Arins.
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[IWW] DE MATHIEU D'ESœUCHT. 11
quel de Saint-Pol , quant il eut receu lesdictes lettres, respoodi que voulentiers de sa puissance s'y emploie- roit ; et bien le devoit faire, pour ce qii'il avoit pluseurs belle» terres scituëez eu ladicte comté de Flandres, qui touttes estoieot eu adventures de estre mises à niyime se la chose preooit long trait. Ainsy se joingny aveuc les aultres ambaxadeurs , et ensamble se trans- portèrent dev«*s ledit duc , auquel présentèrent les lettres du Roy ' ; x\m , en grant révérence et à grant joye, les receut. Et apprez, par la bouche dudtt pro- cureur gênerai , lui fut dit la chatte qu'ilz avoient de par le Roy. Lequel les oy benignement ' ; et , quant la proposicion eult prins fin, icellui duc, moult reveren- dant le Roy et ceulx de ladicte ambaxade , leur fîst dire et remonstrer en sa présence *, bien au long , les grans faultes, abus, extorcions et desrisioDs que ceulx
1. Les ambassiulflars se rétmirent lell jmn, à Saint-Arnaud, au comte de SainNPol. Ils s'adressèrent au duc pour savoir où ils devaient l'aller inAiver. Le 14, le duc leur répondît en les ren- Tojani à son conseil à Bruxelles; ils arrivèrent dans cette ville le 16 au soir et j séjournèrent trois jours. Ce ne fut q(ie le 20, con- formément à un «va du duc, qu'ils purent se rendre près de lui, au camp de Waesmunsler. — BelatioTt des tlmbassatîeurs au Soi, en date du 22 juin 1462. B. Plancher, t.'lV, Preuves, p. ccv-<cv^
3. Quand les ambassad^rs eurent eiykisé feur créanc» « av mieulx «t 1« plus j'onicement qu'iU purent, ■ le duc, sans avoir * déïb^é^eQ conseH, leur répondit : « que<lesdb de Gand esloient; les chiefi de toute rébellion et qu'ilz lui avoient iait les pins graâs oultra^es da monde, et qvU estait besoîng d'en faire telle puni- cioo que G« feust exemple b jamais, et tjae il avoit enteucion, I l'ayde Dieu, de leur remonstrer tellement leur oultrage, que qe se- rtàt k ronneuT des princes crestiais. >
3, C'est le lendemain, SI juin, que le duc fit donner cette ré- ponse par son chancelier.
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12 CHRONIQUE [143Î]
de sa'vîlle de Gand avoient fait de long lemps contre luy , ses subgez et seignourie ; et que pas De les avoit prins au premier melTait , mais de sy long temps que de VII à VIII ans, il les avoit fait advertir de touttes leurs dictes faultes et 'abus , alfin que douchemeut se voulsissent corrlgier et reduirre comme bons et leaulx subgez dévoient faire à leur prince et seigneur ; et DODobstant icelles remonstrances sy ne s'avoieot-ilz volu corrigier , ainchoïs s'estoient eslevez et eslevoieot cbascun jour contre lui et sa seigaourie , qui luy es- toit dure chose à soulTrir, tant pour soy acquictier devers Dieu et le monde , en tant que Dieu lui avoit commis à gouvrener iceDe comté , comme à la preser- vacion de ses subgez en ladicte comté. Mais pour par- venir au bien de traictié de paix , en gardant son se- rement , ses subgez et sou honneur , il en feroit tant que Dieu et le monde seroient contens de luy '.
De laquelle responce ïceulx ambaxadeurs Turent moult contens. Et assez hriefapprez se transportèrent en icelle ville de Gand, sauf ledit comte de Saiut-Pol, qui pas ne fut conseilliez de soy y trouver en personne, pour tant qod'cbascun jour leur faisoit guerre et avoit fait, au service dudit duc , ad c^use des terres et sei-
l,.Le chincelier «xopsa, en eETetf^aux aiUbassadeiirs, gue dts négcxùrions avaient cte entamées par reatremise des comtes île Cbarolais et d'Ëtampes, <ei que le duc consentait* à ix qnâ les. en- voyés du Roi a'emploTassent pour la paix, en s'jKlioignant aux deux princes et aux députés de tiaod ; les ambassadeurs déclaré- rent alors l'intention oà ils étaient de se rendre à Gand ; ils son- levèrent nne vive opposition. Une nouvelle conférence eut lien le ■ lendemain ; les conseillers du duc y consentirent k ce qne les am- bassadeurs se portassent comme médiateurs et se rendissent à Oand. — Relation dtée, p. ccvi-ccvii.
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[liSÎ]. DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 13
gDouries qu'il teooit de luy. Lesquels avibaxadeurs farreat receux à grant joje ', et plusieurs preseos leur furenr eovoiez de par la ville. Et le lendemain ou en hrief apprez , ceulx de la ville se mireot ensatnble en la maison de la ville, où assamblèreot grant nombre de pœupple. Et eutx îllec ainsy assamblez, iceulx am- baxadeurs leur présentèrent les lettres du Roy , les- quelles contenolent comme il envoioit devers eulx lesdis ambaxaddeurs, ainsi comme il avoit fait devers le dnc, afin de trouver ung traictié de paix entre eux; et au surplus qa'ilz voulsissent adjouster foy ad ce que sesdis ambaxaddeurs leurdirroient de par lui touchant ceste matère. Desquelleslettresfurreot moult joyeux. Et aprez ta lecture d'icelles, fii, par la bouche du- dit procureur gênerai , dit et remonstré ausdis de Gand les graus plaintes et doléances que faisott Je duo , leur seigneur , d'eulx et de leur gouvernement , en repre- nant tout au long les faultes, abus et extorcions qu'ilz avoient commis envers luy panpluseurs fois, et jà par longue espace de temps , qui n'estoient pas choses raisonnables, ne pour laissier couller soubz dissimu- lacion; et pluseurs aultres choses à ce propos, qui trop seroient longues à Yeciter'. Sur lesquelles re^ monstntnces ainsi -faictes, prinrent delay pour y res-
i. On vint au-devant d'eux à une lîeue de la ville, ■ en grant appareil. > Post-tcriptum du 24 juin à la Jieiatiolt des ambasta-
- 3. Le chroniqueur fait jouer ici aux ambassadears français un rôle qui n*est d'accord ni avec leurs insiractions, ni avec l'attitude qa'iis prirent devant te duc. H. Kerv7n de Lettenhove, dont te récit a la valeur d'une relation contemporaine, dit an contraire que les ambassadeort déclarèrent i < que si l'on ne pouvait parvenir à la paix par voies amiables, le Roi de France était prêt à mainienir le
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14 CBBOniQUE [1452]
pondre; et au jour qui fut prias de iiuire ladicte res- poDce, sur chascun article respMidirreDt.
Lesquelles responce$ n'estoieut pas de grant effect De n'estoieut raisounables; car le plus grant coulleur qu'ilz prenoient, esloient de ce qu'Uz deisoient que ledit duc avoit Tolu mettre sus , en ladi<^ comté , la ga- belle du seel , dont s'estoit depportez au par avant le commencement de ladîcle gueire, comaoe oy avez par cy devant.
Et quant lesdis ambaxaddeurs eulrent oy icelle* res- 'les leur sambloient mains que souffi- la qu'ilz trouveroient bien manière de de paix; et leur dirrent que , s'ilz es- ils envoieroient devers le duc , aflin certainne espace de temps, pour ce communicqtôer les ungE aveuc les aul- Bce de trouver ledit traictié de paix; contens. Et, sur ce^ iceulx ambaxa- rreot -devers ledit duc, auquel dirent nt besoingnié, eu lui requérant quy der trêves le terme de six sepmainnes;. erallement , car il ne desirroit [>as la ;tructionde sessubgez, sefairelepooit
par autorité de justice, if Histoire de Fïandre;
1 . iiuua tiujuu:> deroir eaocer dans quelques détaib sur les né- gocUtisBS qui précédèrent celte trêve. — Dès l'arrÎTée des ambas- sadeurs français, des députés avaient été uammés par les Gantois pourtraiter de la paix, avec les députés du duc, par l'entremise des ambassadeurs. Ces députés revinrent de Tennoode i Gand, le S juillet, porteuia des coadîtii»is auxquelles les ambassadeurs du
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[<U«] DE MATHIEU D>ESOOUCHY.
CHAPITRE tXXXV.
Comment les trêves furent publiées en la TÎlle de Lille entre le duc de Bourgoingne et ceuU de Gaad.
Ces trêves avant dicles ainsy accordées et faictes d'uD costé et d'autre, furent publiées eo la ville de Lille et en pluseurs aultres boones villes appartenans audit duc, tant en tadicte comté de Flanddres comme es marcIies de Picardie, et pareillement en icelle ville de Gand et es aultres bonnes villes y marcbissans ; et ce fait , ordonna ses garnisons estre mises et assizes es villes tenans trontien^ contre ceulx de Gand , c'est assavoir Courtray , Thenremonde , Alos et Audenarde. Et sj eut volenté en niettie eo la ville dé Bruges; mais
Hoi demandaient que les Gantois se soumissent. La formule de sOb- misdon, envoyée le même jour par les Gantois, n'ayant pas été i^iréée par les ambassadeurs, fui renvoyée par ceux-ci. Mais lo 11 juillet, les trois membres de la ville déclarèrent vouloir s'y tenir. Les ambassadeurs vinrent alors à Gand, et, après de nom- breux pourparlers, obtinrent, le 1 S Juillet, l'adoption d'une cédulè qu'ils avaient pfésoitée. C'est en considération de cette soumission (]uc le duc accorda, par ses lettres du 1 9 juillet, une trêve de six* semaines. Une condition trouvée trop dure par les Gantois en empêcha l'acceptation. Enfin, le 21 juillet, le duc, oédant aux instances des ambassadeurs, accorda aux Gantob une trêve sans réserve, qu'ils promirent le même jour d'entretenir. Note de M. Ga- chard, I. U, p. 103, et pièces publiées dans sa ColUetion de dacU' menu inéditi, I. U, p. 118-12ÎI.
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16 CHRONIQUE [1452]
ceulx de ladicte ville , euix de ce advertîs , fîreot re- queste audit duc, qui ne leur envoiast nulle garnison en icelle , et que sans quelque faulte il les trouveroit bons et leaux subgez, dont il fut assez content , car le plus qu'il pooit les eotretenoit en amour, pour doubte que, se ilz se fiisseot tournez aveuc lescfis de Gand, il eut eu plus à faire que devant. Ce nonobstant, se leur Hst-il dire que, puisqu'ilz ne voUoient pas la garni- son , du mains qu'ilz eussent ung cbief et cappitainne dedens ta ville, de là par lui , pour demourer aveuc eulx> auquel se consilleroient et ralieroient se be- soing leur estoit; de quoy furent très contens. Et y fut commis le seigneur de Grutuze*, pour tant qu'il estoit de la nacion de la ville , et aussi fort amé du commun pœupple d'icelte.
CHAPITRE LUXVI.
Comment messire Antbpiae, bastard de BourgoingUe, et messire Jaques de Lalain nièrent jus les Gantois devant Hulst.
G>mbien que lesdictes trêves eussent ainsy esté 'accordées et publiées', ce nonobstant, les Gantois
1 Louis de Bruges.
2. L'attaque de Hulst, dont le récit va suivre, eut lien le 39 juin. En l'entreprenBDt, les Gantais ne rompîront doue ni la trêve de six semaines, conclue le 21 juillet seulemoit, ni une autre trêve de trois joiu^, qui commença le 26 juin.
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■ [IkJM] DE MATHIEU lyESCOUCHT. 17
estans l<^ez dedens Morbecque et autres gens tous assamblez du plat pays , sachaos que le baslard de Bout^ingne , messire Jaques de Lalain , et aucuns alitres seigneurs, estoient logiez en ung gros Tillage nommé Huist, assez prez dudit Horbecque, qui est oudil pays de Wast , ouquel pays estoient encores lo- giez ledit duc de Bour^ingne , le comte de Charol- lois, son Ciiz, les comtes d'Estampes et de Saint-Pol, et touttes les autres compaingnies qui estoient logiés bien arrière dudit HuIst , et à ceste cause lesdis Gan- tois cuidèrent trouver et soupprendre iceulx seigneurs soubz umbre desdictes trêves, cuidans que ilz ne fus- sent que ung petit nombre de gens. Mais ilz n'estoient aucunement advertis que les Hollaodois et Zellandois y Tussent logiez, qui estaient en grant nombre, et sur cestecoondencelesdisdeGand se allèrent logier devant ladicte 'ville de Hulst, en nombre de tiii mille combat- tans ou environ, à iutencioo de les ruer jus. Mais in- continent que lesdis bastard de Bourgoingne et mes- sire Jaques de Lalaing forent de ce advertis, se mirrent en armes, et sallirrent, atout ce qu'ilz avoient de gens, sur iceuls Gantois , où il y eut très dure et merveil- leuse escarmuche, tant d'un costé comme de l'autre. Et combien que iceuU Gantob fussent en plus grant ' Douibre que les seigneurs dessusdis , neantmotns sy lurent incontinent deffais, mis en desroy et en fuitte', car ilz n'avoient point de chief qui les con-
1. La caoM de cette déroute, que le chroniqueur passe aoQS âlence, fat la trahison de Licvin de Smet , hoofbnui d'Asse- Béde, qui portût la bannière de Gand et passa 1 l'ennemi au cri de fipe Bourgaffut Gâchant, d'après le Registre âté, t. II, p. 103.
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18 CHROmQUB [UtW}
duiiùst*. A. laquelle saillie moni, comme il me fu rap- porté, de Tni cens à mille combattans desdis Gantois, et sy en eult grant acmbre de prisonniers. Lesquelles nouvelles furent tantost seignifHées audit duc, qui, sans long séjour , atout son armée , tirra son chemin au- dit Horbecque ; mais ainchois qu'il y peust estre ar- rivé , les Gantois estans dedens , sacbans la venue dii- dit duc, abandonnerrent ladicte place et s'cnfouyreni; et lui ilec arrivez, le fist desempsu^r et y boutter le feu . De laquelle entreprinse lesdis ambasadeurs furrent mal conteus et congnurreot bien lors que ce n'avoient pas esté gens de bien , ne ajrans grant eotendemeat.
CHAPITRE LXXXVII.
Comment le duc de Boui^oingne se parti du pays de Wtai et tint en la Tille de Lille, apprez les tràves publia entre lui et ceulx de Gand.
Ceste besoingne ainsy achevée, le duc de Bour^oin- gne, veans qu'il avoit mis en son obéissance les plus fortes places du pays de Wastz et qu'il n'y avoit mais chose qui luy peut porter préjudice, aussy qu'il avoit accordé les trêves dont dessus est faicte raencion , se parti d'icellui pays de Wastz aveuc touttes ses com-
1 . Erreur. Leur chef était Jtan de Vm, qui vtoait d'être nommé capitaine de Gand. Gachard, /, c.
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[1491] DE MATHIEU D'ESCODCHT. 19
paingoies, car plus ne lui estoit besoïng tenir tes champs; et aussy cbascun jour les geos estaus eD iceDiri pays se preDoteot par graos compaingnies , tous deschaus et à nues testes, où il passoit, devant lui, criant mercy ; lesquels il recepvoit benignement. Et ainsy se tîrra hors d'icellui pays, et ordonna cbascun *soy tirer en sa marche et en leurs hostels , sauf ceuK qu'il avoit ordonné demourer es garnisons . des frontières ; et lui , son 61z le comte de Charollois , et aveuc eulz les comtes d'Estampes et de Saint-Pol , et pluseurs autres grans seigneurs, se retraireut eu la Tille de Lille , et en leurs compaingnies les ambaxa- deon du Roy, desquels cbascun faisoit grant joye , car il sambloit à pluseurs que par leur moyen la paix d'îcelle guerre seroit trouvée.
CHAPITRE .LXUVIII.
CtmmMDt aucnnes communes teaaat le parti de ceulx de Gand tîm«Dt les champs ou pays de Flandres, nonobstant le» trêves puLUées.
Durant le teoq» desdictes trêves', aucuns qui, à l'occasion de ladicle guerre , avoient perdu le leiu*, et
i. Nouvelle erreur de date. L'expédition dn bâtard de Blanc- Estrain est du 17 septembre, et par conséquent postérieure, non-seul ctnent aux trêves, maïs à la sentence publiée le 4 »ep-
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ÎO CHROHIQUE [148Î]
autres de raeschant estât, tant de ladîcte ville de Gand comme du pays, se assemblèreot et mirent ensamble en grant nombre , et firent ung cappitainne de l'un d'eulx, qui nommoieot le cappitainne de la Verde-Tente, lesquelz tenoient tes bosquaiges et les champs, sans converser ne reparer en icelle ville de Gand; qui, cedit temps durant, fîrren\ pluseurs dommages en ladicle comté de Flandres, car nulz, d'un costé ne d'autre, n'osoient aler par les champs ; pour ce que ceulx qui estoient trouvez desdictes gens, mais que ilz fussent plus fors, estoient souvent des- troussez , et aucunes fois et de fait mors et ocfais. Et qui plus est, icelles trêves durant, ardirrent deux gros villages en ladicte comte , c'est assavoir la ville de Hulst, dont cy devant avons parlé, et la ville de Harle- becque. Lesquelles choses venues à la congnoissance duditduc, fut moult desplaisant, etremonslra ausdis ambaxadeurs du Roy Charles le gouvernement desdis de Gand, pensant que telz besoingnes se faisoient par l'ordonnance et commandement de ceulx de ladicte ville de Gand; lesquelz ambaxadeurs n'y savoient mettre ne donner provision de remedde, sy non qu'ilz envoièrent devers lesdïs de Gand , remonstrer ces choses , et comment c'estoit grandement leur faulte et deshonneur. Sur quoy firrent responce, que lelx mallefîces n'estoient pas fais par leur ordonnance, et que c' estoient gens de pays assamblez et de mes- chant estât, qui ne se trouvoïent pas en ladicte ville, dontilzestoient très courrouchiezetdesplaisans. Neantmains que pendant ledit temps, qui avoit la fortune de perdre, il perdoit, et demourroit en cest estât, car on ne savoit sur quy adreschier pour en
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[4452] DE BfÂTHIEU D'ESCOUCHT. 21
prmdre piignicion ; et pour ceate cauae folsoit dange- reux aler de lieu en autre.
CHAPITRE LXXXIX.
Comment la paix fut publiée, et la condempnaâoa de ceulx de Gaad envers le duc de Bourgoingoe , en la ville de liUe.
Or, poez assës savoir que, durant le temps desdictes abstinences, plt^eurs consauls, voyages et assambléez furent fais, tant au moyen desdis ambaxadeurs comme des nacioDS, dont c; devant avons parlé, par entre les parties. Lesquelz consaulx et assamblées se fai- soient en ladicte ville de Lille, où illec lesdis de Gand, en grant nombre* et en grant pompe, se trouvoient souventes fois, et aveuc euli admenoient ung advocat de la court de parlement qui se nommait maistre Jeban de Poupaincourt, lequel estoit à leur pencion et à leurs gaiges, qui faisoit les propositions desdis de Gand par devant les gens du conseil dudît duc*, car <mques à nulles d'icelles assamblées, pour tant que
1. Ss étaient doute, d'après le Registre de la CoUace, cité par QtàaiA, I. e., p. lOS, et auquel on doit ajouter foi plutôt qu'Ji Jacque«thiQerG(|,<jui dit:* envoyèrent leurs depputés jusques au nombre de cinquante cheralliers. >
2. > Us scavoient bien qu'îcelui avocat estoit l'un des hommes du monde qui plus haioit le duc. ■ Chronique de Jaequei de Lalatn, ch. xcTui.
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22 CHRONIQUE [H52]
iceuU de Gand y estoieat, ne se volu trouver' : et y avoit commis ledit comte de CharoUois, son (ilz, et sondit Depveu, le comte d'Estampes, qui à toutte dilligence tenoit la main et rendoit graot painoe y trouver le traictié -, car aussy lesdis de Gand avoient en lui grant conftdeDce , , pour ce qu'ilz savoient véritablement que tousjours icellui comte d'Estampes les avoit eu pourrecommandez envers ledit duc, et qu'il estoit renommé de preudommie. Ausquelz consaulx et a^amblées y eut pluseurs cboses remonstrées d'un costé et, d'autre; car chascun se plaignoit fort. Et ainsi que iceulx consauU se faisoient, qui durrèrent par longue espace de temps, lesdictes trêves prinrent fin, environ l'issue d'aoustdecestan*, et ainchois que nul traictié ne appoinctement y peut estre trouvé. Mais 0u moyen de iceulx ambaxadeurs, elles furent rallon- giés de sept jours seultement; dedens lequel temps fu tellement labourré par lesdîs ambaxadeurs*, que le
t. n y vint pourtant, car c'est là qne, le tt aoit, les ambas- sadeurs de France abordèrent enfin le second point de leur mis- sion, la restitntioa sans rachat des villes de la Somme. On peut voir dans la relation des ambassadeurs (Ms. Bainze 967S*,f. 209) la fierté dédaigneuse avec laquelle le dnc Philippe accueillît cette récIamation.Les délais desambassadenrs, qui déjà peut-être avaient touché l'or bourguignon, l'assurance que le duc possédait & ce mo- ment que le Roi allait être inquiété par les Anglais en Guyenne, lui permirent de rejeter bien loin la demande faite par Charles Vil et de lui lancer même une sorte de défi en disant : c qu'on savoit bien les causes de la cession des villes de la Somme, mais qu'il ne les vouloit point dire pour Tbonneur du ïtoi. '
2. La trêve n'expirait que le S septembre, à midi. Gaduid, Documents inédits, t. II, p. 123.
3. SiUen, en effet, que le duc leur accw^a 24 000 livres «pour cause de leurs vacations, frais et despens, faits par longtemps^iu'ils
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[«481] DE MATHIEU IVESCOUCHT. 13
Iraictié et accord fui trouvé. Lequel traiotié , le lundy im* jour 4e septembre do cest ao cinquante deux , fut publié ou cloistre de l'église SaiolrPierre de Lille , eo la présence tant desdis ambaxadeun comme les ^ens du conseil dudit duc , ceulx qui y estoient aivoiez de par ladiete ville deGaud', et pluseurs chevalliers et escuiers et aultres gens de pluseurs estas, eu très grant nombre, illecassamblez pour ceste cause, eo la fourme et manière qui l'ensieult :
« Premièrement, lesdis deGand furent condempnez, par la vmIu dudit Iraictié, qu'ils ysleroient hors de ladîde ville de Gand , une demie-lieue loiog , c'est as- savoir les hosmans et leurs coosnlliers , en plus leurs chemises et testes nues, et les aultres, jusques au nombre ée ii mille hommes , deschaulz et sans cLap- peroD ; et illec, eo la présence dudit duc ou comte de CharoUois son filz , à tel jour qu'il plairoit à declair- rier ^ en leur seigniffiant icellui , estoient tenus par la boudie de l'un d'eulz , et advoué de tous les aultres, dire en haulte vois et en langue franchoise : que faussement et mauvaisement , comme mal advisez , ils avoient esté rebelles et desobeissans , et fait ce qu'ilz avoient fait sans cause et par mauvais consml ;
<»t Kioumé qiund îli ont été en ombusade par dever» lui de par le Roi; ■ nuis ils ne reçurent d'abord qu'un A-compte de fiOOO lirres. Compte de la recette générale 'Je* finance! de iVSl. Note de U. Gacbard, l. e., p. tO«. Cf. i. du Clercq, I. U, eh. xxm.
1. £rreur.Lctdépiitésfl«nMnd(éuiait rentr«sàGandle3tep- tenlve, et le 8 iq>tenibre la CcUaee rqelait d'une voix la sentence des ambasMdenn, contre laquelle les Gantois proteilèrent le SI sep- lenbt par nue lettre adressée an Roi et dans laquelle ils lui dé-
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t4 CHRONIQUE tHSS]
et de Ce , tous à une voix', enlx estans tous à genoulx, crier mercy audit due ou à-soodit filz.
■> Item , les deux porte» par lesquelles ilz se par- tinrent de ladicte ville de Gaod , le jœudi aprez Par- ques, quant ilz allèrent mettre le siège devant la ville d'Audeaarde , seroient à touajours fermées et condempnéez, sans les ouvrir, les jours de jœudy.
V Item , l'autre porte par laquelle ilz partirrent pour aler en bataille contre lui à Ripplemonde, eatoit coodempnée à tousjours à estre close et enmurée.
a Itxm , eMoient louttes leurs banières et assam- bléez qu'ik avoient acoustumé de faire, abolies et mises au neaut , lesquelles banières dévoient estre enferméez en ung coffre, ou beflroy de ladicte ville , auquel devoit avoir t clefz , desquelles le bailli de la- dicte ville , commis par ledit duc, en devoit avoir l'une, et les autres lui dévoient estre gardèez par cer- tans doyens des mestiers de ladicte ville ; et sy ne se dévoient plus assarobler en icelle ville , en manière d'assamblée, comme ilz avoient acoustumé faire, sans la licence dudit duc ou de son bailli.
Item , pour ce qu'il y avoit en icelle ville six mes- tiers , que on uommoit de la place , lesquelz se as- sambloient en uug lieu ad ce ordonné , ladicte place leur estoit interdicte ; et se assambleroient doresena- vant cbascun à par soy , autre part et en divers lieux loingtains l'un de l'autre, et ce par l'advis dudit bailli et de la loy qui seroit renouvellée.
« Item, aussy, qu'ilz avoient mis sus et donné li- cence à uog très grant nombre de gens, tant en la- dicte viHe comme à l'environ, qui portoïent blans chapperons, lesquelz soubz umbre du port qu'ilz
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[IWÎ] DE MATHIEU D'ESCOUCHY. . Î3 -
avoient -ad cause desdîs hlaos chapperoos , 0ûsoieot souveotes fois des oppressions x sim-
ples gens du plat pays, Tarent onettre
jus telles assambléez ; el lesdis is def-
feodus, sur painne de conlts et de ^
biens.
« Item au^y, pour ce qu'ilz avoient accoustumé , quant ilz escripvotent à aucunes des bonnes villes ou villages sur lesquelz îlz avoient [nrevilleiges , ou à au- cuns de leurs bou^ois ou subgeclz, en leurs lettres ïnissibles, en marge ou desseure, se metloient les sei- gneurs de Gond, laquelle chose estoit bien préjudi- ciable audit duc , furent aussy condempnez jamais eulx ainsi mettre ne escripre en choses quelzconques.
■ liem , ils furent encores condempnez de jamais prendre quelque congnoissance sur les officiers fais et créez par ledit duc , en ladicte ville.
« liem , avoient acouslumé de faire souvent plu- seurs evocacîons sur les gens du paya, dont aucuns estoient souventes fois fort travailliez sans cause rai- sonable, dont ilz abuzoient, et pour ceste cause fu- rent condempnez jamais pooir faire lesdictes evoea- cions , et leur fut interdit par la vertu d'icelle con- dempnaciun.
a Item , fut appoinclié que ledit duc averoît dores- oavant la moictié du renouvellement de la loy de la- dicte ville, sans ce que les grans doyens, en ce, ne à faire jugemens, eussent pooîr et auctorité quelzcon- ques ; et deveroDt eslre esleux gens notables et preu- dommes du corps de la ville, pour à ce commettre, sans avoir regard de quelque membre ou doyenné de ladicte ville , pour y commettre.
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S6 CHROmQUE [UU]
« Item aussy, de ce jour en avant, De pourront ce deveroieot faire ne mettre sus quelques estatus ou edis - en icelle ville, sans l'exprès consentement du bailli d'icelle ville, commia de par ledit duc.
« i/«/n, ils coDgDoisteroieDt de leurs bourgois, es- tans en leur ville , saus plus , et en useraient saloo leurs previUeiges, et non autrement; et eu ce estoit ost^ la congnoissance des bourgois forains.
K Item , ils ne porront jamais attribuer à leur coi^- noissance des excès perpettrez par les bourgois , sur autre jurridicîon, synonde leursbourgoistant seulle- ment. Oucastouttes voyesqu'ilzaeseroicDtcontensde sortir en tout jurridicion soubz la justice du lieu , et ce qu'il y avoit audit traictié une clause qui faisoit ex- presse mencioD des bannissemens, ceste clause fut ordoDoée estre renvoyée et estre discutée par les gens du conseil de la chambre de Flandres , et jour assigné au second jour d^octobre apprez ensievant.
■ Item, furrent declairiez et mis au néant tous- estaïus, edis et ordonnances quelzconques, qui par ceulx de Gand avoient esté fais par cy devant, sans y avoir appelé le bailli et la loy de la ville ; et sy devoît ladicte loy estre renouvellée par ledit duc ou ses commis, audit second jour d'octobre, en mettant au néant celle qui estoit lors.
a Item , furent condempnez ceulx de ladicte ville de Gand envers ledit duc, pour l'amende proufRtable, en la somme de deux cens cinquante mille escus d'or, dont les x. mille se dévoient paier au jour du Noél ensievant; les autres l mille, au jour de la my aoust apprez; et ainsy de my aoust eu my aoust, à chascune fois l mille ^ josques au plain paiement de
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[I4SS] DE UATHIEU IVESCOnCHT. i^
ladicte-somme. Et au regard de ce qu'ilz demandoient tcusjours avoir le ressort à eulx des villes d'Audenarde, Courtray, Thenremonde , du pays de Wastz, des Qualre-Mesliers et de Brevillers, lesdis ambaxadeurs le reliDrent à leur congooissance , pour par eulx eu ordonner et appoincte* dedens ung aarcnsievaDt. »
Et moyeDDant les choses avant dictes, ledit duc leur devoit pardonoer tous leurs meflais , sans toutles- voyes porter préjudice en rien aux reservacioos des choses avant dictes. Et sy dévoient demeurer en paix, et eulx monstrer doresenavaot et estre vrays et obeissans au duc, comme bons et leaulx snbgez doivent faire à leur prince et naturel seigneur.
Apprez laquelle publicacion et ladicte pais ainsi pronuncée et manifestée par toutte ladicte comté et les autres pays dudît duc, chascuif se esjoyssoit et ^frboit grant chière. car H sambloit aux marchans, ."t{ue doresenavant communicquerâient et feriyent leur marchandise, les ungz aveuc les autres, ainû qu'ilz avoient acoustumé ; mais assez tost apprès, leur joye tourna en desplaisance, parce que lesdis de Gand ne tinrent en brief temps apprez* le traictié et appoincte- mait devant dit.
I. Il faudrait dire qu'ils ne l'acceptèrent jamais. Ils reprirent les annes aossitAt, et, dés le 17 septembre, les compagnons de U Verte-Tente allèrent attaqner Hulst, comme ou l*a vu an
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CHAPITRE XC.
Gomment ceux de la ville et cité de Bordeaux faiiHerrent leurs sermens qu'ils aTOÎent fait au Boy Charles.'
Vous avés oy comment le duc de Boui^oingae avoit fait publier le traicUé qui avoit esté fait entre lui el ceulx de sa ville de Gand, en l'année précédente, aussy les grans conquestes que le Roy Charles avoil fait icelle année es duchiés de Guieane et de Borde- lois, ei commeat ceulx de ses bonnes viUes, aveuc les trois estas desdis pays, avoient fait les seremens de lui obéir, coiume bons et leaux subgez ; ce qu'ilz ne tinrent pas; car, *en ta Gn de ladicle année, iceulx de Gand changèrent propos, comme font gens de comniunaulté et sans chief où nulz princes ne aultres gens d'entendement ne se doivent fier en uag mou- vement, ne vorrent tenir ne accepter ce traictié, ainsy dont cy devant est faicte mencion, qui Tut publié, r Et samblablement ceulx desdis pays de Guieaae \et de Bordelois , en icelle metsme année, rompirrent et faussèrent les seremens et lettres qu'ilz avoient fais et bailliés pour la guerre qui avoit esté icelle aunée précédente, par le Roy Charles de France, sur euix faicte. Et jassoit ce que les lettres par eux passéez , au moins par les deppultez en ceste partie, c'est assavoir : Pierre, archevesque de Bourdeaux ; Bertram, seigneur
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[1452] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 19
de Hontferant; Gaillard de DureBbrt, seigneur de Duras; Bertrand de Chartreuse', maire dudit Bor- deaux ; Jebatr de la Luide , seigneur de Brèdre ; Ber- tram d'Angein, seigneur de Royon , et Guillaume OdderoD, seigneur de Lanssac, fussent seingoéez de leurs seingz manuelz, desquelles cy devant est faicle plainne declaracion , ileantmaÎDs faussèrent leurs dis seremenSf comtne dit est, et allèrent contre tout ce qu'îlz avoient promis et juré; et remirent ladicte , cite de Bordeaux, eosamble les bonnes villes et fortresses, en l'o i seigneur de Talbol, che-
▼allier anglois, i Roy Henry d'Angleterre ,j
et ce se fist pai <a du seigneur de Duras,
du sourdic de l bz-maire de ladicte cité ,
aveuc le doyen evrin , et le seigneur de •
l^espare, qui ce Brent aveuc ledit seigneur de Talbct , soubz tel condicion , que icellui de Talbot leur pro- niist et jurra, que s'il advenoit, apprez cette obéis- sance faicte, que le Roy Charles, ou armée pour luy, se mist sus pour entrer èsdis pays et iceulx voulloir reconquerre, qu'il les yroit combattre et par puissance d'armes feroit resistence. Et sur icelles confidences, les seurtez prinsés d'un costé et d'autre, ne demourra guerres de temps que icelle cité de Bordeaux ne fut mise en l'obéissance dudit seigneur de Tallebot ; car ilz le mirrent dedens': où il print prisonnier le senes- chal de Guienne , qui lors estoit en ladicte cité , qui se nommoit messire Olivier de CotUvy, chevallier ', et
1 . n s'appelait Gadifer ei non Bertrand. 9. Pierre de Montierrand.
3. Le 22 octobre (Berry).
4. Olivier de Coëtivy resta prisonnier joaqu'en 1487. M. Har-
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30 CHRONIQUE [l^i>t],
ucg autre Doimné messire Jehao Pié-de-FouI ^ aveuc UDg nommé [Naudo], lesquelz, en briefz jours ensie- vaut, icellui de Talbot eovoya prisomiiera en Eugle- teire.
CHAPITRE XCI.
Comment le Roy C3>arles tint conseil aveuc Its princes de son sang pour recxiuTrer la ville de Bordeaux et le pays de Guienne et de Bordedoi».
' Apprez que le Roy Charles fut plainnement ad- vertis que ceulx de ladicte ville de Bordeaux avoient aÏDsi &ulsê leurs seremeus, et que le seigneur de Talbot estoit dedens ladicte ville, meismes que ses gens estoient desjà envoyés en Engleterre, incon- tinent fîst assambler les seigneurs de son sang, ceuU de son grant conseil, et ptuseurs notables cbevalliers et escuiers et cappitaînnes, aveuc lesquelz tint con- seil et aiisquelz demanda avoir deliberacion sur ceste matère, laquelle fut mise en tenue bien au long, de point en point. Et par les dessusdis assamblez, apprez pluseurs choses par euU dictes et remons- treez, fu dit et conclud : que le Roy ne devoit jamais
diegay a pablié dans la Bibliothèque de (École des Chartes (4* série, I. IT, p. 86), une quittance de 600 ncAles d'or, déUvrée au séné- chal par Jean, seigneur de Talbot, fib poiné du cél^re TalboU Ce n'étaitqu'na à-compte sur la rançon, pour laqodle étaient dus 6000 nobles d'or, 100 marcs d'argent en yaitselle et nn coursier.
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[1U(3] DE MATHIEU DTSCOUCHT. 31
cesser, jusqu'à ce qu'il avérait reconquis lesdis pays de Guienne et de fk>rdelois, attendu la concqueste qu'il avoit faicie l'année précédente, comme dit est, et qu'il devoit pugnir ceulx qui de ladicle offence seroient trouvez coulpables, tellement que ce fîist example aux aultres et memore perpétuelle.
Ce conseil fiit tenu, et ordouna le Roy que chas- Gun se mist sua en armes, fist son mandement en chascunes contrées de son Royamme, et manda touttes gens qui avoient acoustumé de sievyr les guerres. Ëspecialement fist haster les frans ardiiers de son Royalme, et ceulx qui estoient par les bonnes , villes de icellui, en faisant tirer son armée es pays de Guienne et de Bordelois. Et en brief jours se trouva* devant une ville nommée Chalais*, qui autrefois avoit esté destmicte, mais de ceste heure estoit remparée ; devant laquelle se loga messire Jaques de Chabennes, grant mûstre d'ostel de France, acompaingnié de V à vi cens combattans, où ilz furrent quatre jours, ou environ. Au bout duquel terme, icellui maisire d'oslei et ses gens priorent icelle ville d'assaut; et à ce faire, de prime face, y eut de m^ à c hommes mors. Et le lendemain, apprez que on eult inlerroguié tous les prisonniers, dont il y avoit grant nombre, ceulx qui furent trouvez de la langue de Gascoingne fiirent decappitez, et eurent les testes tranchiés; et tes aultres, estans de la nacion d'Engleterre, furent nùs à finance. Pendant lequel temps, messire Loys de Beaumont, seneschal de Poictou, le seigneur de la
i. Le 3 juin (Otartier).
1. Cbetlien de canton de l> Charente.
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31 CHROBnQVX [I4S3]
Baissière', lieutenant de monseigneurCbarles d'Anjou, comte du Maine, et pour leur chief l'admirai de France', qui avoit en sa conipaingnie Hue de Sally, ' fîlz du seigneur de Salli en Picardie , et pluseurs aultres, jusque» au nombre' de v à vi cens combattons, se tirrèrent devers une ville nommée Gensac*, ou îllec mirrent le siège, qui dura deux jours, laquelle se rendi par composicion. Et d'ilec se tirrèrent à une aultre fortresse nommée Mont Remau, sur la rivière de I>ordoingoe, dont ceulx qui estoîent dedens se rendirent incontinent à la vollenté du Roy Charles, sauf leurs vies, sans plus; qui à ce les receut.
Apprez lesquelles rendicîons d'icelles villes «t for- tresses, fut tenu ung autre conseil, pour savoir où on yroit et devant quelle place ; pour ce que les aucuns disoieot et estoient d'oppinion que de prime face le Roy Charles devoit aler devant icelle cité de Bour- deaux; autres debattoient tout au contraire; car ilz disoient qu'il estoit plus nécessaire de conquerre premiers et avant toutte œuvre aucunes villes ou forlresses prez et à l' environ d'icellecilé de Bordeaux, afSn d'estre secourus de vivres et de pluseurs autres ueccessitez, se aucune' chose leur survenoit en tenant le siège devant icelle cité, et que en ce faisant, serait plus le proutfit et l'onneur du Roy que aultremenl, attendu que toutles les villes et forlresses d'environ icelle cilé, estoient rendues du parti contrairre. Ce conseil fut tenu, et (ut demandé devant quel place on devoit premiers aler. A quoy fut dit par la bouche
1. Pieirede BeauvâD.
2. Jean de Boeil.
3. Canton de Pi^jols (Gironde), i 27 kilomètres de Libonrae.
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[US3] DE MATHIEU D-ESCOUCHY. 33
de maistre Jehan fiurreau, chevalier, seigneur de Honglat, qu'il luy sambloit que on devoit premiers aler en Pierguot', et mettrele siège devant la ville de Chasteillon*, qui- est à huit lieues dudit Bordeaux, sur costc de la rivîerre de Geronde , disant par luy que, qui porroit avoir ladicte ville de ChasteilloD, ce seroit chose prouRitable pour le Roy, pour laut que on averoit ladicte rivière pour luy. A ce (aire se con- clud tout le conseil. Et furrent envoiez devant ladicte ville le seigneur de Boussac, Joachin Roault, icellui seigneur de Monglat, et pluseurs autres, en nombre de ini mille hommes d'armes, avec les arcbiers en grant nombre, qui se logèrent* en uug parc assez près d'icelle ville; lequel parc ilz fortilFierrcnt de fossez et de barrières très fort et puissamment. Et sy mirrent environ viu cens des frans arcbiers en une abbeye auprez de ladicte ville de Chastellon, desquelz Joacbin Roault estoit chief et cappitainne. Et veans ceulx de ladicte ville de Bordeaux* que les Franchois estoient devant eulx, et les approches qu'ilz faisoient aiitourd'eulz, sans long delay seigoifiierrent ces nou- velles à ceulx de ladicte ville et cité de Bordeaux, qui iucontineut se tirrèrent devers le seigneur de Talbot, en leur ville estant.
1. Périgord.
2. CutilloD.
3. Le 13 juillet (Chartier).
4. Erreur du Ma. de U Hore. Mb. Sorbonne : ■ ceulx de ladicte ville. >
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CHRONIQUE
CHAPITRE XCII.
Commeot le seigneur de Talbot , chcrallier anglois , fii tuez par ks Fraachoîs devant la ville de Ghasteillon , en Piergot.
Quant ceulx de ladïcte ville de Bordeaux fureat assamblez devant la personne dudit seigneur de Tal- bot , lui dirent et remonstrerrent comment le Roy Charles et son armée estoient jà bien avant entrez et espars en Guienne et en Bordelois, à grant puissance de gens d'armes, en reprenant comment lui avoient rendu ladicte ville et cité de Bordeaux, par telle coot dicion qu'il devoit combattre iceltui Roy Charles et sa puissance, se ilz venoient èsdis pays. Et Ini remirrent au devant comment il avoit pluseurs fois dit, en faisant le traiclié de leur rendidon, qu'il ne voloit que X mille combattans pour combattre la puissance des Franchois; et que s'il vouloit entretenir ce qu'il avoit promis, quant ilz lui (irrent l'obéissance d'icelle cité, il estoit heure qu'il entretenist sa promesse, et qu'il alast lever le siégequî estoit par les Franchoix jà mis devant la ville de Chasteillon en Piergot.
Ces paroles oyes et entendues par icellui seigneur de Talbot, congnoissant qu'tlz disoient vérité, sans soy plente* esmouvoir, leur fist respoace froidement,
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[1453] DE MATHIEU D*ESCOUCHT. 3S
car il estoit gamy de sens aaturel et vaillant en armes autant que chevallier qui dudit temps peut porter armes, et dit aiasi : « On les pœut bien encores H laissier approcfaier plus près. Et soiez seur que, au M plaisir de Dieu , je acompliray ma promesse , quant > je verray que temps et heure sera. » Sur laquelle respODce ceulx de ladicte ville de Bordeaux monstrer- rent samblant qu'ilz n'estoieot pas content, et doub- terrent qu'icellui seigneur de Talbot n'eust pas grant voollenté de faire ce qu'il disoit ; et commencerrent sur ceste responce fort à murmurer ensamhie, ce qui fut rapporté audit seigneur de Talbot, dont il se troubla en soy meismes. Et condud incontinent de mander tous ceulx qui estoient es garnisons , tant es villes et foTtresses de l'obéissance des Anglois estans à l'environ de Bordeaux , comme ceulx qui estoient en icelle. Et fist tant que en brief jours il eut de vin à x mille combattans. £t droit par an jour de la Magdelaine', qui fut par ung lundy de cest an dnquante trois , se parti d'icelle cité de Bordeaux, ensamble sa compain- gnie, et ala gésir cedit jour à une place nommée libome, à cinq lieues prez dudit Bordeaux, et à trois lieues de ladicte ville de Chasleillon , où illec fut la nuit. Mais pour savoir du gouvernenient des Franchois ses adversaires, qui estoient logiez devant ladicte ville de Chasteilloo , envoj'a secrettement ses espies autour dudit logis ; et meismes fist savoir à ceulx de dedens icelle ville qu'ilz prinsseut corrage, et qu'il
i . 22 jaillel. Chortier dit que Talbot arrira devau CastilloDie 1 7, «D point du jour (t. lU, p. 3) ; ce que coufinnc une lettre sur la bataille, écrite deux jour» après. Voyes Bibliothèque de tÉcok des CharM, ï* série, t. III, p. 246.
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36 CHRONIQUE [l{.t(3]
Tenoil à intencion deles secourir, et qu'ilz se prépa- rassent le lendemain, quant le verroient approchier, affîn que chascun d'euk fut eu armes et prest de saillir dehors sur leurs adversaires ; car son intencion esloit de jamais non retourner, tant qu'il averoit fait partir ceuls qui estoient devant ladicte ville, ou il y morroit.
Sur lesquelles nouvelles ceulx de ladicte ville de Chasleillon furent moult joyeux et reprirent corrage en euU ; car il leur sambloit que ledit seigneur de Talbot avoit grant voient^ de les sccourre, pour tant qu'il venoit sy très hastivement, et que lesdïs Franchois n'avoient là esté encores que deux jours. Sur quoy lui mandèrent qu'il veaist quand lui plairroit , mais il leur sambloit qu'il estoit expédient de premier ruer jus ceulx qui estoient logiez en Tabbeye auprez d'icelle ville , et que de leur puissance se metteroient en son âyde. Et ces nouvelles ainsy lui rapportiez, sans long delay parti de sondit logis de Lisborne , et tira toiite la nuit jusques à ung bois qui est assez prez d'icelle abbeye , en laquelle estoient It^iez les frans arcliiers des ducé d'Anjou et de Berry, aveuc eulx messire Pierre de Bpauval, lieutenant de monseigneur Chartes d'Anjou, comte du Maine, qui à ce fut commis, aveuc le devant dit Joachin Roault.
Et ainsy comme icellui seigneur de Talbot avoit fait la conclusion de son eroprinse, et que les Fran- chois estans en icelle abbeye n 'en estoient aucunement advertis.se tb-ra le mardi eosievautau matin', atoutte sa compaingnie, en icelle abbeye , en gettant ung cry
I , n juillet. Voir là note d-dessu».
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[1483] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 37
très merveilleux, auquel lesdis Franchois estaos dedens se mirreot en desrojr, et se mirrent dehors , à inteocioD de venir gaingniei* le parcq dont dessus est faicte meDCÎoD , ouquel estoieot logiez ceux de leur party ; et en icellui desroy saillirrent premiers lesdis fraus archîers ; et icellui messire Pierre de Beauval et Joa- chio Roault demourrèrent derrière, qui soubstiodreot le fais longue espace de temps, tousjours combattaos aux A.Dglois , et approchans ledit parc.
Et combien que les Franchois estans en icellui parc veissent les grans alTaires que leurs gens qui estoient de ladicte abbeye partis avoient , ne leur firrent quel- que ayde ne secours , en quoy faisant y eult de prime &ce et à l'aborder mors v ou vi genlilzhommes du parti desdis Franchois; et ledit Joacbin Roault, par sa vaillance , fut pluseurs fois porté par terre, mais à l'ayde d'iceulx ff ans archiers , qui fort l'amoîent , fut rellevé et remis sur son cheval, où il fist de grans vaillances ; car aussy avoit-il promis ausdis frans ar- chîers vivre et morir aveuc eulx. Et quelque chose- que lesdis Angloîs seussent faire , neantmains lesdis Franchoig gaingnièrent ledit parc ; mais ainchois qu'ilz y peussent estre venus, y eut Fait de grans vaillances et fais d'armes, tant d'un costé comme d'autre ; et des deux parties y morut sur le champ de nn" à c hommes. Et ce lait, veans par icellui seigneur de Talbot que lesdis Franchois avoient prins et gaingnié ledit parc, retourna en icelle abbeye , où illec se loga ^tur soy et ses gens ranVeschir, en laquelle trouva pluseurs vivres que lesdis Franchois y avoient fait venir, aveuc V ou VI queues de vin, qui inconlioent furent mis sur les fous et habandoDDez à chascun , qui ne durrèrent .
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38 CHROMQUE [14N3]
guères*. El pour ce que ladtcte escarrauche avoit esté faicte sy malin que encores icellui seigneur de Tallebot o'avoit pas oy la messe, son chapellaia se prépara de illec chanter la messe; et fut l'autel et les aoraeraens tous prez. Mais en ce faisant fut de trop legierre créance , car il crut ung qui luy rapporta mensonges , qui lui dit ces mos: « Monseigneur, les Francbois K habandonnent leur parc et s'enfuyent ; il est heure a OU jamais se vous volez acoroplir vostre promesse. » Hellasl cy a bel example pour tous princes, seigneurs et cappilainoes qui ont pœuple à gouverner soubz eulx, de non croire legierrement telz rapports ou samblables; car en telz matères on ne se doit pas fonder sur le rapport d'un jengleur, mab par vrais et leaulx ofGciers d'armes ou chevalliers et gentil- homme seur de sa bouche. Mais icellui seigneur de Tallebot, pour la grant voulentii qu'il avoit de servir le Roy Henry son souverain seigneur , aussi tenir la promesse qu'il avoit faicte à ceulx de ladicte ville et cité de Boi-deaux, fîst autrement : car cuidant que on lui eust dit vérité, laissa à oyr la messe, et se parti d'icelle abbeye, et dit ces mos : a Jamais je^n'oray la
t . Le Tin, poDf les soldats anglais, était toujours le bien Tenu ; c'était mâme une nécessité. Dans une occasion où le prince Eugène pressait Marlborough d'attaquer, celui-ci répondit : * Tailends les brandeviniers, ils ne tarderont pas. ■ Benri V, écrivant de son ost devant Jiouen, le 10 apût II1I8, aux maire, aldermen, etc., de Londr^PBtiinandait surtoul drini pour ses troupes. Les bons ba- bitanls de la cité envoyèrent * tritty botps ofsweetwine, tliat is to say ten oFTyre, ten of Romeney, ten ofMalmesey, and a thousand pipes of aie, wiib tno tbousand and five hundred cups for your host to drinK of. . Mem. of Henry the fifth , by Tyler, I. H, p. S2S.
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[14S3] DE MATHIEU lyESCOUCHT. 39
« messe , ou aujourduy averaj rué jus la compaiognie u des Franchob estans en ce parc icy devant moy. » Et combien que les Frauchoïs eslans oudit parc fussent fors esmeu\ de la poursieutte que icellui sei- gneur de Tallebot avoit faicte sur ceulx qui estoient départis de ladicte abbeye et venus jusques audit parc, afusterrent leur artillerie au lez devers dont véoient venir ledit Talbot et sa compaingnie, qui marcfaoit en très belle et bonne ordonnance*, et aveuc lui grant nombre de trompettes et clarons sonnans, et les Anglois gettans ung cry horrible et merveilleux, crians à haulie voix : « Talbot I Talbot I « Saint-George 1 » £t comme il s'approcboit d'icellui parc, ung gentil homme ancien de la nacion d'Engle- terre, qui avoit beaucoup veu des fais de la guerre, peroeut que les Frauchois estans oudit parc ne se mouvoioit; consideraus qu'ilz estoient en forte place, et que ce que on lui avoit rapporté n'estoit point véritable, dit audit seigneur de Talbot ces mos : — < Monseigneur, mon advb serait que vous retour- > nissiez , car vous poez perchevoir que le rapport € qui vous a esté fait n'est pas véritable; vous véez « leur place et leur conduttle, vous n'y gaingnerez « riens ceste fois. » Desquelles parolles icellui sei- gneur de Talbot fut très mal content, et lui fîst aucune rude responce, en parlant à lui très injurieusement; et m'a esté dit que à Scelles parolles icellui seigneur de Talbot lui donna d'une espée au travers du visage,
1. ■ En cette joanie, ledit Talbot estoit monte sur une petite lucqDeDée dont il ne descendît point, et ne se mist à pié, pour ce qu'il eal<ni fort ancien homme, déjà vieil et tué, > Chulier, t. ni,
p.».
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1*0 CHRONIQUE [1453]
duquel coup il moru, combien que ne l'ay point sceu à la vérité. Mais neantmains icellui seigneur de Talbot. en obéissant à son corage, marcha tousjours en approcbaut icellui parc, à l'entrée fist porter son estenddart', et le mettre et pozer « ung des esteaux dont la barrierre d'icellui parc se fermoit; et par cellui qui ledit estendart portoit, dont je ne sceus onques le nom, fut acoilé de ses bras icellui estel et la lance dudît estendart; et en ce point fut tué, et icellui estandart abhattu à terre et es fossez dudit parc*. Et par le moyen du grant nombre d'artillerie que les Franchoîs dudil parc avoient, qui à toutte puissance tirroieot sur lesdis Aoglois, qui par ce moyen se commenchèrent à desroyer; car, d'entrée, et à asseoir ledit estendart, y eult desdis Anglois tuez le nombre de v à vi cens, ce qui leur fîst grant frayeur' et rompture. Et ce veans par les Franchois, ouvrirrent la barrière de leur dit parc, et saillirrent dehors icellui, tant pour illec comme par dessus les autres barrières et fossez d'icellui, et par grant vail- lance vinrent combattre main à main ; où il y eult de merveilleux fais d'armes tant d'un costé comme d'autre*.
1. * AToient huict bannières desployées,... avecqnei plusieurs estandars sciemment malicieusement pourpensez et inventet , chargez d'inscriptions et devises injurieuses, au mespris et desdaiit des bons François qui soustenoient le fidèle party de leur Roy lé- gitime. > Chartier, /. r.
2. L'étendart de Talbot Tut pris par un Breton, Olivier GiBart. Ms. 1 1 9S de la Biblioihèque Saiote-Geneviève, cité dans la Biblio- thèque de FÊeole dei Charles, l, c.
3. Il 7 a dans le Ms. de la Mare : fureur.
k, «Il 7 avoit lors une si terrible tempeste et une telle clique-
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOt'CHT. 41.
Et à'icelle saillie fut tué ledit seigneur deTalbot, ■qui estoit armé d'une bringandinnes couvertes de velours vertnail, d'un cop de dague en la gorge, jassoit ce que il eust une trenche au travers du visage, et qu'il fust fort btechiez de trait par les cuisses et tes gambes. Et me fut certîFfîé par herauls. et orHbiers d'annes, et pluseurs seigneurs et gentllzliommes, que à icelle heure et pour ce 'jour morrureot aveuc ledit seigbeur de Talbol un mille hommes^ ou plus, entre lesquelz y demourrèrent le BIz' et ung des nep- veux dudit seigneur de Talbot, et ung que on nom- moit le bastard d'Ëngleterre. Et les antres, veans celle desconfiture, se retrairrent, les aucuns dedeus ladicle ville de Chasteillon, et les autres s'enfouyrreut tant au bois comme à la rivière, en laquelle -il en y eut graut nombre de ooiez ; et s'eo y eut bien ii cens prisonniers. Lequel jour les mors demourrèrent sus la terre. Et par les Franchois y eut pluseurs ques- tions pour savoir la vérité de la mort dudit seigneur de Talbot; car aucuns soubsleo6ient qu'il estoit mort, autres y avoit qui disoient le contraire.
lerie de coulevrines et ribaudequîns que c'esloil nne merreillense dioae à ouyr. > Chartier, /. e.
1. Toici un trait qne raporte ,£neas Sylvius dans son ouvrage miDXa\é-. Europ» status sub Friderico III imp., cfa. xxxix(ap.Freheri Gwmanicarum rerum scriptores, t. II. — Ce passage est reproduit dans les Commentaires de Pie II) : Quod ubi Talbotus animadvertit fiGam, qui &e scquebatur, ut abiret et ad meliora tempora se re- serraret admonuit. At cum filius diceret non esse sibi ex eo praelio fngiendum in qnopaterpericlitatnrus esset : Egn, inquit, fUi, muftis rebas clarUsimt gestis, née mori sine gloria, nec fugere sine dede- core possum. Te lumc militare inclpientem née fuga înfamem, nec mon elarum faciet. • Le fils ne voulat pas Tuir, et mourut près de Mm père.
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ki CHRONIQUE [1453]
Et apprez ce que tout fut refTroidie, fureat envoiez pluseurs ofïiciers d'armes et herauU entre les mori pour illec cherquier icellui seigneur de Talbot, lequel fut trouvé entre les autres uug homme mort, assez de bon aage, qui lear sambloit estre icellui seigneur de Talbot, lequel ilz mirreiit sus ung pavais, et l'apor- tèr«Qt oudit parcq. Ouquel lieu et eu ce point, de- mourra la nuit; et en icelle, en la cooipaingnie des seigneurs et de pluseurs aultres qui disoièot avoir congnu ledit seigneur de Talbot en son vivant, y ot pluseurs questions et dirficultez de sa mort ; car se les uugz disoient que ce fust il, pluseurs ea avoient qui disoient au contraire. Touttesrois le lendemain furent audit champ pluseurs heraulx et oRiciers d'armes du parti des Anglois, entre lesquelz estoit le herault.dudit seigneur de Talbot, qui avoit vestu sa cotte d'armes ; lesquelz iirrent requeste de avoir licence et grâce de quérir et cherquier leurs maistres. Auquel herault de Talbot fut demandé, se il véoit son maistre, se il le recongnoisteroit; à quoy rcspondit joyeusement, cuidant qu'il fut vif prisonnier, que voullentiers le verroit. Et sur ce fut mené au lieu où ledit seigneur de Talbot estoit mort et sur le pavais; et quant il le vit ille«ï, on lui dit : > Regardez se c'est vostre mais- a tre. » Lors loi changa la couileur, sans de prime (àce en faire le jugement, car il estoit fort deffaît par la trencbe qu'il avoit ou visage, et sy avoit esté depuis sa mort loutte la nuit et le landemain jusques à ceste heure, par quoy il estoit fort deiTais. Neantmains, il se mist à genoulx: et dit que incontinent en saveroit la vérité ; et lors lui boutta l'un des dois de sa main destre en la bouche, pour quérir au costé senestre
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HkSZ] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 43
ung dent maceler qu'il savoit de certain qu'il avoit perdu, lequel il trouva aîosy comme il eateDdoit ; et incoDtiueDt qu'il ot trouvé, lui -estant à genoulx comme dit est, le baisa en la bouche, disant ces mes : K Monseigneur mon maistre, monseigneur mon mais- ff Ire, ce estes-vousl je f>rie à Dieu qui tous par- « doinst vos mefTais. J'ay esté vostre ofGcier d'armes ff XL ans ou plus, il est temps que je le vous rende, » eo faisant piteux cris et lameotacions et en rendant l'eaue par les yeux très piteusement. £t lors devesti sa cotte d'armes, et le mist sus sondit maistre. £t par cesle congnoissance cessa la question et débat qui estoit pour icelle mort.
CHAPITRE XCm.
Comment le Seigneur de Croy reconquist plosenn villes et foTtres§es qui s'estoïent rendues au Boy Lancelot et
Bvoient faussé leurs seremens au duc Phelippe de Bour- goingne.
En ceste année mil cccc cinquante trois , apprez le trespas de Comille , bastard de Bourgoîngue , qui termina vie par mort devant la place de Ripple- moude ^ en la rébellion de ceulx de la ville de Gand, comme oy avez cy devant, et qui, à son vivant, fut gouverneur et cappitaînne de la ville de Luxembourg poorleducdeBouigoingne, son père, au moyen et par
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44 CHROWIQLlE [14S3]
la séduction du Roy Lansselot et du duc des K<A ' , se rebellèrent pluseurs bonnes villes et fortresses en la duchié de Luxembourg, qui avoient esté mises en l'o- béissance dudit duc de Bourgoingne. Et pour ce que iceulx seigneurs y prétendaient avoir aucun droit, s'es- meult lors grant guerre oudit pays. Lesquelles choses [sut] le seigneur de Croy, qui pour lors estoit en la- dicte ville de Luxembourg commis au gouveruement d'icelle par icellui duc son maistre , et lui manda qu'il estoit nécessité de brief y mettre provision , ou autre- ment le pays esloit en adventure de tout se mettre en l'obéissance dudit Roy Lanselot ; car desjà en y avoit pluseurs qui l'atoient receu etobej. Sur lesquelles nouvelles, pour ad ce donner provision, fîst hastive- ment mander et assambler grant nombre de gens d'ar- mes; sy envoya, environ le mob de juing de cest an , raessire Jeban de Croy, seigneur de Chimay, bailli de Haynnault; le seigneur de Moreul, bailli d'Amiens; les seigneurs de Reubempré , de Hames et de Beau- voir, aveuc pluseurs aultres chevalliers et escuiers, en graitf nombre , et grant quantité d'archiers et gens de trait; lesquelz à toutte dilligeuce tirrèrent oudit pays de Luxemboui^ , où ilz trouvèrent ledit seigneur de Croy , qui les festoia et receut à grant joye , et à l'ayde desdis seigneurs et de leur compaingnie , icellui seigneur de Croy reconquist et reduisi pluseurs places en ceste année, tant villes comme fortresses, quis'es- toient desjà tournées aveuc l^is duc des A.cs et Roy Lancelot.
£t la premierre où se tirrèrent fut une place nom-
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[1W3] DK MATHIEU D'ESœDGHT. fcS
mée Guiercq *, où îllec mirrent le siège, et n*y luirent que nn jours; au bout duquel terme ceulx de dedens se rendirreut audit seigneur de Croy comme lieute- Dant dudit duc de Bourgoingne , qui incontinent fît abbattre et démolir ladicte place. Et d'illec partirrent et allerrent mettre le siège devant ung autre chastel noromé Zelle*, qui appartenoït à une dame du pals , qui avoit une josne HIIq à marier ; lequel chastel, au bout de trois jours , se rendit à la voulenté dudit sei- gneur de Croy; mais pour ce que ledit seigneur fut requis d'un gentilhomme de son hostel d'avoir ladicte fille à mariage , duquel te traictiè fut fait , ceulx de ladicte place s'en allèrent , sauf leurs corps et leurs biens.
Apprez laquelle place de Zelles atosy rendue et ledit mariage ainsi traictié , icellui seigneur de Croy , acompaingnié du sMgneur de Waremboo * et des sei- gneurs de sadicte compaignie, tirèrent devant une autre forteresse nommée Mares * , où il y a gros vil- lage et ^rt chastel, ou milieu duquel a une grosse tour; et devant icellui tinrent le siège par l'espace de huit jours. Au bout duquel terme, comme au point du jour, assaiUirrent ledit chastel, et, par force et vail- lance d'armes, le prinrent et gaingnièrent d'assault , sauf ladicte tour, en laquelle les gens de guerre et leurs cappîlaïnnes se retrairrent, mais guaires ne le tinrent , car assez brief apprez se rendirent tous à la
I. Gincfa, près d'Arlon.
2 Peut-être Selingen, canton de Rebauge.
3 FrtDçois de la Palu, seigneur de Varembon.
k. Marte, dans le Hs. Sorbonne. Peut-être Martné, {vès de Oiiiij.
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46 CHRONIQUE [I4S»1
Touleoté dudit seigneur deCroy, pour et ou oom du- dit duc de Bourgoiogne; laquelle sa voulentë fut telle, qui Bst pendre ledit cappitainne, lui ivi*, et les aultres, de qui on avoit conguoissaoce qui pooieut paier raen • dion et finance, furent prisonniers.
Ainsi tousjours poursievant et dilligemmeot enten- dant à reconquester et reduirre ce qui estoit mal gou- verne, ledit seigneur de Croy, [àgraot dilligence], se tira devant ung autre cliastel nommé Mesembourg ', devant lequel icellui seigneur et sa compainguie se lo- gèrent. Etn'y furreat que deux jours; car quant ceulx de dedens congnurrent que on asseoit les bombardes et canons poiu* les festoyer , saclians que leur place n'estoit point souflisant pour attendre telle artille- rie , aussi qu'ilz avoient seu l'eiecucion de ceulx de ladicte ville de Marez , prinrent Iraictié et rendirrent icelie place , sauf leurs corps, chevanlx et bamois. Et en faisant ledit traictié , icellui seigneur de Croy en- voya aucuns gentilzhommes allemans, qui esloient aveuc lui ou service dudit duc , en ladicte* armée , sommer cculx qui tenoient ung fort cbastel nommé la Rochette *, qui estoit une des meilleures de ladicte ducé de Luxemboui^, qui se rendissent et Hssent obéissance audit duc, ou autrement on yroit devant eulx. Et au moyen de pluseurs bonnes remonstrances que lesdis Allemans firrent à ceulx de ladicte place , se rendirrent , sauf leurs corps et leurs biens. Et veans par pluseurs autres villes et fortresses dudit pays que chascun se remetoit en l'obéissance dudit duc, v ou
1 . MasboDi^, prés de Nassogne.
2. La Roche, sur la rÏTe droite de l'Oiutfie. Lovis XIV -j bdtit plus tard nue citadelle dont on voit encore les restes.
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[1453] DE MATHIEU D'ESCODCHY. !t7
VI autres places le firrent pareilleroent ; car ilz conà- deroieDt que ceulx de la Bochette , qui estoit la meil- leure et la plus forte de touttes les aultres, s'estoit rendue.
' Ainsi et par cesle manière coaquist ledit seigneur de Croy, en petit de temps, pluseurs villes et fortresses en ladicteditthié-de Luxembourg; et en poursievant sa- dicte conqueste, incontinent les chosesi avant dictes ainsi faictea, tirra aveuc toutte sa compaingnie, et ala logier assez prez d'un fort chastel nommé Putelenge*, Duquel estoient logiez les f^ens dudit Roy Lanselot et duc des Acz, ausqtielz envoya sommer, de par ledit duc de Bourgoingne , qui lui rendissent ladicle place ; qui prindreot jour et ung petit de delay pour respon- dre. Au bout duquel jour, envoierrent, devers ledit seigneur de Croy, le frère du seigneur à qui ladtcte place estoit, iffin de sentir et savoir s'Uz porroient trouver et avoir aucun bon Iraictïé qui fut à leur advantaige, ce dont nepeurent finer; ets'en retourna jusques audit chastel , où ledit seigneur de Croy le fist oonduirre, atout une grosse compaingnie de ses gens de gtierre-
Et quant il fut venu audit chastel , il dit à ceulx de dedens ce que besoiugnié avoit , et qu'il estoit néces- sité qu'ïlz rendeissent la place, ou incontinent avé- raient le «iége devant eulx ; duquel rapport à cest heure ne firrent conte. Et quant icellui ambaxadeur eut congnu qu'ils ne le vouloient croirre, se ne vot pas enfermer dedens, et s'en ala en une autre place nommé Rodemacq, estans ou parti desdis Roy Lanselot
1. Palte)ange-1ez-HodemBcb, canton de Cattenom (Moselle).
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4ê • CHBOniQUE [14581
et duc des Acz, et fïst savoir audit seigneur de Croy ce que trouvé avoit ; lequel incoiitiDeut fist faire ses approches pour aler I<^er au plus prez d'eulx , et y asseoir son artillerie. Mais quant ilz veirrmt et per- ceurent qui les approclioit aiosy, -firent requeste qu'ilz . peusseot astre receux à rendre ladjcte place, sauIF leurs corps et leurs biens , à quoy ledit sogneur de C^oy les receupt ; et par ce moyen lui rendirrent et mirrent ladicte place de Putelenge en ses mains, comme lieutenant dudit duc de Bourgoingne. En laquelle se loga de sa personne, et avec lui aucuns seigneurs de sa compaingnie ; et ses gens de guerre fîst logiei' au village où ilz furent bien estroictement logiez , par le terme de quatre jours entiers , pour etilx et leurs chevaulx reflaire et rafireschir. Pendant lequel séjour, envoya sommer aucunes places et for- tresses à l'environ , comme Roussy', Remetb*, sur la rivière deMezelle, et aultres. Et en icelles aloit souvent une gentil femme du pays, nommée demoiselle de Sullevre', qui fort se emploioit à faire lesdîctes places rendre et remettre en l'obéissance dudit duc ; et tel- lement s'y conduisy et gouverna, que, en briefs jours apprez, lesdicles places firent obéissance audit seigneur de Croy pour icellui duc, et les rendirrent et mirrent en ses mains.
Et apprez que tout fut ain^ rendu et réduit, et que ledit seigneur de Croy eut pourveu à la garde d'icelles places, lui accompaingnié dudit seigneur de Keu-
1 . Village de la Moselle, à 1 2 kilomètres de ThionTilte. 3. Bemisch (et Don Eymeth, comme )e ditH. Buchon),chef-liea de cantoQ de la province de Liueinl.ourg. 3. SoUeuvre.
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[K53] BE MATHIEU D'ESCOCCHY. 49
bempré et leurs geos, aveuc les Allemans qui estoient aveuc eulx , se retray en ladicle ville de Luxembourg , pour passer oultre ou pays d'Àrdeone ; et lesdis sei- gneurs de Hames, de Moreul et de Beauvoir et leurs gens , furent ordoonez de eulx aler à TbionvîUe, qui est à une lieue prez de Thienonville'; ce qu'ilz fîrrent. Et oà ilz séjournèrent l'espace de un jours, ou environ, en faisant souvent pluseurs courses sur le pays, et meismes devant lat^cte ville de Tliionville , qui estoit du parti contraire audit duc de Bourgoingne. Et assez brief apprez, furent ordonnez à tenir garnisons , c'est assavoir : ledit seigneur de Hames à Floretenges *, ledit seigneur de Moreul audit Putelenge, et le seigneur de Beauvoir à Roussy ; èsquelles places furent l'espace de ung mois ou environ. Et pendant cedit temps tout le rendu dudit pays fut réduit et remis es mains dudit duc ; et par ainsy cessa lors la guerre oudit pays.
t. Hs. Sorbonne: ■ & qiiieità...,>etc. Godefroy: (dirent
ordonnez d'aller à one lietie près de TliioiiTille. » S. Flonmges, & 4 kilomètres de Thionville.
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CHàPITKE xciv.
Comment Morbazeune, grant Turcq, print d'asault la âté de Coostanti noble.
Vous avez oy par cy devant comment le Grant Turcq' et le Blanc de HoDguerie. nommé Janous*, eulrent deux journ^z de bataiUes eu Gresse. Mais depuis ces choses advenues, ledit Turcq moru en ses pays, lequel avoit trois filz, dont Tuu estoit nommé Morbaïeime lloreslj, le second Collabulabra, et le tiers Collalelarus*. Morbazenne succéda à la sei- gcourie, qui pooit avoir d'aage vingt-quatre ans ou environ, fort de corps et bien membrus, et qui, passé longtemps, avoit uzé et faisoit encores chascun jour
1. Mabometn.
2. Huniode. Les Turcs l'appelaient Tanko.
3. Nous reproduisons i ce n^jet le passage suivant de YBitioire ottomane de Cogia Efendi, traduite par Galland (Ms. Fr. 6074, p.lSS-lS6) :■ On enterra en même temps près de lui (Amuratb II) un prince, son fils, fort jeune, nommé Ahmed, qu'il avoit eu de la fille d'Isfendiar Bej. Sultan Hehemmed, son frère, l'avoic fait mourir pour le bien de ITstat, et envoie son corps par la mesme occasion que celui de son père. Sultan Ala-ddin, son aisnô) qui estoit mort à Amasie, dont il avait le gouvernement en apanage, se trouve en- terré prés du mesme tombeau du sultan Murad. U eut deux autres frères : les princes sultan Hassan et Orkhan-Tchel^i, qui moura- rent k Edrineh fAndrinople) et furent enterrés sur le bord de la rivière de Tonngiah, à côté du collège nommé Dar-el>Eacbis. >
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[1459] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 81
lire cronioques et histoires deraat lui, meismefiieDt à SOD disoer; èsquelz cronicques trouva pluseurg grans conquestes que son père et ses prédécesseurs avaient laiotes, par cy devant, tant sur les Hongres comme sur les GrigoU. Et, pour soy voloir vengier des pertes qu'il avoit eu par cy devant, adviza que, s'il pooit avoir mie trêves aveuc ledit Blanc, que pendant icetles il feroit grant assemblée de gens et de fînances^ et loi ainsi garnis porroit faire de grans entreimnses et pluaeurs anltres concqueates, que n'avoit onques &it sondit père ne ses prédécesseurs. £t ainsi qu'il advoit mis en schi advis et imaginacion, se coDclud. Et mîst sus une très grosse ambaxadde qu'il envoya devers ledit Blanc de Honguerie, afiîn de avoir unes trêves entre eulx, qui d'un costé et d'autre furent lors accordées et concluttes, à tenir l'espace de xim mois. Pendant lequel temps icellui Morbazenne fist faire et fonder une très grosse tour et puissant, sur le bord du halve qui s'embouche devant ung fort chastd, nommé la Garde', et laquelle fist nommer la Tour Roodde*. Duquel halvre tes marchandises qui deschendent à CoD8tantîn(^le sont contrainctes de passer par illec. Lequel cbastel estrât de longtemps en l'obéissance dudit Turcq. El ea faisant icelle tour, où il y avoit grant nombre d'ouvriers', fist son assamtdée grosse, par mer, le I^us sea«ttCTaeDt qu'il peut. Pendant le facbon de
1. Le ehftteaa de Gnzelhissar, consbuit par Bayezid-Tîldîrim, sur la câte d'Asie. JBamnier, t, II, p. 374.
2. Le anlUn loi donna le nom de Boghazkes (coupe-gorge). , t. n, p. 378.
. Six mille, selon Hammer.
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S2 CHRONIQUE [14S3]
laquelle teooit ses galbes sur mer ea graot nombre, aveuc foizon d'autres uavires, coiurae craques, hurtes', brigantilz et autres vaissiaux, à l'environ d'icelle et du pays, affîn que riens De peut aler eo la cité de Constantiaoble sans son seu : et tint ses ma- uières six sepmainoes ou plus, que ceulx dudit Con- stantinoble, ue autres de la partie des crestiens, ne savoient sa puissance ne )à où il avoil voulenté de descendre. Et sur eeste couverture fîst goindre ses- dis vaisseaulx assez prez de iadicte cité de Père, qui est au get d'un gros canon de Iadicte cité de G>n8- tantinoble, et n'y a fors l'eaue de la mer entre deux. Et ce veans par lesdis habitans dudit Père, se trairent devers l'empereur de Coustanti noble, lui requérant ayde et conseil, car ilz doubtoient que ledit Turcq ne fist descendre ses vaisseaulx et son armée sur eulz, et que s'il avoit ceste volenté, ilz n'estoieot point puissans pour y donner resistence. Sur lequel adver- tissement et requeste, icellui empereur, veans et congnuissans la grant puissance dudit Turcq, contre laquelle ne pooit aucunement résister, leur fist res- ponce que, attendu ce que dit est, trop mieulx gar- deroient une cité que deux; et son advis estoït qu'il valloit mieulx que ilz alassent au devant lui en por- tant les clefz de la cité, et euh mettre eu sa mercy et vouUenté, que eulx lussier prendre pas force ne par puissance d'armes, et que se ainsi te faisoient, il ne doubtoit pas qu'il n'eut plus grant mercy d'eulx. Ce conseil fut creu par ceulx de Iadicte cité de Perre, et en bon nombre des plus notables, aveuc la plus part
i. Hurques.
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[14S3] DE MATHIEU lyESCOUCHY. S3
de la commuDaulté, se tirrerrent au devant dudit Turc, lui [H-esentèrent les clefz de la cité et se sub- mirent du tout eu son obéissance. Et ce veant par icellui Turcq, leur fist responce qu'il ne voulloit les clelz, mais esloit content de les recevoir à mercy, et sans leur souffrir riens meflaire^ pourveu que Hz seroient contens que une partie de la muraille de icelle ville seroit abattue , pour par dedens asseoir ses bombardes, afBn de plus à son aize battre la cité de Constantinoble. Et sy leur dit que ceste grâce leur feroit pour ce qu'il ne -voloit point faire guerre aui Genevois, attendu qu'ilz estoient leurs subgez, et que sur touttes les villes d'iceulx Genevois il prenoit tribut. Et ainsi accordèrent ceulx de Père audit Turcq abbattre leur dicte ville et muraille; lequel se loga dedens icelle ville, où il fist asseoir sesdictes bombardes. Et du costé où elles estoienl assises, fit menreilleusement battre ladicte cité de Constantî- n<^Ie, où U se mist k ce faire xv jours entbiers, sans aucunement cesser de jour ne de nuit. Et ce veans par l'empereur, qui estoit moult desplaisant, espérant de trouver secours et ayde des princes crestiens, fist dire et publier au peuple qu'il estait moult malade. Lesquelles nouvelles furent tantost espandues parmi la cité, dont le pœuple fut fort espoveuté. Et combien qu'il fust assez en bon point, neantmoins se absenta de son palais, et tira secrettement en ung autre lieu seur, bors de la cité, et y laissa ung sien frère, et envoya bastivement ses ambaxadeurs et messages en divers lieux, affm de avoir ayde et secours.
Premièrement , envoia devers nostre saint-Père le Pape, qui ne fist autre responce que de dire : qu'il
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54 CHRONIQUE [US3]
avoit graat charge d'ouvriers et grans ouvrages à Taire, tact àSainl-Pierre , à Saint Jehan de Lattram, nostre- Dame de Lardonne , comme es chasteauh de Saint- Pierre et de Saint-Angele ; meismement de reffaire la muraille où estolt oecessaire entour Romme ; mais, ce nonobstant, dit ausdis ambaxadeurs qu'il deissent au- dit empereurqu'il gardast la cité te plus qu'il porroit, et que , en brieP ternie , y metteroit la plus grant pro- vision qu'il porroit.
Serablablement envoya devers le Roy d'Àrragoo , qui fîst respoQce : qu'il avoit bien à faire à fumir sa guerre qu'il avoit aux Florentins, etaussy que ses ga- lbes, de quoy il .se devoit aidier , estoient en mer pour voiaigier; mais lesdictes galées retourniez, et sadicte guerre achevée , voulentiers y metteroit resistence de sa puissance.
Envoya pareillemoit à Venise ces choses Mignidier aux Venissiens, aveuc le péril et dangier en quoy la- dicte cité estoit, eulx requérant secours et ayde; les- quetz respondirrent qu'ilz avoient guerre au comte Franssicque , et icelte achevée ilz bailleroient le plus d'ayde qu'ilz poiroient , car ilz avoient mouk à faire en icelle guerre '.
Hellas! ce estoient petittes responces, et peu vaîl- lables au peuple crestien estant en icelle cité de Cons-
1. On Toit par le GiornaU de Hîcolo Barbaro, que les Véni- tiens de CoDsIantinople firent bravement leur devoir. Barbara rap- |>orte que le 3 mai une brigandne traversa la flotte turque pour allercherdier la flotte vénitienne, commandée par JacnmoLoredan, et implorer son secours au nom de l'Empereur. Mais la brigantine revint le 23 sans avoir trouvé la flotte, Giarnale delC assedio di CotUuttinopoli. Corredato di note e documenti par Enrico Cornet. Vienna, 18S6, io-S», p. 94-88 et 47.
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[1453] D£ MATHIEU D'ESCOUCHY. S5
tantinoblel Mais , peodant le temps d'icellui voiage , iceUuî Turcq Est joiodre ses gallées au plus près de la muraUle d'icelle dté , du costé oii elle avoit esté ainsi battue par xv jours et zv nuit» > comme oy avez, au- quel lieu trouva graut resisteoce de la partie des ci- toyms. Et fut au mois de may de cest an un , qui fai- soit moult diault, auquel lieu combattirent par uog jour de mardi main à main, l'e^iace de lui heures ou plus. El y eut Mt pluseura beaux fais d'annes par ceuh de lodictie cité} oar ilz se deffendoieDl vaiUamment. Hais ce nonobstant, ledit Turc entra dedens, car la oujraîUe estoit fort battue, et y avoit grant entrée'. Et incontinent qu'ilz forent dedens, de prime face firrent grau» piurdre» «t occisious des creetiens, taot hommea «Hnme femmes et enfTaas ' ; mais quant fii- reot comme maistrès d'icelle, et ung petit bleu ref- froidie, priment la conduitte de ce qui estoit demoré de femnes , jornea filles et eofïaDS. Ilz prenoient les plus belles , et les veodoiept pour en &ire esclaves , et , au regard des enHans , iU les gardoient à intencioD de les séduire et faire Barraàns, pour les faire croire es leur loy. El icelluî jour meismes de sou entrée , ala à la grant église de Saincte-Sonffîe, et en icelle fist logier ses chevaulx^ et sy fist prendre tous les ytnages de bois qui y estoient, et sur le parvis d'icelle , fist ardoirlesdis images, sauf une ymage de Nostre-Dame, qui estoit uommée raoult miraculeuse, qu'il fist garder; et sur icelle comme sur uog bloc, fist pluseurs cres-
t . ContantÎDople tomba an poavotr des Tores le S9 mai .
3. ■ El langna se corera p«r la tera came el fosse stà piovesto, c the l'a^pu « ft»M andada per rigaloU (r^a^iDoli) cusi fera el sai^e. > Hicolo Barkaro, p. 07.
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96 CHRCWIQUE [1483]
tiens décoller. Et ceste nuit , coucha aveuc la fille de Teoipereur, qui estoit toutte la plus belle josoe fille de toutle l'empire; laquelle toutte la nuit, admonesta fort ad ce qu'elle voulsist renier oestre Créateur et prenre sa loy ; à quoy ne se voult onques accorder ; et pour ce, le lendemain la fîst mener en ladicte église, et illec despoullier toutle nue, et lui monstra la déco- lacion des chrestiens qui y estoient en grant nombre; meismes en fist décoller devant elle; et encores de rechier la admonnesta que elle priât sa loy, lui pro- mettant faire tant de biens et aux siens que ce serait merveilles. Mais nonobstant quelque promesse ne quelque chose que lui ne aultres de ses gens lui sceus- sent dire, onques ne changa son propos, mais respon- dit qu'elle amoit mieulx morir que laisaier la loy de Jhesus Crist. Et quant il vit qu'il n'en pooit autre chose avoir, sur ladicte ymage de Nostre-Dame la fist décoller, où elle receut la mort en gré. Et envoya la teste de ladicte josne fille au fi^re de l'empereur , qui estoit son oncle, lui estant en la prison, et avoit este prins à l'entrei- en icelle cité '.
Et quant les nouvelles de ladicte ^rinse de Cotistan- tinoble furent venues à la congnoissance dudit Blanc
1. H. Utncini, à propos d'un passage où Jacques dn Clercq re- late les horreurs commises par les Turcs, fait observer qu'il y a dans ces récits beaucoup J exagération, (Le Berrj en Orient, Les dernières années de Jacques Coeur (1860), p. Î2-23.) On vient de voir ce que dit Barbaro; ajoutons qu'au témoignage même de Cogia Kfendi, Cortstantinople fut livré au pillage pendant trois jours entiers. < Les trois jours passés, ajoute-t-i). Sultan Heheni- med fit faire deffense, sous des peines rigourenses , de piller da- vantage Et de continuer le carnage qui avoit duré Jusqu^alurt. *L,e., p. 112-173.
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[1453] DR HATHIEX] D'ESCOUCBT. S7
de HoDguerie, qui eotendoit icelle cité esire com- prinse èsdictes trêves , fut moutt courrouchiez et des- plaisant; mist sus une ambaitade, laquelle il eovoya par devers ledit Turc, lui sigDÎfliar que , par les trêves prioses entre eulx, ne devoit faire guerre à ceulx de la cité de Constaotinoble oe aultres, dod plus que à ceulx deses pays et seigneuries ; et que , pour ce qu'il avoit printladicte cité pendant lesdictes trêves, lui reque- roit lesdictes trêves estre rompues. Sur lesquelles nou- velles icellui TufY»! fist prendre tous les ambaxadeurs dudît Blauc, et à chascun d'eulx Gst crever les yeux et coppei' les orailles tout selon la teste , et en ce point les renvoya devers ledit Blanc, en signe qui voloit bien que lesdictes trêves fussent rompues.
Et touttes ces choses venues à la congnoissance de nostre saint Père et aultres princes crestiens , furent moult desplaisans, et non point sans cause ; et pour y donner provision de résistance , ou mois de juillet en- sievant, nostre dit saint-Pêre y envoia six gallées bien fumies de vivres et de gens de guerre en grant nombre, avec XVI mille ducas pour leur paiement, et assez brief apprez y envoya encores iiii gallées, paiéezet fumies de vivres et de gens de bonne estoffe. Les Ve- ' DÏssiens y envoiêrent pareillement uug gentilhomme de Venise, nommé Jaspard Barbien, atout six gallées de gens fumies de tous vivres. Mais tout ce n'y prouf- fita guères ; et s'en retouraerreut sans guères porter de dommage audit Turq pour ce voyage '.
i. Après 1> prise de Conibuiliiiople , les chrétiens Taîncus cl proscrits se répandirent dam diverses contrées de l'Europe, et en particnlier eo France. Plosieurs vinrent i Aouen. Le 16 septembre iiSS, oa donne trente sds bon chevalier de Constantiitople, ■ en
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58 CHRONIQUE [t4S3]
QuaDt ledit Turc estant dedeos ladicte cité de Coos- tantiuoble fut bieo adverti que Dostre saint-Père le P^pe estoil moult desptaisant de ta perte d'îcelle cité , et qu'il faisoit grant dilligence de escripre et envoier deyen les princes crestieos pour le recouvrement d'i- celle et donner resistence contre les entreprinsea d'i- cetlui Turcq, et les pardons qu'il faisoit publier aux crestiens , especiallement à ceuU qui Teroient ^ueire audit Turcq, icellui Turcq envoya unes lettres à Dostre dit aalnt-Père» desquelles la teneur s'eneieult.
CHAPITRE XCT.
Comment le grant Turcq envoia ses lettres missibles à noAre saint-Père le'Pappe *.
Uorbazamie Horesti, ensamble ses frères CoUabv- liibraet Collaierrallus, chevaliers de l'empire d'OrgUa- n; *, seigneurs de l'ille de Âschaye*, autremffiit de la
ngtrà à sa panvreté et le cas dndJt Constantiiiople ; ■ le 2 ocUduv 14S6, on dnnnt^ la même somme à Dimitrius Bithardas et Thomas Partiï, * en regard à la pauvreté d'eux et qu'ils ont, eux et leurs femmei et enfans, esté prU prisonniers. ■ Secherchet historiifuet tar Rouen, par Ch. Bicliard. Sente da Soueit, 184S, p. 1S.
1 . On trouvera deux lextes de ce document : l'un presque iden- tique, l'autre avec quelques Tariantu, dans Jacques du Cleroq, I. UI, oh. xiT, et dans Jean Chartier, t. Oi, p. 36.
2. Vrghantz, ou Ui^nn, d'après H. BuchMU
3. Us. Soffaonne : Axie.
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[1U3] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. S»
Mourée, où est la cité de Palras: au grand pred>tre de RoBune, «don ce qu'il a desservy, nostre bien amé. «
Il est venu ànostre congooissance que , à la requeste du peuple des Venissiens, vous faictes publier par les egliseS' d'italye que tous ceulx qui nous feront guerre areront |^in pardon en ce inonde et vie étemelle en l'autre, de quoy avons esté adoerteaez par aucuns jetons croisiez , qui ni^;uairefl ont passé la mer ou navire des Venissiens , Qt de ce nous donnons gnu» merveilles. Car se Dieu vous a dcHmé telle puissance, vous CD devez user plus raisonnablanent, sans pour ce induirre les crestiena à nous faire guerre, attendu que nous sommes certains que noz prédécesseurs ont tou^urs maintenu que ooques ne furrent nul jour consentam de la mort de vostre Jhesus-Grist cruceryé," et ne possederrent pas la Terre-Sainte ; ains ont tous- jour* ba; les Juïb, pour ce quç nous trouvons en noz histoires et cronicques , et que par envie et traison minent ledit saint propbette vostre Aesu-Oist en la main de Pilate , qui presidoit lors en Jheruaalem pour les Rommaùu» qui fist icellui monr en crois* Et d'autre part, prenons à grant desplaisance que les Ytaliens nous facent guerre, veu que nous avons à eulx naturelle amour, pour ce qu'ilz sont partis de nous, ensamble toulte leur gloire, nom et puissance ; c'est assavoir de Àntbeooix' el Eneas, du linage du grant Priant, jadis seigneur de Troies-le-igrant, et chief de la nacion des Turcqs. Et pour ce, comme son suc- cessenr, entendons et proposons brief redilEer ladicte
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60 CHRONIQUE [1453]
cité de Troies et remettre en estât et seignourie, et mettre eo l'obéissance de nostre empinre toutte l'Eu- «oppe. Et singulièrement en vengance du sang Hector, et subvercion de la noble cité de Troies', ensamble les terres que tiennoit les Venisùens, et qu'Uz ont par force submises à eulz , à nous promises par le sort de nez prophesies. Sy prions et requérons vostre pru- dence que doresenavant vous cessez de donner telz bulles, et que ue sollicitez les crestiens à nous faire guerre, attendu que ne sommas aucunement délibérez, à cause de leur créance oufoy, leur faire guerre, mais seuUement pour le droit temporel que avions èsdictes terres de nostre présente conqueste. Car se nous n*a- dourroDS vostre Jhesu-Grist, touttesfois nous le con- gnoissous et savons esire vray prophète ; et de recbief nous avons souvent entendu que en vostre loy ne devez aucun contraindre à force. Et se nous faisons guerre aux Venissiens, nous le iaisons à juste tiltre , pour ce que, sans auctorîté de prince ou seigneur, ilz ont de leur voulenté ou force euzurpé les terres qu'ilz détiennent en Ëuroppe, ce que ne poons ne devons bonnement souffrir. Ains, puis que le temps de nos promesses est présentement advenu , sommes délibérez de mettre lesdictes terres hors de la tirannie et subgec- tion desdis Venissiens; et meismemeot que le peuple' ne communicque en riens aveuc les autres nacious
i. On lit ici dans du Qercq : ■ et poltution du grand temple de Pallaa, nibjngué Avons toute la Grèce et les habitaos d'icdle comme succesMurs et béritien de ceux quy feirent ladicte des- tructioii de Troyes, ensamble, > etc. Ce passage paraît avoir été omis par notre chroniqueur.
2. J. dn Clercq : des Téoitiens.
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[14!(3] DE MATHIEU IVESœUCHT. 61
d'Italye, aios se repputtent les plus graos des aultres. Pourquoy, à l'ayde du grant dieu Jupiter, avoDS in- tencioD de rabaissier leur oi^eil et les mettre du tout au bas. Touttesfois , se pour les choses dessusdictes n'estes délibéré de cesser de non Taire et esmouvoir guerre, soyez certains que nous metterons sus toutte Dostre puissance, et requérons L'ayde de l'empereur d'Oi^nye et des autres priaces et Rois d'Orient qui, jusques à ores, faignans qu'ilz dorment, ne vous font guerre ; et assamblerons ay grant puissance que nous porroos bien legièrement résister, non mie seullement à voz piettons croisiés que avez envoyez ; mais se vous esmouvez contre nous les GauUes , les Germains et les pays lattins, nous y resistrons à toutte puis- sance ; et par l'ayde de Neptainno et dieu de la mer, à la puissance de vostre navirre , conquesterons l'ille de HelespoDte, et d'ilec entrerons en Cartaige' et Daramathies*, régions d'Aquilon.
Donné en nostre grant palais triumpfaal , l'an de Mahomet quarante*, ou mois de jullet*.
1 . Cbarder et au Qeraq : Croatie.
2. Dalmatie.
3. Du Clercq ; dix. Cbarlier : huiet cent quarante. M, Vallet de Viriville fait muarquer qu'il faudrait 8S7; mais, comme le dit M. Bnchon, ■ l'iguoraut auteur de cette lettre apocryphe, qui fait de Jupiter et de Neptune des dieux mahométans, pouvait sans plni de scnipole transformer l'année 8S7 de l'hégire en l'année dix. ■ (Note de l'édition de du Qercq.)
k. Da Clercq ; Jaing.
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CHAPITRE XCVI.
Comment le Beignenr de FlaTy ocfaist en la tille de Dourleos messire Jehan de Freffes, cherallier.
£n la fio du mois d'aoust de cest an cinquante trois, Jehan, seigneur de Flavy*, qui estoit josne sei- gueur, yssu de haulte et noble generacion , qui avott en sou service aucunes gens de legier conseil, se transporta en la ville de Dourlens, accompaingnié de zii à rvi de ses gens, et ou content de ce que Jehan de Freffes, chevallier, Ëlz du seigneur de Fr^es, durant la guerre de Gand , dont cy devant est faicte mencion , avoit esté logier sur aucunes de ses terres, atoutte grosse puissance de gens d'armes , car il estoït le meneur des gens de guerre de Anthoine, bastard de Boui^ingne, chevallier, trouva ledit chevallier de FrefTes à l'ostel à l'Angele, sur le marchiet, où il descendit lui et ses gens, et le quirenl lant audit hostel, qu'ilz le trouverrent en une estable à cbevaulK oJi il s'estoit retrait, parce qu'il estoit adverli que ledit de Flavy le queroit; lequel fut battu et mutîlié en tel manière, que au bout de uu jours il ala de vie
1 . n était fils de Jean, setgnear de Flury (rrère aîné de Guil- laume de Flavy), et de Jeanne d'Antoing (appelée à tort Marie par La Moilière, dans son Recueil âe pUuieurs nobtet et tmeiemtes maifoHi de Picardie),
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOUCHY. «3
à trespas*. Et ce fait, icellui seigneur de Flary s'en retounia en sa place de Mazelles*, assez prez dudît Dourlens, où il se tint sur sa garde aucun espace de temps. Et ce venu à la congnoissaoce dudit bastard de Boui^oingoe, en lut très mal content; et quant ledit de ïlavj fut d« ce bien adverti , se parti de sadicte place de Mazelles et se retray en une autre fortresse nommée Lyencourl, à lui appartenant, et aveuc lui de cinquante à soixante compaingnons de guerre, oii il se tenoit sur sa garde assez longuement. Pour lequel cas, obtint brief apprez remission du Roy*. Hais, ce noDobstent, monseîgnear Jehan de Frefies*, père dudit deftiDcit, fist si grant pour^eUtte contre ledit de Flavy, en parlement et aiUeurs, que fut long temps prisotiniet, en la co||wergerie du Palais-Royal à Paris. Et à très grant painoeet difficulté fut làdicte rémission interinée par la court de parlement, qui condempna ledit de Flavy, pourl'interest civil, eu grosses sommes de deniers et reparacions hounourables, qui lui cousta plus de zxx mille fiWis*; et à ce^te cause, lui oobvint vendre pkatiafB de ses terres et seignouries.
1 . NODS dotmolls dans nos Preuves un récit détaillé du meur- tre, extrûl d«s Registres du Ptrlemeiit.
1. Uaierolla, dans le Vb,. Sorbonnv. Cest aussi le nom qu'on rencontre dans les Registres du Parlement.
3. On trouvera également dans les Preuwes le texte de ces ■lettres de rémission.
4. Le seigneitr de Fieffés s'appelait Waleran et non Jean. H se perk daasle procès oottinie d««âandeiir titec AbMëilo Dompmirt, sa fenmie, Jacquotlne de R^neauvilLci veuve de i«an de Fiefies, et Ambonin de Fieffés, son fils ninear.
5. L'arrêt, en date du 8 mars \ 4Sti, se trouve dans les r^istres do Fariement ÇK., S8S), f. 3Sâ-367j.
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CHAPITRE XCVII.
Comment le comte de Dunois, bastard d'Orléans, conquist sur les Anglois la ville et chastel de Cadillac.
Vous avez oy par cy devant comiDeot le Roy, apprez sa conqueste de Nonneodie, tirra es ducës de Bourdelois et de Guienne, qui de long tempe avoient esté en l'obéissance des Anglois, lesquelles par son grant sens, conduitte et vaillance, il réduit et remis à son obeissaDce; et firrent c^x d'icelles ducbiés, tant les bonnes villes comme les trois estas, serment solleropnel de demourer bons et leaulx subgez à icellui Roy Cbarles : et de ce firent les sermens sol- ' lempnelz et sur les saintes euvangilles, es mains du conte de Dunois, bastard d'Orléans, son beutenant gênerai en icelle conqueste. Mais assez tost apprez, comme gens mal conseilliez, et alant directement contre leur Toy et serement, par la séduction des seigneurs de Lespare et de Hontferant, grans sei- gneurs en icelle ducbié. à la poursieutte du seigneur de Tallebot qui estoit vaillant chevallier et sage en armes, lui rendirrent ladicte ville de Bordeaux, comme oy avez. Mais pour icelle recouvrer avec tout le pays, mist sus une grosse armée, et bailla la charge à icellui bastard d'Orléans qui estoit son lieu- tenant gênerai, qui, droit le xix* jour de septembre
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[lU»] DE BIATBIEn lySSCOCCBY. BS
de cest an cinquante trois, par ung jour de merquedi, piint d'assault, une ville ou pays de Guieone, nommée Cadillac; mais au paravant dudit assaut, elle avoit fort esté batue de bombardes et de cauons, et des plus gros que le Roy Charles avoit eu soo siège, que lors tenoit devant ladicte vîDe de Bordeaux. Les-~] quelles bombarbes et artillerie avoient esté, ledit jour de merquedi, mises à point et assizes à pouipos déli- béré de les getter, tous ensamble et à une fois, à ren- contre d'un bolvercq que les Anglois avoient lait devant la porte de ladicte ville; mais quant Hz veirent ledit appareil, babandonnèrent leur dit bolverc et se retrairrent dedens la ville, en bouttant les fus dedens i icellui bolvercq. Et ce veans par les Francbois, ap — * procberrent icellui bolvercq et par graot vaillance et dUligence, estaingnirrent le fu et se boultèrent dedeos icellui; et incontinent furrent gettées touttes les bombardes et canons qui là estoieut afustez, à ren- contre d'une grosse tour estant à la porte de la ville, et contre la muraille d'icelle; et cbeirrent les pierres, tant de ladicte tour comme de la muraille, es fossez de la ville, en si grant babondance, qu'il en empUst grant partie.
Et an parafant le get desdictea bombardes, chas- cun des gens de guerre desdis Francbois estoient garnis d'un fagot en leurs mains, lequelz ilz gettèrent èsdis fossez; et ce fait crièrent à l'assault. Et au moyen tant desdis faguos comme d'icelles pierres, qui ain^ avoient emply partie desdis fossez, les Francbois aborderrent auprez de ladicte muraille, qui ainsi avoit esté battue et rompue, où ilz com- battirreut main à main contre ceulx de la ville par
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M CHRONIQUE [1453]
grant espace de temps, ou il y eut de beaux ùôb d'armes, tant d'un cost^ aommo d'aultre; etae mouk trerreot chascune des parties moult vaillans. Mais eo la fiD les Anglois, veans qu'ilz ne pooieot résister, habandonnerreot ladicte vîUe, se retrairreut au chasteau, et par icelle retraitte fut icelle ville gain- guié ; où D'y eut guères de gens mors d'un costé ne d'autre. Et brief apprez les Anglois, qui aiosi s'es- toient retrais oudit chastel, considerans qu'ilz ^ne le pooient tenir contre la puissance du Roy Charles, et qu'il estoit en personne tenant le siège devant la ville et cité de Bourdeaux, comme dit est, et qu'il estoit à deux lieues près, requirreut avoir seurtë pour pooir parler aux cappitainoes, c'est assavoir au gnuit> maistre d'ostel du Roy et Potton de Sainte-Traille, qui acordé leur fut; et apprez pluseurs ouvretures sur ce faictes par les parties, iceulx Anglois ofîrirent mettre en l'obéissance du Roy Charles ledit chastel, qui estoit moult fort et puissant, sans débat, et of- frirent paier X mil escus, pourveu qu'ilz s'en yroieat, sauf leurs vies, chascuu un blanc baston au poing.
Et lesquelles nouvelles furent incontinent par lea- dis seigneurs eovoiëes devers le Roy, qui tenoit sondit siège devant ladicte ville de Bordeaux; et lui fu declairié tout au long les oflres et requestes que fai- soient lesdis Anglois estans oudit chastel. Mais le Roy, sachant et bien adverti que dedens icellui chastd avott gens de grant nom, tant du pays d'Eoglelerre comme des pays de Bordelais et de Guienne, dit de sa bouche : « qu'il ne les recheveroit pat à ces oHres, H et que, au r^rd desdis x mil escus, il avoit aident « assez, et que son intencion estoit de les avoir à sa
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[1U3] DE UÀTHIED D'ÏSCOVCHT. 67
« volenté. » Et incontinent ceste responce ainsi baillié, ordonna faire mener encores partie de son artillerie, de la meilleur et plus grosse qu'il avoit en sondit siège, et le faire asseoir et afuster devant ledit chasteL Et ce veans par les Anglois estans dedens, aussj de ladicte responce, considerans que, contre la puissance ne les preparacions qu'ilz véoient, ne pooient donner resistence, requirent avoir seurt^ de pooir parier aux gens du Koy, ce qui leur fut accordé; et par eulx aveuc lesdis gens du Roy fut traictië fait par la manière qui s'ensieult.
C'est assavoir t quMz rendirent au Roy Charles ledit cbastel de Cadillac, aveuc les villes et chasteaulx de Benaiiges et de Rions*, que occupoient et tenoient Icsdis An^ois, moyennant que ceulx dudit chastel de Cadillac et tous ceulx estans èsdictes villes et cbas- teaux de Benauges et de Ryons qui estoient de la nacioD du Royalme d'Engleterre, seroient prins et receux à raençon et finance comme prisonniers, et paier finance seroient receux, et ceulx qui seroîent desdîs pays de Bordelois et de Guienne et des autres places du Royalme de France, seroient et demour- roient du tout à son bon plaisir-, lequel traictié fui seignifïi^ au Roy, qui l'eut pour aggreable.
i. M. Bucboa met en note : Xa Béole. Cest bien Rions, petite ville dn canioB de Cadillac. Le traité de capitulation 4e Benanges, en date du 27 septembre 1 453, eu dans le t, XIV det Ordaimancet, p. SU.
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CHAPITRE XCVIII.
Comment le Roy Charles conqui&t le chastel de Blanquafoit, et comment ceulx de Bordeaux envoièrent )eun ambaxa- deurs deren lui qui tmoit le siège devant eulx.
Apprez que les traictiez fuirent ainsi fais desdictes villes et chastel de Cadillac et autres, comme oy avez, le Roy Charles ordonna à son grant maistre d'ostel et à Potton de Sainte-Traille, bailli de Touraiune, qui estoieot les chiefe de l'armée, qui avoient esté devant ledit Cadillac, soubz le bastard d'Orléans conte de DuDois, lieutenant gênerai du Roy, qu'ilz tirassent hastivement devant une forte place, nommée Blan- qnafort*; car plus n'eu y avoit eu Guieune ne en Bordelois, qui touttes ne fussent reduittes et remises la seconde fois en l'obéissance dudit Roy Charles, tant par sa bonne prudence et conduitte, comme dudit comte de Dimois et aultres cappitainnes, qui songneu- sement et diUigamment s'estoient espars et mis les sièges devant les villes et fortresses desdis pays , et sans en riens diminer le siège qu'il tenoit devant ladicte ville de Bordeaux, et que jà avoit fait par long temps.
Mais incootioent que lesdis de Blanquafort furent
1. Blanquefort.
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(Ï453] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 69
de ce advertis, meîsmes congnurent qu'ilz estoient en advepturede n'en avoir secours et ayde, ou mois d'octobre de cest an un^ ceuli estaos dedeas ladicte place de Blanquarort requirent avoir traictié aveuc le Roy, qui accordé leur fu. Sy furent envoiez députez d'un costé et d'autre , pour conclurre en ceste ma- lère, laquetle conclusion fut telle : que ladicte place de Blanquafort seroit mise et rendue es mains et en l'obéissance du Roy Charles , par condicion que les gens de guerre estans dedens, de la nacion du Roy aime d'Engleterre , seroient receux à paier raenchon ; et les autres, de la nacion desdis pays de Bordelois et de Guienne et de sou Royaume, seroient et demourroient à sa vouUenté.
Et incontinent apprez icelluy traictié ainsi fait et passé, le Roy fist retirer toutes ses gens d'armes, aveuc l'artillerie qui avoit esté devant lesdictes places et fbrtresses, tant de Cadillac comme de Blanquafort, à son siège devaiit ladicte ville de Bordeaux. Eticellui siège ainsy renforchié , veans par ceuix de ladicte ville, sans long séjour, envolèrent devers le Roy supplier de avoir ung sauf condoit , pour paner à lui à seurté, qu'il ottroya; et assez brief apprez, furent devers luy ceulx de ladicte ville de Bordeaux , jusques au nombre de c hommes à cheval , tant nobles comme gens d'église et autres de la communaulté ; et eulx venus devant sa personne , lui requirent très humble- ment qui lui pleust les prendre à mercy, et qu'ilz estoient contens de lui rendre ladicte ville de Bor- deaux et mettre en ses mains et en son obéissance, pourveu qu'ilz eussent leurs biens et leur vie saulves.
Et apprez que le Roy eut oy leur proposicion, de
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70 CHRONIQUE [1453]
sa bouche leur respondit : « Se vous B'avez charge de « autrement parler, vous avez seurté de venir devers n nous et de vous en retouruer; vous.pooez drecbîer K vostre chemin du retour quant bon vous samblera, (r car de la requeste que nous faictes, ne ferrons rien , d attendu les grans faultes que par cy devant avons H trouvé en vous. Et est nostre intencion , à l'ayde de ■ nostre créateur, de avoir la ville, tous ceus. qui sont K dedens et leurs biens , à nostre plaisir et voulenté , « pour de leurs corps prendre pugnicion selon ce « qu'itz ont offensé , pour avoir aie contre leurs ser- « mens et feaultez à nous fais par cy devant, en telle w manière que ce sera example aux autres et mémoire •c au temps advenir, a Et apprez que iceulx de Bor- deaux eurent oy icelle responce , furent moult trou- blés; et comme ilz s'en retoumoient en leur ville moult dolaus» survint ilec maistre Jehau fiurreau, chevallier, seigneur de Monglat, trésorier de France , et mûstre de l'artillerie du Roy Chaiies*, qui dist ces mos ou en substance : u Sire, je viens de autour de la « ville , et ay r^ardé et bien visité à mon pooir les
j . Le point de saToir si Jean Sureau fat, comme le prétend ici Mathieu d'Escouchy, maître de l'artillerie en titre, est fortcootro- versé. Goderroy, dans les notes biographiques qu'il a réunies sur tes frères Bureau, établit bien que Jean en exerça les fonctions; mais il a tort de conclure qu'il en porta le titre. Tous les docu- ments contemporains attribuent ce litre à Gaspard; seul, notre chroniqueur le donne à Jean. Un document, en date de 1461, que nous allons reproduire, tranche dc&DÎtiveinent cette question; il est tiré de la collection Gaignières, vol. 372, f. 96 :
s S'ensuivent les ofEces que tiennent maistre Jehan Bureau et Jaspar son frère s
■ Premièrement, ledit maietrt Jehan fiorean a at ticzit la mais-
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 71
ir places plus convenables à asseoir vostre artillerie ; « mais se vostre boa plaisir est, je vous promez^ et K SUT ma vie , que en brief temps je vous renderay la K ville toutte destruicte et essillée par voz eugieus <t volans , en telle maDière que ceuk qui sont dedens « ne se saveront où tenir, et les avérez du tout à « vostre bon plaisir et vouUenté. » Sur ce, le Roy lui dit qu'il fist bonne dilligence, et que son intencion n'estoit point desoy partir d'ilec sans les avoir mis en son obéissance.
CBÀPITBE XCIÎ.
ecnlz de la ville de Bordeaux fiirent remis la seconde fois en l'obàssance du Roy Charles.
En briefz jours apprez que ceulx de ladicte ville de Bourdeauz furrent retournez en leur ville et qu'ils avoient fait leur rapport de ce que besoingnié avoieut, veans tes grans preparacions qui se faisoient par les Franchois pour assaillir une bastille, qui estoil mer- veilleusement forte, que les Anglois de dedens îcetle
trÏM des comptes et la trésorerie de France, la marrerie de Bour- deaolx, la capitunerie de Meaulz et le gouvernement de la ville, terre et seignonrie de Pons.
■ Ledit Jaspar a et tient la maistrise de l'artillerie, la capitai- nerts du Louvre, qu'il a ene pai achat, et la capitainerie du pont de Foioêj, saoa gaige». *
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n CHROmQUE [l'ïSS]
ville avoient fait sur l'eaue de la mer, devant ledit siège ; doubtans aussi que la ville ne fut assaille, les- quelles preparacioDs conduisoieot les adraîraux de Fraoce et de Bretaingne, qui avoieot le gouverne- ment des navires et houques qui estoient par la mer, car desjà en y avoit arrivé xv grans navires, mer- veilleusement belles et puissans, qui estoient venues des pays de Hollande et de Zellande, appartenans au duc Phelippe de Boui^oingne', et que, par ce moyen, se sentoient assegiez en deux lieux, c'est assavoir par mer et par terre , et ce qui se faisoit par terre con- duisoit le comte de Clermont, qui en ^este partie estoit lieuteDant du Roy; ce considerans, se mirent ensamfole de rechief en ladîcte ville de Bordeaux, et eulx assamblez conclurrent aveuc ung chevallier de la nacion d'Engleterre, qui se nommait messire le Camus', et estoit chief pour lors, de par le Roy Henry d'Angleterre, de faire savoir à Joachin Roault, qui autresfois par l'ordonnance du Roy Charies avoit esté en leur ville par sauf conduit, qu'il voulsist demander licence au Roy, à ce qui lui pleust qui peust sder devers eulx, pour le bien de la paix, et qu'ilz lui bûUeroient sauf couduit pour aler et retourner. Et ce venu à la congnoissance dudit Joachin, fist savoir
1. J'empruQtelaDOtesuÎTanteàM. Michelet,fi/.t(o/re(i<;f>xiiu», t. T, p. 298 : r Mathieu de Coocy dit à tort que ces vaisseaux ap- partenaient au duc de Bourgogne; le duc avait en ce moment des intérêts toot opposés à ceux du Roi, il était fort mécontent de lui. Il est probable que les Hollandais, sujets fort indépendants de Philippe, envoyèrent ces vaisseaux malgré lui. ■
2. Il est appelé par Grallon (t. I, p. 649) lord Cameus. C'était saD3douteRoger,seigneur et baron de Camoys, qui paraît dès 1429 dans les guerres des Anglais. Cabinet det titrer, dossier Camots.
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[1453] DE UATHIED DTKSCOUCHY. ' 73
ces nouvelles au Roy Charies et à ceulx de son -conseil; et sur ce lui fut donné cougié y aler, affin de savoir leur vonlenté.
Et apprez qu'il ot sa seurté, se transporta en ladicte ville de Bordeaux, où illec fut bien receut dudit messire le Camus et d'anltres cbevalliers et esciûers; et, apprez sa recepcion, se mirrent ensambte : c'est assavoir les prîucipaulx de ladicte ville de BfHHJeaux aveuc ledit Joachin, où il fut parlé de pluseurs choses d'un costé et d'autre, et sy fut leur conclusion que pour venir à iraictié. Et cooclurrent aveuc ledit Joa- diin que, le venredi ensievant , yroient jusques au nombre de xxv à xzx personnes, à une place nommée Lormonl, où il n'y a distance de ladicte ville que Il lieues ou environ, où ilec trouveroient gens or- donnez de par le Roy Charles pour besoingnier du tout aveuc eulx, se voulenté en avoient. Si leur fut eovoié^ sauf conduit et seurté pour le nombre dessus- dit pooir aler et venir audit lieu de Lormont. Et pour les recevoir et oyr ce qu'ilz vorroient dire, le seigneur de Torcy y fut ordonné de par le Roy, le senescbal de Poictou, et maistre* Jeban de Jambes, pour be- soingnier aveuc eulx; lesquelz arrivèrent cedit jour de venredy audit lieu, environ entre dix et onze heures à midi.
Et incontinent qu'ilz eulrent disné en l'ostel dudit admirai , se mirrent eosamble lesdictes deux parties. El illec dit ledit seigneur le Camus : qu'il estoit en la cité de Bordeaux commis et ordonné de par le Roy d'EngJeterre , son souverain seigneur , mais nonobs-
i . Sie, pour mettire.
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74 ŒROmQUE [14S3]
tant qu'il véoit et savoit que le Roy Charles estoit à l'eutour et eo'viroD de ladicte ville à grant puissancet il traicteroit voulentiers aveuc lui pour lui fiùre bail- lier ladicte ville et cité de Bordeaux, moyeDuant qu'il voulsist abolir et pardonner à tous ceulx qui estotent dedeos , et ou pays baillier abolicioa générée pour leurs corps et biens quelzconquea. A quoy fu res- [K)Qdu par la bouche du chancellier de France ^ qui remoostra pluseurs raisons pour quoy ne seroieat pas ad ce receui , veu et considéré les grans faultes qu'ils avoieot commises et offensées devers le Roy. Et en ce débat , fureot tout le jour sans aucune chose coDclurre; et environ solail couchant iceliui jour, s'en retournèrent eu la ville; et, à leur parlement, requi- rent avoir UDg sauf conduit nouvel , pour retoivner le sabmedi ensievant , ce qui leur fut accordé.
Et cedit jour de sabmedi, retourna audit lieu de Lormoii ledit seigneur de Camus et autres, qui se re- mirent enaamble aveuc les seigneurs de France, de- vant nommés. Et apprez pluseurs ouvertures ^ctes sur cesie matère , se approchèrent de estre d'accord : car lesdîs de Bordeaux estoient contens de avoir abo- licioa pour ccuIx qui estoient dedens la ville, et icelle rendre au Boy, renuDchier à tous leurs previleiges , et donner c mille escus. Sur lesquelles offres les sei- gneurs de France demandèrent c mille mars d'argent et vingt personnes à prendre dedens ladicte ville, au plaisir du Boy. Et sur ces ouvertures ne peureot en- cores estre d'accord, et, par bon sauf conduit et en seurté , s'en retournèrent audit lieu de Bordeaux. Et le mardi IX* jour dudil moisd'octobre, jour de Saint- Denis, ledit seigneur de Camus , envirtm vm ou x des
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[1483] DE HATHtEtl D-ESCOUCHT. 75
plus notables , taat Anglois comme de ceux de la ville, ledit jour se retrairent à Hontferaiit , devers le Roy Charles, qiri y estoit logiez et bien acompaingnié, tant des seigneurs de son sang comme de pluseurs au- tre* nobles et gens de conseil , auquel ledit seigneur de Camus dist : v Sire, je viens devers vous, et vous ad- ■ mainne ces chevalliers , escuiers et boui^ois de la « ville de Bordeaux , vous suppliant qu'il vous plaise « leur quictier et pardonner l'ofrense qu'ils ont faille « et commise envers vous , et leur donner abolîcion m de corps et de biens mœubles et immoeubles, et ilz « reouncheront à tous previUeiges ; et sy vous baille- « ray et metteray en vostre obéissance ladicte ville et H cité de Bordeaux; et oultre plus, vous dpmttot a c mille escus ; et sy porrez tousjours prendre d'eulx M ce qu'il vous plaira; et pour Dieu, Sire, aiez pitié. « et mercy d'eulx. »
Sur lesquelles requcstes le Roy le fist tirer arrierre; et sur ce tînt conseil, ouquel fîit touchië de pluseurs dioses, et entre les autres, fut dit : qu'il seroit bon que le Roy print appoinctement , attendu le danger de l'epedimie qui avoit jà couru long temps, et en- core» faisoit en son ost; et que attendu ce que dit est , le Roy devoit estre plus enclin de les recevoir à mercy; et qne les ofTres avant dictes il devoit accepter, en prenant xx de ceulx de ladicte ville, des plus coul- paUes, dont le sourdic de la Trou et le seigneur de Duras «eroient les premiers, pour en faire justice se- lon qu'il apparienroit.
Et sur ce furent rappeliez lesdis de Bordeaux , aus- quelz on dist et declaira la conclusion telle que le Roy et son conseil avoient prlns; à quoy débattirent beau-
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T6 CHROmQtJE [US3]
coup, et nullement ne se y vouloient condescendre. Mais, en la fin, l'accordèrent , moyennant que le Roy leur renderoit les vies et qu'ilz seroient quictes pour estre banîs perpétuellement à tousjours du Royalme de France , et que les Anglois de la nacion d'Angle- terre s'en croient atout leurs biens; et renderoient tous prisonniers , et quicteroient tous sellez et promesses qu'ilz avoient eu ou pooient avoir des Franchois de gens de quelque estât qu'ilz fussent ; et aussy leâdis de Bordeaux renuDchèrent à tous leurs previleiges et franchises, pour en faire au bon plaisir du Roy. Et ainsy et par ceste manière le Roy leur accorda et liit content*. Et pour cedit traictié entretenir, fumir et acouplir, le xn* jour dudit mois ensievant, furent baillia zii hostagiers : c'est assavoir six Anglois et VI Gascons, jusques à l'acompUssement des choses dessusdictes.
Et le dimeoce ensievant fiit baillié et délivrée la bastille, qui estoit de leur parti, et le mardi ensievant, ilz dévoient bailler ladicte ville et cité de Bordeaux. Mais pour aucun débat qui survint en ladicte ville le lundi au soir , la rendicion d'icelle fîit différée jusques au venredi xix* jour dudit mois apprez ensievant, au- quel jour entrerrent les commis et députez de par le Roy Charles en icelte ville de Bordeaux et mirreot les banières du Roy sur les portes , ainsi qu'il est acous- tumé de faire en tel cas*. Et apprez que icelte rendi- cion fut faicte , et que les pays et dachié de Guienne
i. Lettres de Charies TU du 9 octobre lbS3. Ordomancet, t. XIV, p. 271, note.
2. On voit dans VJrthteologla (lettre de M. Smart Ledûeullîer, t7 mars 1 749, 1. 1, p. 78) que Charles VII changea alors les armes
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[4453] DE MATHIEU D-ESCOUCHT. 77
et de Bordelois furent ainsi reconquises et remises en l'obéissance du Roy, les Anglois qui avoient est^ trouvé èsdis pays, et qui par les traictiez s'en dévoient re- tourner franchement en Angleterre, le Roy les fist mettre par cfunpaignies, et, par divers lieux , les fist passer et conduire jusques en leur parti par heraulx , ofiSciers d'armes et gens de guerre , et à chascun d'euU fist donner ung escu. Ainsi furent lesdis pals délivrés des Anglois.
CHAPITRE C.
Goounent les Anglois estans es chasteaulx de Benauges et Rions ae voireat pas entretenir traîctié que on aToit lait aveuc le Boy Charles.
Vous avez oy la manière de la rendicion de la vOle et chastel de Cadillac , et comment par le traîctié qui de ce fut fait , les gens du Roy Henry dévoient remettre es mains et en l'obéissance du Roy Chartes les villes et chasteaulx de Benauges et de Rions, mais quant les ambaxadeurs de par lui depputez allèrent ausdictes villes et chasteaux , pour d'iceulx avoir ta possession et délivrance , les Anglois estans dedens leur firrent respoQce que leur intencion n'estoit pas de rendre les-
de Bordeuu, et qu'il remplaça les trois léopards d'or, posés un, un et nn, par un léopard senl, avec un chef d'axur, semé de fleurs de lis d'or.
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78 CHKOmQCE [14S31
dictes places sans débat; et que, se aucune promesse avait esté &icte aveuc les gens du Roy Charles, sy n'avoient-ce pas esté gens qui eussent puissance du Roy Henry, leur souverain seigneur. Et en brier, di- rent Busdis ambazadeurs qu'ilz ne renderoient pas les- dictes places f sans ordonnance de leur dit souverain seigneur, ou sans débat. Et ce venu à la congnois- sance du Roy Charle», fîst hastivetneol et sans delay .faire les emprinses et assaulx des places et fortresaes avant dictes ; et la raison le mouvoit ad ce, parce qu'il véoit le reffus et le contraire de ce que on avoit traic- tîe. Et pour à ce pourveoîr, fist garnir souffisani- nient, de gens vaillans et de bonne cooduitte, tous les lieux et places là où on pooit penser que ceulx des- dictes villes de Benauges et de Rions pooient passer; et par ce les tint en tel dangier, qu'il ne leur venoit nulz vivres. Et sy y avoit dedens lesdictes places gens de trois nacions ; c'est assavoir gens de la nacion d'En- gleterre, aultres estraogiers, et sy en avoit des pays de Guienoe et de Bordelois , lesquelz pendant ce temps se divisèrent fort contre l'un l'autre , et tellement qu'il y eut entre eulx grande tinzon * par aucune espace de temps.
1 . Tauon, dispute, guerre, combat. Godefroy met : de grans
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[1Ut3] DE BIATHIEU IPE6G0UCHT.
CHAPITRE CI'.
Comment la navire de la nUe et cité de Bourdeaui Ait mise k subjecdon et prime durant le siège devant la ville.
Ceulx d'icelle ville de Bourdeaux, pendant leur dit sj^e et duraot leur dicte division , jassoit ce qu'ib fussent en voye de traiclié , comme oy avez , se te- Doient-ilz une grosse navire entre leur ville et l'ille d'Amadot *, à ung quart de lieue près d'icetle viUe de Bourdeaux, ou environ , laquelle navire ne pooit aler avant ne arrière, mais toutesfois elle eatoit moult prejudiciacie aux Franchois lenans ledit siège, et par la puissance qui estoil dedens , leur faisoient grant dummaige. Et pour ce remédier , le Roy Charles fist partir de la vDle de la Rochelle, le viu* jour d'octobre audit an cinquante trois, seize grosses navires bien garnies et furoies de gens d'armes et de trait, qui la- dicte navire mirent à sujection et en l'obéissance du Roy Charles.
I. Ce cbftpitn M se troiiTe pas dans le Ms. de la Mare. S. De Hédoc.
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casoiuQUE
CHAPITRE CIL
Comnwat le duc de Bourgoingne conqimt la place de SecaTebecqoe.
En ceste ann^ uit, environ à la Saint-Jehui Bap- tiste S le duc de Bourgoingne, accompaingnié [ du
1. D j a ira mie grave lacnne qn'il at impouible de ne pas essayer brièrement de combler. Od a yu plus haut (ch. lxxxix) qu'aussitôt après la sentence rendue parles ambassadeurs français, et que le duc leur paya, selon l'expression de M. Michelet, les hostilités recommencèrent de la part des Gantois. La fin de l'année 1452, les premiers mois de 149^ se passèrent en conrses, en sorties de garnison, en rencontres partielles, surtout en ravages, en mas- sacres, en incendies. Les ûantob eurent presque toujours l'avan- tage.Le di:c eutbeau faire venir de Bourgt^eson maréchal, lesire de Blamont ne remporta aucun avantage ^ il ne fit que rivaliser avec ses ennemis en fait de désordres et de pillages, tellement que, selon du Clercq, « il ne laissa rien à cinq lieues de Gand que tout nefeust arsetbrulé.'LebitarddeBoui^ogne, Philippe et Jacques de Lalain furent successivement défaits. Le duc, qui, d'une part, ne pouvait rassembler d'armée assez forte pour assiéger Gand, ni même pour empêcher les Gantois de tenir ta campagne, et, de l'auire, craignait pour le Luxembourg en révolte, accueillit favorable- ment des demandes de négociations que présentant les Gantois. Entamés i Termonde, près du bAtard Anbûne (38 janvier), con- tinués longuement à Bruges (février-mars), les pourparlers furent repris, à la fin de mai, à Lille, après de nouveaux succès des Gan- tob. Ils n'aboutirent à rien. Les Ga&lob, voyant l' obstination du duc à leur refuser le maintien de leurs privilèges, s'écrièrent tout d'une voix ; ■ Ia guerre I la guerre ! L'on verra qui seront les
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[1485] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 81
comte-de Charolois, son 6lz, du comte d'Estampes, du comte de Saînt-Pol, de Aothoinnc, bastard de Boui^in^e , des seigneurs de Ficanes , de Crequy, de Saveuses , de Crevecueur , de Roye , de Halbour- din, de Morœl, de Croy, de Chimay, de Halvyn, du vidasme d'Amiens ' , des seigneurs de Grutuze, de Ro- chefort ^ de Vaux , de Noielle , de Reubempré , de Hî- raubnoDt, de Uames, d'Avelus, et pluseurs aultres
loyanz Gantois qui combatiront pour leur franchise. > De son c6té, k duc convoqua tes gens de guerre et rassembla les mercenaires fpù composaient presque exclusivement son armée. la guerre re- prit avec une vigneur nouvelle. Le succès remporté por la gar- nison d'Ath, le 1 6 juin, sur les compagnons de la Terte Tente, et la prist de Schendelbeke, rapportée dans le chapitre qui va suivre, eu marquèrent les débuts. (J. du Clercq. — Olivier de la Marche. — Relation de Jean de Cerîsy, seerétaire du comte d'Étampes. M5. O^bert 7445', f. 313 et suivants. — Kervyn de Lettenhove, HittoiTt de Flandrt).
Je ne pois passer complètement sons silence des négociations entamées, pendant cette période, par Charles VII, et dont les chro- niqueurs ne nous ont laissé aucune trace; -mais je dois ici me borner 1 indiquer les [ûèces relatives à ces négociations, restées d'ailleurs inffuctueuses.
1452, 1 1 décembre. Instrucdons de Charies YII à Guillaume de Henjpeny, à Guillaume de Vie et à Jean de Saint-Romain, en- voyés an duc de Bourgogne et aux Gantois. Ori^-inal, Hs. Baluae 987»=, f. i. Éd. dans D. Plancher, t. IV, Pr. p. ccx,
1 4S3, 1 7 février. Lettre des ambassadeurs au Roi. Original, Ba- luae 9e7S*,f.S3.
14S3, 28 mars. Noovelle lettre des ambassadeurs. Original, du Puy762, f. 116. Ed. Kerryn de Ijette^ovt, Histoire de Flandre, première édition, t. IV, p, K22.
1bS3, 29 mai. Relation des ambassadeurs (contenant denx let- tres du R<N aox ambassadeurs et de nombreuses lettres échangées cotre les Gantois et les ambassadeurs). Balnie 9978^, f. 43. Éd. Kervyn de Lettenhove, I. IV, p. S23.
1. Raoul d'Ailly.
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M CHROniQVE [14S3]
chevalliers et escuiers, en grant oombre *, se deslt^ d'Audenarde '] et des pays d'environ ', où il estoit lo- giez, pour parachever et mener à fin b guerre qu'il avoit eue, l'aonëe précédente, à ceulx de sa ville de Gand; et atout sadicte compaingnie, se ala logier en UDg gros village nommé Renays, à six lieues prez d'une place nommée Secavebecque*, et ou pays d'en- viron, où ilec séjournèrent deux nuys et ungjfHir. Et le lendemain , ledit bastard de Bourgoingne, atout les compaingnies des garnisons dont il estoit cappitainne, qui estoit aie par ung autre chemin , se trouvèrent tous ensamble audit lieu de Secavebecque , marchi- sant d'une petite fortresse nommée Boulers , où ilec se logèrent touttes les compaingnies , et aveuc eulx ledit comte d'Estampes et ses gens, qui asseigèrent ta- dicte fortresse, en laquelle avoit grant nombre de ceulx tenant le parti de Gand et devant icelle fu afTutée la plus part de l'artillerie dudît duc , en [ laquelle avoit deux grosses bombardes, qui souveotes fois gettoient devant ladicte forteresse, et de laquelle abattirent la plus part de la muraille, et la porte de dessus le pont. Et quant ceulx estans dedens, qui estoient environ soixante, coQgnurent et veirent qu'ilz ne pooient re-
1. Jean de Cerisy parle de 12 à U 000 hommes.
2. [ ] LacuDe du Us. de la Mare, provenaDt d'un feniUet dé- coupé.
Z. 1a duc partit de litle le 18 juin, passa par Coortray, d'où il alla, le 23, coucher à Audenarde ; il quitta celle vilU le 2S. — JtelaiioD de Jean de Cerisy, T. 319, Chastellain, dans le Trëtorma- lionai, p. IbO. Lettre du duc aux magistrats de Malines, en date du 30 juin, dans la CoUeetUm de Dœument* inédiu de U. Gacbard^ t. U, p. 12fl.
4, Sidiendelbeke.
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 83
sïster contre la puissance qui estoit devant eulx, meis- mes sachans que ledit duc de Bourgoingne y esloit en personne , se rendirent à !a volenté dudil duc , qui incontinent les fist pendre aux arbres estans à l'envi- ron de ladicte place ; ] ' et le lieutenant du cappitainne d'iceulx fist pendre à l'avant porte de ladicte for- tresse. Et quant au cappitainne ' d'iceUe , y demeura prisonnier deux ou trois jours, pour ce qu'il se faisoit fort de faire rendre la forlresse de Gavre , qui estoit ung fort chasteau que les Gantois tenoient en leur obéissance , et par le moyen duquel se faisoient plu- seurs dommages sur les subgez dudit duc; laquelle chose ne peut faire ; et pour cesie cause , icellui duc le Gst pendre sur son <!hemin , ainsi comme il s'en aloit de devant ladicte place, avec deux aultres qui estoient du parti de ceulx de Gand, à la croisîé d'un roœulin à vent qui u'estoit point parfait.
1 . > Roz «nnemis la tenoient (la place) et occapoient ait nombre de eau et quatre, lesqoelz btous fait exécuter. ■ Lettre du duc aux magistrats de Ualineft. Gacbard, l. c, p. 130.
2. Jean de Waesberge. Cétaii, selon Olivier de la Marche, ■ rnn des beaux hommes que l'on pouvoit veoir. > H fut pendu «D poni-lens. Olivier de la Harehe, 1. I, ch. xxvn. Lettre du duc, dqàdtée.
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[1453]
CHAPITRE GUI.
Comment le duc de Boui^oiagne conquîst la forteresse de Poucques.
Apprez la priose de la place de Secavebecque et l'execucioD comme oy avez, le duc de Bout^oiogne, atout son armée, au troizi^me jour apprez qui fu deslogiez dudit Secavebecque', se ala logier et mettre le si^ge devant une autre place nommée Poucques, qui est scituée à trois lieues prez de Gand ou envi- ron, et itec Bst asseoir son artillerie, et des bombardes qui y estoient, fu ladicte place fort battue. Pendant 1 le temps duquel logis ung chevallier de noble gene- racion et fort renommé de grant vaillance, que on nommoit messire Jaques de Lalaing, natif du pays de Henault, ala veoir le get de l'une desdictes bombar- des, laquelle estoit affûtée et preste à tirer contre la- dicte Forteresse de Poucques ; et ainsi comme ledit chevallier estoit deacouvert à demie teste du manteau d'icelle bombarde, ung canonnier de ladicte place, qu'on disoit estre prebstre, tira d'un weuglaîre apprez ledit messire Jaques qui l'attaingni par dessus la teste,
1. Le duc arriva le SOjuin, i, midi, à Audenardei le lendemain, il se rendit k Courtray ; il était devant Poucques le ^juillet. Lettre citée, p. I3t,et une autre lettre, du 13 juillet, p. 132.
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOUCHY. 83
duquel coup lui fut osiée'. £t d'icellui moru et son _/ corps fut promptement portez en l'église de ladicte ville. Pour laquelle mort ledit duc de Bourgoingoe, les princes , cappitaiunes et nobles hommes de sa compaingnie furent raoult desplaisans , et non sans cause*, car à la vérité, il estoit chevallier de grant honoeur, et bien renommé en vaillance ; ad cause de laquelle mort ledit duc fut plus esmeu à l'encontre de ceulx de ladicte place, car il fîst sy grani dilligence de leur porter dommage, que ilz se rendirrent à sa voutenté*, et ne demeura giieres de temps ; et quant ainsi en fut fait, sans long delay, les fîst tous pendre aux arbres estans autour de ladicte place*.
I . Voyez la Chronique de Jacques de Lalain, cb. c.
S. ■ Le deui) fut si grant partout l'ost qu'il ne s^nbloit pas (jne uDg cbacon eust perdu l'un de ses meilleurs amis....; il fat [>liis d'une heure que tons ceulx de l'ost furent si accoisiés que de uog tret d'anj arrière on n'eust homme ne femme oy pour le deuil qne ung diacun en faîsoîl. ■ Chastellain, dans le Trisor nattnnat, p. 141.
3. Chastetlain prétend que la place se rendit le S juillet; mais on voit par la lettre du duc qu'elle tint pendant neuf jours. Or, c'était le 2, comme on l'a vn, que le duc avait commencé le siège. n est certain que le 7, Poucques n'avait pas capitulé, car on a nne lettre originale écrite, i au siège devant le chastel de Poucques, le m* jour de juillet, ■ par le comte d'Étaropes à son frère le coœie de IVeren. (Hs. Fr. 2894, f. 1 .)
4. ■ .... A la volonté du duc, dit Chastellain, qui fut telle que toos les bommcH furent penduz et estranglez. * Voilà cette aménité qn'a célébrée Ibomas Basin I
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[1153]
CHAPITRE CIV.
Comment le duc de Bonrgoingne conquïst le chasteau de Gavre et de la bataille qui y fut.
Et ce meisme temps^ et incontinent apprez les ren- dicions desdictes fortresses de Poucques et de Seca- vebecque et que le duc de Bourgoingne eut laîssië rafirescfair ses gens, tant en la ville de Courtray' comme es (aubours et à l'environ, par l'espace de XV jours, pendant lequel temps fut adverti qu'il y avoit des Gantois dedeos le chastel de Gavre, jusques au nombre de lx à un" hommes de guerre. Veans qu'il n'y avoit plus de place à l'environ de la ville de Gand qui lui fust préjudiciable, se délibéra y aler mettre le siège, ce qu'il fist; et, atoutte son armée, au bouh desdis xv jours, se loga autour et à l'envi- ron dudit chastel de Gavre', en tenant le siège devant icelltii, où il fut par t'e^ace de xvi à xvni jours. Ou-
1 . Le duc, dans sa lettre du 1 3 juillet, e^tpliqne le motif de cette inaction -. < Nous sommes retraiz en cesle nostre ville de Courtray où nous arrivasmes samedi derrain passé, et n'avons depuis peu plus avant piv^ceder au fait de nostre {guerre, pour ce que paiement ne s'est peu faire de nouvel à noz gens d'armes, et nous a con- venu jusques à présent séjourner icy, où nous sommes eocoires de présent à nostre très grant dommaige et desplaisance, > Gachard, Cotlectian de Documents inédits, t. II, p. 131.
2. Le 18 juillet (Jeao de Cerisy).
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[I«01 DE HATHIEn D'ESCOUCHT. 87
qud temps, fut «dverti, par aucuns qui estoieat en sa compaiugoie, que, sec'estoit son plaisir de eulx donner licence de pooir parier et communicquer aveuc ledit cappttaiune d'îcelle [dace', qui leur sambloit que ce serait le tûen et {»ï)uffît dudit duc, aussi l'abbreTia- don de la prinse d'icelle; sur lesquelz advertissement icellui duc fu contens qpie ainsi le feisseat.
Et sur ceste licen(« îceuli advertisseurs trouverait maDÏère de parler et communiquer aveuc ledit cappi- tainne. Ouquel parlement tenant eult faictes pluseurs ouvertures d'un costé et d'autre, pour tousjours venir affin de icellui chaste) mettre à obéissance en la main dudit duc. Entre lesquelles ouvertures fu parlé, savoir : comment ledit ohastel seroit mis en icelle main, et aveuc ce comment on porroit faire saillir ceulx de la- dicte ville de Gand, afBn de sur eulx prendre pugni- don et veoganoe de leurs haultainnes et grandes en- Ireprinses. Et fut conclud par le cappitainne d'icelle fAa<x, que préalablement icellui cappitainne, jusques au nombre de quatre ou cinq de ses genz, tel qu'il Torroit prendre et eslirre, s'en iroieut franchement hors d'iceUe place , et d'illec aler en ladicte ville de Gand, pour advertir ceulx d'icelle et faindre que l'arma dudit duc se rompoit, et que la plus part de ses gens le habandonnoient et s'en aloient par def- faulte de paiement, et que icellui duc n'estoit demouré que à ung petit nombre de gens, et qu'il y avoit grans finances, là où on porroit bien gaingnier.
Et comme il avoit esté conclud par entre eulx, en fut fait. Et se parti icellui cappitaine dudit chastel de
i . Amovid Vander ^>eeien.
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88 CBROMQUE [14S3]
Gavre, lui cinquiesme', et dit à ceulx qu'il y laissa, que le landemain, dedeos dix heures, averoient se- cours, et qu'ilz fissent bonne garde. Et ainsi se party d'icellui chastel, de mût, sans autre chose declairier à ceulz qu'il y laissa. Et lia arrivé en ladicte ville de Gand, fîst ceux, de ladicte ville assambler en granl nombre, ausquelz il disl les choses avant dictes, et que s'ilz se voloient teettre sus en bon nombre et le lendemain y aller, on rueroit jus ledit duc et sa com- paingnie.
Sur lequel rapport et-advertissement, les hosmans en icelle ville, atoutte très grand diligence, firrent sa- voir par toutte la ville que chascun fut prest en armes pour aler sur ledit duc , à intencion de le ruer jus. Mais, en ces conclusions prenans, dirent audit cappi- tainne qu'il alast aveuc eutx, dont il s'escuza et dit ainsy : qu'il avoit esté longuement en grant painne et travel, à garder ladicte placer et mesme que ceste nuit qu'il estoit sailly, n'avoit point eu de repos; en requérant que on le laissast reposer. De quoy iceulx de Gand, qui desjà se estoient assamblez jusques au nombre de xxviii mille combattans ou environ ^ cui- dans que icellui cappitainne leur eust dit vérité, fu- rent coDtens; et ainsi demourra en ladicte ville. Et sur celle conBdence, icellui jour de lendemain, se partirent de leur dicte ville lesdiz Gantois, ou nombre que dit est, tirant le chemin audit lieu de Gavre, pour
1 . Le 22 juillet. Il aonùt, selon Jean de Cerisj, été accompagoé de quinze hommes > tant Anglois que autres ».
S. Il j avait parmi eux trente à quarante Anglais (Chastellain, Ti-ésor national, p. 143}. Un de leurs chefs, Jean Fox, avait prêté son appui au capitaine de Gavre pour entraioer les Gaoltû,
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[1453] DE MATHIEU D'ESCOTJCHT. 89
cuidier furnir à leur iotencion. Mais ledit duc, qui de ' tout estoit bien adverti par les moieDs dessusdis, sa- cbans ladicte venue, et aussi leur puissance et con- duire', fist de tant plus haster son artillerie, et tirer très souvent à l'encontre dudit chatiel de Gavr^, pour lou^Qurs donner plus grant crainte à ceulx dedeus. Et quant ilz se virrent ainsi fort pressez d'icelle artil- lerie, veans que le temps et l'eure estoit passée du secours que leuravoit promis leur cappitainne, doub- tans qu'Uz ne fussent piins par assault et de force, se mirrent en la grâce et niercy d'icellui duc, et lui firent ouvrelure dudit chastel'; et incontinent qu'il en fut rendu au desseure les fist tous prendre, et à une justice qu'il avoit fait faire et assir à ce propos devant ladicte place les fist tous prendre*.
Et ainsy comme ladicte execucion se faisoit, et que desjà avoit mis en Ordonnance ses gens d'armes, c'est assavoir avant garde, bataille et arrière garde, au devant par où lesdis de Gand dévoient ariver, mais ce nonobstant iceuls. Gantois, qui estoient fumis de grant nombre d'artillerie, le affuttèrent au devant de ladicte avant garde, de laquelle estoit chief le seigneur de Blaimnaont, mareschal de Bourgoingne. Et ce veans par lui, se joingny aveuc la bataille dudit duc,
1. n «5t cnrieDX'de voir conimeiit le duc arrange cet évéïie- innit dan» une letiA qu'il adressa le 29 juillet à Charles VII, et qoe nous doniHWs dans nos Preuves.
S. Le 23 juillet au matin. Chastellain, /. c
3. Des Anglais se trouvaient aussi dans les rangs de la garnison de Gavre; ils implorèrent l'osûstance de quelques seigneurs de l'entourage du duc. Philippe répondit : ■ qn'il vouloit que on leur feisi honneur i c'est assavoir qu'ils fueuent les premiers pendus et mis au plus hault. > Chastellain, I. c.
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90 CHRONIQUE [14S3]
et tous ensamble marchèrent jusques à l'avant garde desdis Gantois, à intencion de la gaingnier. Et en ce faisant, les artilleries tant dudit duc comme desdis Gantois, tirrèrent chascun ung coup, ou it en y eut aucuns tuez tant d'un costé comme d'autre'; et sou- dainnement, sans plus tirer, se joingnirrent les parties l'un contre l'autre, et commenchèrent à combattre main à main très vaillamment, par l'espace de deux heures, ou environ; mais assez brief apprez lesdis Gantois Turent mis en desroy, par lequel y demourra de mors à ceste heure sur le champ, de v à vi mil Gantois. Et les autres, qui s'estoient mis en fuite, se rassamblerrent et mirrenl ensamble, en uog pré fermé de bayes plantices, qui estoient fors garnis de longues piques, à la fachon du pays, et aussi de ar- chiers et arbalestrîers, qui fort entamèrent et ble- cherrent tes gens dudit duc, à entrer dedens ledit pré. Mais ce nonobstant, ledit duc, et la plus part de sa compaingnie entrèrent dedens, et par grant vail- lance deflirent lesdis Gantois, en telle manière qu'il en demoura mors oudit pré le nombre de xjx cens, ou environ, et de v à vi mil qui se Guidèrent sauver à sallir, dedens la rivière de l'Escault, où ilz se noierreut*; et le surplus desdis Gantois, cuidans eulx
i . ChasteHun dit : «Le duc SToit fait tirer CDvers ses entieiDys plusieurs ribaudeqiuns que peu servirent. ■ Z. c, p. ikS.
S. On trouve dans Olivier de !a Marche (I. I, ch. xxvni) et dans Jacques dn Clercq (1. Il, ch. lui et uv], un récit plus circonstancié de la bataille de Gavre. Cf. la relation déjà citée de Jean de Cerisy, p. 31 7 et suivantes. — Halhîea d'Escouchy, qui a donné plus hant U liste des chevaliers fidts à Audenarde et à Hevele , se tait sur ceux qui gagnèrent leurs éperons à Gavre. Voici quelques noms que
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[1Ut3] DE HATHIELItD-ESCOVCUY. 91
retirer dedeos ladicte ville de Gand, se mirrent en chemiD; mais ijz furent poursiëvys sy asprement par les geos dudit duc, que à icelle chasse en y moru, comme il me fu certiiBé, de m à lui mil, ou plus'; et fut par ce que icellui duc ordonna et commanda que tout homme qui avoit prisonniers, les tuast*.
nous foamit M. Qerc dans sod Bùtoire de la Franche-Comté (t. II, p. ^86), d'aprè) les Mss. de Jules ChirQft : Le seigneur de Tod- lonioD et Tristan son Trère jumeau, Go^at de Grandmont, Pierre de Gonx, le seigneur de Rougemont, Ferry de Cusance, Lienard HoDchet, Adrien de Cléron, Jacques de MonUnardn, Anlnine de Ray et son frère. On trouvera dans nos Preuves une liste plus étendue que nous publierons d'après un rouleau manuscrit con- tenant un fragment de chroni(|ne du quiniième siècle.
1. Chartellaindépasse l'évaluation de Mathieu d'Escouchy. Il 6xe la perle des Gantob, tant en morts qu'en noyés, à 20 on 30 000 hommes. Du côté dn duc, il ne périt, selon lui, dans les rangs de la noblesse, que cîntj gentilshommes (l. c, p. 140).' Quant à Jean de Cerisy, il réduit les pertes des Gantois à 1 7 ou 18 000 hommes, et parie de dix i douze gentilshommes boui^uignons tués.
2. Entre la bataille de Gavre et le traité qui suit, il y eut des négociations dont le chroniqueur ne parle pas. Le lendemain de la bataille, 24 juillet, le duc écrivit aux Gantois que, nonobstant la victoire qu'il avait remportée, il était prêt à leur pardonner, selon la lenenr des articles proposés à Lille deux mois auparavant. Le 2S, le doc s'éianl avancé vers Gand, les habitants, par l'entremise des seignears de TFavrin et de Boqueaux, et de Toison d'Or, ses am- bassadeurs, le sotlicitèrent de retourner en son logis de Gavre, ce à qnoi il consentit. Le 26, les Gantois fuent demander an duc, par le roi d'armes de Flandre qui leur avait porté ses lettres du 24, DDsatif-conduit pendant huit jours; ils réclamèrent eu même temps une trêve d'une semaine, la faculté d'ensevelir leurs morts et la grdce de la vie pour les prisonniers. Le duc accorda le sauf-conduit, sans trére, et répondit, pour lesautres requêtes, que les morts étaient enterrés rt qn'il ferait sa volonté des prisonniers. Le 27, les dé- potés de Gand apportèrent an duc les offres de la ville, qui n'é- taient antres que les cooditions dictées par Philippe lui-même. Ils
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CHAOTIQUE [1493]
CHAPITRE CV,
Comment le traïctié de paix fut fait entre le duc Pbelïppe de fiourgoingae et ceulx de sa ville de Gaud*.
a Pbelippe, par la grâce de Dieu, duc de Bour- goingne, de Lothier, de Brabant et de Lembourg, conte de Flandres, d'Artois, de Boui^oingne, palatin de Haynnaut, de Hollande, de Zeelaode et de Namur, marquis du Saint-Empire, seigneur de Frise, de Salins et de Malines, à tous presens et à venir. Comme apprez ce que, par la grâce de Dieu, nous ayons esté victorieux à la bataille qui fu devant Gavre contre ceulx de nostre ville de Gand et leurs adhereus, lundi derrenier passé et xxm* jour de ce mois , lesdis de nostre ville de Gand, le vingt sixiesme dudit mois,
im|»Iurèr«nt en yain un U-aité moins rigoiU'enx. On leur répondit : < que seuremeiit on ne leur changerait ung a pour ung b. ■ Enfin, le 30 juillet, le duc délivra lés lettres qui suivent. — Chastellain, Trésor r»atirmal,\t, 149-lSS {où est insérée la lettre du ducdu24;. — Jean de Cerisy, f. 321 et suivants (lequel donne aussi la lettre du duc, mais avec la date, évidemment fautive, du mardi 23 juillet, ei le sauf-conduit, en date du 27, délivré par le comte d'Étampes). — Gachard, notes de Barante, t. Il, p. 113-1 Ib. — Kervyn de Lettenhove, t. III, p. 378.
1 . J'ai snivi, pour le texte de ce traité, la CoUeetion des Docu- ments inédits de M. Gachard (l. II, p. 143 et suivantes), où ilse trouve reproduit d'après l'original, conservé aux archives de Gand.
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[1453] DE MATHIEU D'ESœUCHY. 93
aient envoyé par devers oous, en nostre ost devant ledit Gavre, leurs députez, en grant nombre, nous suplier et requérir en toute humililé, que en aiant pitié et compasûoD d'euU et du pOTre peuple, et pour éviter plus grande effusion <lu sang humain et la des- truction de nostre dite ville de Gand, il nous pleust de leur impartir nostre grâce et miséricorde, et leur pardonner leurs faultes, leurs delicts et leurs grandes offenses qu'ilz ont comises contre nous et nostre haulteuret seignoiirie, disans qu'ilz n'avoient povoir ne faculté de nous faire amendises convenables, souf- Hsans ne condignes pour la reparacion de leurs dites offenses, se nostre dite grâce ne leur estoit par nous voluntairement et liberalment octroyée, en nous of- frant nous faire pluseurs choses pour amendises proufRtables et honnorables, selon leurs facultez et aussi l'acomplissement de certains poins, à Toccasion desquelz ceste présente guerre avoit esté encom- inancée : sur quoy, nous, meuz de pitté et compassion, et sans nous vouloir arrester à leurs dites faultes et grandes offenses et meismement à ce que audit jour de lundy passé tous les conseilliers, escbevins et aultres de nostre dite ville, avec tous leurs adherens, estoient yssus d'icelle viite en armes, et venus en bataille à l'encontre de nous, avons receu leurs dites offres ainsi et par la manière qu'il est contenu en certaines lettres receues en forme d'instrument pu- blique, dont la teneur s'ensuit :
" In nomine Dominiy Amen. Per hoc prœsens publi" cum instrumentum, cunctis patent evidenter et sit no- tuirty quod aimo ejusdem Domini millesimo qua- dringentesimo quinquagesimo tertio, indictione prima.
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94 CHROHIQUE [H53]
mensis vero JuUi die vicesima octava, pontificatiîs sanclissimi in Ckristo patris et àomini nostri domini Nicolaî, divind providentid papœ quinti, anno sep- iimo, corani illustrissimo et potentissimo principe domino Philippo, Dei gratiâ ^ Bnrgundiœ, Lotha— ringiœ, Braèantiœ, et Limèurgias duce, comité Flan- driaSf ^rt/iesie, etc., ac in mei notarii puhlici^ tes- tiumqite infrascriptoruin, ad hoc speciaîiter vocatorum et rogatortun prsesentid, personaliter constituti, reve- rendi in Christo patres, dominas ahbas Troncfùnensis^, dominas prior Cartusiensis , dominas Balduinus de Fosseux, religiosus Sancti-Baiionis^juxta vHlam Gan- densem, et magistri Joannes Moraen, Joannus de Quercu, Johannes de Raed, Anthonius Sersanders, Johannes Van den Moere, Johannes Van den Poêle et Guillermus de Pottier , nuneii et deputati oppidi Gandensis, ex parte ejusdem suffîcienter fundatt, ad suppUcandum, cum omiu humilitate, illustrissimo principi domino duci prtefaw , pro obttnenda pacificor tionem guerrse nuper suÔortas et adhuc existentis inter eumdem illustrissimum dominum ducem, ex unâ, et suos suhditos, incolas, seu inhabitantes prmdkti oppidd Gandensis, et 'eorum adhérentes partibus , ex alterd, prout de hujusmodi eorum depatatorum fundadone, /acultate et potestate in hâc parte eis tradita satis constitit per Utteras patentes prœdicti oppidi sigillo majori sigillatas , quas ipsi deputati ibidem exhibue- runt : quidquid deputati, ru}mine quo supra, per orga- num dicti magistri Johannis de Quercu, recognos-
1 . Jean Voop, al. Voet, teu Voel , prieur de TronchiennM de 14Wi 147ÎOU73. Gallia Chrhtiaaa, (. V, p. 837.
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[1483] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. «S
centet et confiantes se plura crimina, delicta et offensas contra dictum dominum ducem et suain ma- j'estatem, perperam, inique et indibitè perpétrasse et comtnisîsse, fatentes se emendam condignam facere non posse^ humilli/nè supplicarunt dicta domino duci, quod super hujus modi crîminibus, offensis et delictis, de suis benignilate et clementid^ ipsis gratiam et remissionem plenariam misericorditer impartiri nec~ non, ad bona eorum immobiliaf feoda et alia Iimredir- . taria, ubicwnque situata, ipsos restituere, preeuile- giaque eorum illsesa conservare, ac in suam gratiam eos recipere dignaretur ; offerentes ad hune finem, et ut aaimunt suum ad hoc redderent magis inclina- tum, virtute potestatis etfacultatis in hdc parte eis traditte, utprse/ertur, tenere,Jacere, et realiter adim- plere omnia ea et singida quœ et quemadmodum in or. ticuîis subsequentibus contenta sunt et expressa, quo- ram articuiorum ténor tvrbis gallicis sequitur. Et est taUs.
a Ce sont les ofTres que ceulx de la ville de Gand foDt à leur très redoublé seigneur et prince naturel Monseigneur le duc de Boui^oingne et de Bra- bant, etc., à fin de paix et peur avoir sa bonne grâce, n I. Premièrement. Touchant la creacion el renou- vellemeot de la loy de Gand, lesdiz de Gand offrent et sont coQtens que audit renouvellement de la loy, soit procédé doresenavaut selon la forme et teneur du previlege du Roy Philippe, de l'an mil tu cens et UDg, et sans ce que les doyens des mestiers et les doyens des tisseraos se puissent ne doivent entre- mettre de ladite récréation et renouvellement de loy, ne de l'élection des eslisseurs dénommez oudit prevî-
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08 CHRONIQUE [1453]
lege, De que û?, puissent ou doyent DommËr, ou (aire nommer ausdiz esliseurs aucuos pour les eslîre en nouveaulx eschevîns ou conseîlliers, et aussi ne s'en- tremettemnt aucunement de l'eiercite et jurisdiction d'icelle loy, tfe des jugemens qui se doivent faire par lesdiz eschevins et conseilUers, ne estre presens en la chambre desdiz eschevins quant ilz conseilleront ou jugeront les procès pendant devant eulx; et aussi ne seront point presens quant lesdiz de la loy esli- ront lesdis quatre esliseurs, et s'entremettront seule- ment de ce qui touche et peut touchier la chaîne de leurs ofHces. Et se tlz, par subornacions ou par prendre promesses , s'efforçoienl de faire procéder à ladite creacion de loy, ou que ilz s'entremellent à jugier ou appoinlier causes avec lesdis eschevîns, ou qu'ilz vouidront estre presens à nommer lesdis quatre esliseurs de la ville, ou empeschier lesdis de la toy en leurs offices : en ce cas, iceulx doiens seront privez desdiz offices de doyens et reputez inhabilles pour estre en loy, et en oultre pugniz selon l'exigence des cas. Et sera doresenavant procédé oudit renou- vellement de la loy, selon ledit previlege, en prenant et eslisant xxvi personnes notables et souffîsans, de ladite ville, sans avoir regard aux tisserans ne aux autres mestiers; et sans ce que lesdiz quatre esliseurs puissent eslire ledit nombre de xxvi hors des trois mambres de ladite ville; mais sera en la faculté d'iceulx esliseurs de prendre et choisir, à leur advis, ledit nombre de xxvi personnes, des plus notables et souffîsans de ladite ville. Et aussi demourra en la facullé des vielz eschevins d' eslîre les quatre prou- dommes de la part de la ville, telz qu'ilz verront
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[UB3] DE HAimEU lyESCOUCaY. »7
en lears consciences pour faire TelectiOD des nou- veaux esclievins et cooseilliers , sans ce que lesdîz ' doyens ne aultres s'en entremettent, nonobstant toutes coustumes et usaiges au contraire, et dès maintenant sont contens lesdir, de Gand que sans attendre la mi aoust, -ladite loy soit créée selon, la forme dudit previlege, et ainsi que dit est, et que ladite loy ainsi créée, demeure jusques à ladite mi aoust prouchaine,et qu'elle dure jusques à la mi aoust l'an mil cccc cinquante et quatre.
« U. Itëm. Touchant la bourgeoisie desdiz de Gand, ceulx de Gand, tant au regard de l'acquisicion, que de la continuacion et entretenement de leurs boui^eois et boui^eoises, en joyront et useront dore- senavant selon le cont«[iu de leurs previleges et non autrement, et nonoI)stant toutes coustumes et usaiges au contraire.
« III. I^m. Au regard des bannissemens qui se feront à Gand, escbevins de Gand ne pourront et ne devront doresenavant faire lesdiz baoDissemens, sans Tottroy et consentement de mondit seigneur le duc ou de son baîlly de Gand. Et se ledit bailli De Touloit estre présent avec lesdiz escbievins à faire lesdiz bannissemens, quant requis en seroit, lesdiz escbevins de Gand en pourront faire plainte et do- leance à mondit seigneur estant ou pais; et, en son absence, aux gens de son conseil, pour y pourveoir ainâ qu'il appartendra par raison. Et s'il est trouvé, parties oyes, que ledit bailly ait esté en delfaulte, il sera privé de son office, et un autre mis en son lieu, et avec ce, pugni selon l'exigence du cas.
« IV. hem. Des edicts etstatuz : lesdiz escbevins
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•8 CHROmQUE [US3]
ne pourront ue devront doreseuavant fiùre aucuns edicts, ordonnances ou statuts sans le congié, licence et oitroy de mondit seigneur de Bourgoingne ou de son bailli dudit Gand, en dedairant nulz et de nulle valeur les statuz, ordonnances et edicts qui avoient esté faitz par lesdiz eschevins de Gand, sans le congié, licence, octroy ou consentement de mondit seigneur ou de sondit bailli.
a V. /tem. Ou regard de la coDgnoissance des offi- ciers, laquelle congnoissance mondit seigneur le duc dit à lui appertenir, lesdiz de Gand ont accordé que ladite congnoissance en tous cas criminetz et civilz, concemans et regardans lesdiz ofîîciers, à cause de leurs offices et de tout ce qui en deppend et pourra deppendre, sera et appartiendra à mondit seigneur seul et pour le tout ; et se il advient que lesdiz officiers, soubz couleur de leurs offices, prennent ou arrestent, ou entreprengnent congnoissance sur vrays bourgois de Gand, autrement et en autres cas que es cas qu'ilz sont declairez ou previlege du comte Guy, ledit bailli de Gand sera commis et aura puissance, de par mondit seigneur, de, sur ce, à la complainte desdiz de Gand, appointier et' ordomier et de contraindre lesdiz offi- ciers à remettre et delaissier ladite congnoissance à eschevins de Gand, selon leur dit previlege ; et qu'il trouvera, parties oyes, estre à faire par raison. Et se ledit bailli est trouvé eu deffaulte, lesdiz eschevins en pourront faire complainte à mondit seigneur, s'il est ou pals, et, en son absence, ausdites gens de sod conseil ; et mondit seigneur, ou les gens de son conseil y pourverront, ainsi qu'il appertendra par raison. El s'il est trouvé que lesdiz officiers aient esté
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[J453] DE MATHIEU D'ESCOUCHT, 99
en deflaulte, ilz seront privez de leurs ofHces et autres rois en leur lîeu, et en seront auti-ement piigniz et corrigiez selon l'eiigence du cas.
« VI. Item. Au regard de la congnoissance des de- Ucls et niale6ces commis et perpétrez par boui^ois de Gand , lesdiz de Gand accordent que , se aucun qui soit vray bouigois de Gand commect ou perpètre au- cun delict ou maléfice hors mises les franches villes de loy , lesdiz delinquans qui seront yrays boui^ois ou vrayes bourgoises pourront choisir éstre iraicliez , à cause desdiz delicts ou maléfices par eulx commis, par devant lesdiz eschevins de Gand , ou en juridiction où le cas sera avenu, sans ce toutes voyes que lesdiz de Gand puissent attraire à eulx la congnoissance des excès ou maléfices commis ne des malfaicteurs avec- ques lesquelz les aucuns de leurs vrays bourgois au- ront esté , supposé que le priocipal malfaicteur feust leur bourgois, et n'auront congnoissance , fort seul- lement desdiz boui^ois C|ui auront commis et perpé- trez lesdiz excès et maléfices, hors mises lesdites fran- ches villes de loy , comme dît est.
m VII. Item. Touchant les placquars et lettres closes desdiz de Gand, qu^ilz escripvent aux olHciers de mon- dit seigneur et à autres, ilz doresenavant se escripront et soubz escripront dessoubz , sans eulx mectre en marge ne au dessus en teste ; et se y conduiront et ré- gleront ainsi que font les autres trois membres de Flandres, et non autrement.
« VIII. Jtem. Offrent , pa ' par leurs hoofmans , es- c^TÏDS et doyens, avec ceulx qui viendront au devant
I , Sic dans l'origina) pour que.
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100 CHBONtQUB [U53]
de mondit seigneur, ou de monseigneur de Char- rolois , son 6lz , pour crier mercy , ilz feront porter leurs bannières , les présenteront à mondit seigneur , et les lui rendront pour en faire sa Touleuté , en signe et pour partie de la reparacion de l'ofTense que ceulz de Gand ont commis , en eslevaut et portant contre lui icelles bannières.
« IX. Item. Des blans chapperons : lesdiz de Gand ne useront plus d'avoir lesdiz blans chapperons , ne d'autres gens de telle condicion soubz quelque nom qu'ilz puissent estre nommez , et dont par ci devant , par mauvaise coustume, mise sus contre raison, ilz ont usé, soubz couleur d'exécuter leurs sentences et commandemens ; laquelle coustume est et sera abolie et mise jus ^ mais pour l'execucion desdites sentences et autres explois de justice qui seront et se debvront faire es cas et par la manière qu'il appertieudra, mon- dit seigneur pour ce faire y commectra et ordonnera son bailly de Gand.
« X. Item. Des evocacions des causes et procès in- troduiz et pendans par devant les loîx ou autres o(H- ciers des villes et chastellenies d'Audenarde, de Cour- tray , de la comlë d' Alost , des pays de Waize ' et des Quatre Mestiers, de Biervliet, de Tenremonde et d'ail- leurs, ou pais de Flandres, lesdiz de Gand n'en use- ront plus
« XI. Item. Touchans lesdites villes et chastellenies de Courtray, d'Audenarde, de Biervliet, Tenremonde, d'Atost et desdiz pais et terroirs de Waize et des Quatre Mestiers, lesquelles villes et chastellenies, pals et ter-
1. traite, Waei (note de M. Gac^ard).
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[1453] DE HÂIBIEU D'ESCOUCHY. 101
rouoirs, moDdit seigneur veuU estre et demourer à tousjours et en tous cas Francs et exemps du povoir, auctorité et chasteUenie de Gand , pour les raisons al- léguées de la part de mondit seigneur et lesdiz de Gaad sont contensque lesdiles villes, chastellenies , païs et terroirs demeurent en tel estât qu'iiz sont de présent, sans y estre riens fait ne innové d'une part ne d'autre, durant le temps et terme de demi an , à comp- ter du jour que lesdiz de Gand auront fait ce qu'iiz seront tenus de faire à mondit seigneur pour l'amende honDourable. Pendant lequel temps, et le plus lost que foire se pourra, sera, en ceste matière, appointié et ordonné par TOjre amiable ou de jusdce , ainsi que cy apprez sera advîsé, et dont mondit seigneur et les- dis de Gand seront contens, sans ce toutes voyes que en ceste partie lesdiz de Gand se puissent aidier de la- grâce , abolicion et pardon que mondit seigneur leur fera de leius offenses et mesprentures, ne que icelle grâce leur poisse proufiler , ne prejudicier à mondit seigneur, touchant le fait desdites villes et chastelle- nies de Courtray, d'Audeuarde, Tenremonde, Alost, Biervlîet , et les pais et terroirs de Waize et des Quatre Uestiers, dont dessus est faite mencion. Et demour- ront au surplus lesdiz de Gand , au regard de ce , en tel droit qu'iiz y doivent et pevent avoir de présent.
« Xil. Jtem. Touchant l'amende honnourable, ilz oflErent que leurs hoofmans et conseillers d^iceulx hof- mans, ausà les eschevïns de la loy vieile et nouvelle, et avec tous les doyens et autres des bourgois et habî- tans d'icelle viUe de Gand jusques au nombre de [I mille hommes au moins, viendront au devant de tnoadit seigneur , ou de mondit seigneur de Chari'O-
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lot CHRONIQUE [14S3]
lois son fik, à demie lieue hors d'icelle ville, à tel jour qu'il plaira à mondit seigneur ordonner et de- clairer, c'est assavoir : lesdiz boofmans et conseilliera tous nudz eu leurs chemises et petis draps , et tous les autres tous deschaux et nues testes; et tous se mettront à genoulx devant mondit seigneur ou mondit seigneur de Charrolois; et eutx eslans en Testât dessus- dit, diront et feront dire haullement, par la houche de l'un d'eulx , en langaige françois : « Que faulsse- i( ment et mauvaisement , comme rebelles et deso- K beîssans , et en entreprenant grandement à l'en- «r contre de mondit seigneur et de son auctoritë et « seignourie, ilz se sont mis sus en armes, ont créé cf hooFmans , et couru sus mondit seigneur et ses gens, « et lui ont fait et commis pluseurs invasions et voyes a de fait; qu'ilz s'en repentent, et en requièrent en K toute humilité mercy et pardon à mondit seigneur. » Et ce &it tous ensamble et a une voix crieront mercy à mondit seigneur; et lui requerront pardon, grâce et miséricorde.
n XIII. Item. Touchant les trois portes, c'est assa- voir : les deux portes de ladite ville de Gand , l'une nommée PerseUeporle , et l'autre Euvreporte^^ par lesquelles deux portes lesdiz de Gand yssirent et par- tirent dudit Gand deçà et delà la nvière del'Escault, pour assigter Audenarde *, et l'autre porte nommée OspitaleporU , qui est du costé du pais de Waize , par laquelle lesdiz de Gand yssirent pour aler à Reple-
1. Heuverport«.
t. Par lettres du 26 juillet 14S6, dont l'origiDtl est aux archives de Gand, le duc, faisant droit à une réclamation des Gantois, re- connut qne c'était par erreur qu'avait été indiquée la Heuver-
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[14S3] DE MATHIEU D'ESCOUCHT. 103
monde , et courir sus à rnoodil seigueur et sou ar- mée, lesdiz de Gaud ofirent et sont contens que les- dites deux portes par lesquelles lesdiz de Gaud yssi- rent pour aler assegier ledit Audeuarde , qui fut ung jour de jeud; après Pasques, l'an cinquante deux, se- ront et demourront closes et fermées perpetuelemeut et à tousjours chascun jour de jeudi de chascune sep- maïne de l'an , en telle manière que par iceltes deux portes, lesquelles seront fermées et closes, comme dit est, l'on ne porra cedit jour de jeudy de chascuoe sepmaine de l'an, aucuns entrer ne yssir de ladite ville. £tsont aussi coDtens que ladite autre porte nomH mée YOspitaleporte, en perpétuelle mémoire, soit fer- mée et murée et à tousjours condempoée , sans la po- Toir jamais ouvrir , ne par icelle faire entrée ne yssire en laïUte ville , se ce n'est du bon plaisir de mondit . seigneur ou de ses successeurs , contes et contesses de i Flandres.
tr XJV. Item. Touchant la restitucion des dom- maiges et interestz avenus à mondit seigneur par la dtminucion de son demaine, en ses pais de Flandres et de Haynnau, à l'occasion de la guerre, lesdiz de Gand, avec les autres membres, se assamblet-ont pour ceste cause et communiqueront ensamble pour adviser aucune voye, et consentir et accorder chose qui soit souffisant, et dont mondit seigneur se doye contenter.
B XV. Item. Pour l'amende prouffîtable, offrent lesdiz de Gand que ou cas que lesdiz membres ad-
porte, et que c'était par la porte de Saint- Liévin qtie la sortie avait ea liea; il déclara, en coméquence, que ce serait cette dernière qui terait fermée tous les jeudis (M. Gachard, édition de Barante, t. U,p. llh).
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10& CHRONIQtJE {14S3]
viseront et accorderont avec lefidiz jàe Gand aucune chose raisonnable, de laquelle mondit seigneur se con- tente, pour recorapensacion desdiz dommaiges et îq- ' terestz dont en l'article précèdent est faicte men- cion, ladite amende prouffitable sera de deux cens mille ridres; et se lesdiz membres ne accordmt et appointent sur ladite restilucion desdiz dommai- ges, par la manière que mondit seigneur soit content, en ce cas ladite amende sera de m cens mille liddres d'or,
« XVI. Item. Pour la reparacion plus ample, et pour ta reëdiflicacion de ptuseurs églises destruites en Flan- dres, mesmement de l'église de Replemoode, pour faire croix eslevées et epîtaphées, fondacionsde messes audit Replemonde, et ailleurs où il plaira à mondit seigneur, lesdiz de Gand offrent de paier à mondit seigneur* cinquante mille riddres d'or.
M XVII. Item. Et au regard des poîns'et articles qui Turent passez à Gand par les députez de ladite ville de Gand avec monseigneur l'evesque de Tournay* et autres conseilliers de mondit seigneur, touchant plu- seurs doléances lors faites de la part de mondit sei- gneur, lesquelz articles sont signez des seings manuelz de maistre Jean Rym, maistre Gilles Papal et maistre Pien« Gœtghebuer, lesdiz de Gand sont contens que ceulx desdiz articles qui ne sont comprins ne appoin- tiez cy dessus, et lesquelz mondit seigneur vouldra accepter, seront par lesdiz de Gand aggréez et con-
I, Le duc, par lettres du 0 juillet iktK, fit remise aux Gantois de 70 000 ridden sur le» 3S0 000 qu'ils étaieot teans de lui payer. — Gachard, /. c.,p. 114.
S. Jean Chev rot.
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likSXi DE MÀJBIS.V D'ESCOUCHT. 10S
KDtîz, aiosi qu'ilz ont esté passez et signez par les dessus nommez clercs de ladite vitle. » -
« Qaibus quidem obUtdatùbus et promissionibus die- toriim ikputatorum Gandensium, per ipsum illustris- fimum dominum ducem auditis et consideratisy et eis . medianttbus, ipse domzrms dux nolens, ut asseruit, attendere, nec habere respecUtm ad gualitatem enor- miumgue pbtrium criminum et offensorum per eos contra ipsum et suam majestatem diverse modo per~ petratorum^ sed more pii principis, misericordiam riguori justitiae anteferre^ ob honorem et reverentiam primo Dei omnipotentis^ ac demum ob magnam cordis sut compassionem qud miserim et caîamitati populi Gandensis qui tam inique, tamque astute seductus a vid recte obedientite aberravit, maxime compatitur. Et ut ad cognitionem ivre obedientias reducatur, idem dominas dux prasfatis deputatùs, ore proprio, dixit : quod eos in suam gratiam admittebat et recipiebat, addiciendo, et in promptu Mcifaciendo per dominum Petrum, dominum de Goux^ mililem, consiliarum suum, qtiodf mediante eo quàd omnia ea et singula contenta in prœdictis articidis facere et effectualiter aèUmpl^re tenerentur, et quod illa facerent et adimi- plerent, ipse dominas dux super praedictis quibus- cumque eorum crimintbus, excessibus, offensis et de- lictis,sid> umbrâ et occasione pressentis guerrse, eteà durante, commistis et perpetratis^ litteras suas abo- litioniSf gratitB, et remissionîs in formé condecenti, et in talicasu opportunas, ipsis date concedere annuit et consensit, necnon ad omnia singuUi eorum bona immo- bilia^ uèicumque situata, in statu quo pro nunc repe- rientifTy apprehendenda, singulum eorum restitaendum
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106 CHRONIQUE [I4S3]
fore volait et àeclaravit; sub ed tamen conditione , et eo mediante^ quod iidem deputati, nomine quo suprà, ibidem promiserunt, imâ cum alii's tribus membrîs Fiandrias, consentire, et ex nunc consenserunt , in quantum in eis est, ad hoc, ut certum trièutuRij de nowo erigi et levari possit, ad opus et utiiibitem dtcti domini dueisy super cerds rébus et marchandisiis in patria Flandriœ quœ ad hoc expedientius eligende viderentur, ad eo quod denarii ex eodem trAuto, spaiio quindecim annorum duraturo, provenientes , possint vaiere et talis valoris existere singulis annis, sicut redditus et dominia ipsius domini ducis, occa~ sione hujusmodi guerrae diminuta et deperdila valebant, et antè lempus guerras, singulis annis vaiere poterant, modo et forma alias super hoc latiùs prelocutis. Nec non pro prasmissis omnibus et singulis adimplendîs procurare, cum effectu qubd dicti de tribus membris se obUgabunt et promittent se facturas et curaturos pro et nomine dictorum Gandensium , quod contenta in dictis articulis per ipsos Condenses adimplebuntur, et quod de promissione et obligatione prtedictis, suas da- bunt litteras autentiquas^ et in formé débita ad opus et utilitatem praedicti domini ducis expeditas. Super quibus prœmissis omnibus et singulis, prmfatus do- minas Petrus de Goux , pro et nomine ipsius illus- trissimi domini ducis, petiit à me notario publico infrà scripto sibi fieri atque tradi instrumentum publù:um uman vel plura, in testîmonium astantium innotanda.
u4cta fuerunt hœc in campis, in exerciui dicii illus- trissimi principisy propè castrum de Gavre, in domun- culd portabili ipsius domini ducis, prsesentibus et astan-
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[1483] DE MATHDCU D'ESCOUCHT. 107
tibuSf atm dicto iîiustrissimo demino duce, illustrUms principîbus dominis Karolo de Burgundid, comité Kw dralesii; Johanne de Burgundid, comité de Stampis; illustri domino Âdolpho de CUves et de Marka , do- mino de Bavestain ; domino Johanne de Portugaliâ ',■ domino TfwAaldo de Luxembourg; domino de Fien- nes* ; domino Jacobo de Luxembourg; domino ^n- thonio, bastardo de Burgundid; domino ThicAaldo de Neufchastel, domino de Bîanmont, marescftallo Bur- gundiœ; domino Peiro de Beffropnont , domino de Charny; domino Johanne de Cro/; domino Claudio de Montagu, domino de Coulches; domino Johanne de Ifeufchastelf domino de Montagu; domino Johanne, domino de Lanno/; domino Johanne de Luxembourg, bastardo de Saint-Poly domino de Habourdin; do- mino Simone de Lalaing, domino de Montign/; do- mino Karolo, domino de Roichefort; dicto domino PetrOf domino de Goux, militibus, et Bertrandu de la Broquière. Et ego Johannes de Scoenhove, clericus Ca- meracensis diocesis publicus , apostolicâ et imperiali auctaritatibus notarius, quia prœmissis omnibus et singulis dum sit, utpreemittitur, agerentur, dicerentur et fièrent, unà cum prœnominatis dominis astantibus prœsens inlerfui, eaque sic fieri vidi et audivi, idcirco hoc prœsens publicum initrumentum , manu med pro- prià scriplum, ex inde confeci, signogue meo publico solito et consueto signavl, hic me etiam manu proprid
I. Fila de H«nre de Portugal, Abc de Coimbres, et d'Isabelle d'AngiHi.
S. TA. Gachard ponctue ainù ; mais il faut lire : Thibaut de lAzemboui^ , seigneur de Fiennes. Je rectifie la ponctuation pour les BoiBS qui soifent.
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108 GHROmQTJE [14S3]
subscrUxndo^ in validius tesUmonium omnium et sin- gulorum prœmissorum requtsitus et rogatus.
H Sic signatum J. de Scoenhove. m
« Et depuis, lesdiz de nostre ville de Gand dous ont supplié et requis que nous noua voulsissions trans- porter près de Gand, à demie lieue, en telle place que bon nous sembleroit, pour recevoir d'iceUe nostre ville la reducion et obéissance; et avec ce, ladite amende honnourabte, ainsi qu'il est contenu en l'un desdiz articles desdictes ofTres. Laquelle chose avons accordé de faire, en ordonnant ausdiz députez que ceulx de nostre dite ville pour faire ce que dit est, feussent au devant de nous, aujourdhuy xxix' jour de ce dit mois, date de cestes présentes, à beure de midi d'icelui jour, ce qu'ilz ont fait, en nous criant et demandant mercy, et en nous rendant leurs ban- nières, ainsi en Testât, en la forme et eo la manière qu'il est contenu èsdiz articles.
oc Et ce fiût, nous, estans en armes devant nostre. dite ville de Gand, leur avons dit et fait dire par nostre très chier et féal chevalier et chancellier, messire Nicolas Rolin, seigneur d'Anthune, que: moyennant raccomplissement desdiz articles et du contenu en iceulx, nous leur baillerons noz lettres de grâce, d'abolicion et de pardon, et que ferions publier par tous nos pais, tant de Flandres que autres, bonne et ferme paix et toute sceurté, pour les iohabitans en nostre dite ville de Gand, et pour ceulx qui les ont servy en armes, en fait de guerre avecques eulx, tenans à présent leur party. Et duquel accomplissement du contenu èsdiz articles , tous ceulx qui se portoient esdievins et hoofinans, les
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[14S3] DE BIATHIEU D'ESCOUCHT. 109
doyens, grans et petis, et autres en grant Dombre, representans le corps et toute la commiuiaulté de nostre dite ville de Gand, eD ratilliaDt, approuvant et aggreant tout ce que leurs députez avoient fait et oITert, ont promis d'accomplir de point en point, et de nous en baillier lettres patentes en forme due, scellées du seel de nostre dite ville de Gànd.
a Savoir faisons, que nous, ces cboses considérées, et pour les causes, raisons et consideracioos dessus- dites, et principalment pour honneur et révérence de Dieu nostre créateur, aiant pité et compacion de nostre dite ville de Gand, et de nostre peuple habi- tant en icelle, de nostre certaine science, auctorité et plaine puissance, ausdiz de nostre ville de Gand, inha- bitans en icelle, tant hoofoians, conseilliers, que au- tres, de quelque estât ou condicion qu'ilz soient, qui les ont servy en armes et fait guerre avecques eulx, tenans à présent leur party, comme dit est, (xintre nous et nos subjez obeissans, avons remis, quictié, pardonne et aboly, et par ces présentes remectons, quictons, pardonnons et abolissons perpetuelment et à tousjours tous les delicls, roeffais et offenses que, ilz ou aucuns d'aulx, ont et pevent avoir commis, . pour et à l'occasion de la guerre, division et rébellion par eulx fiùcte contre nous, nos gens et subgez , en qudcooque manière que ce soit, et sans ce que, à ladite occaàon, leur en soit jamais riens demandé, ne que aucune poursuite criminelle ou civile en soit faicte à rencontre d'eulx. Et afin que bonne et ferme paix soit et demeure en nostre dit pals de Flandres, et que pour .le &it de ladite guerre ne puist cy après sourdre aucuns debatz, procès ou differens entre
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ilO GHRONIQUE [14S3]
ceulx de Dostre dite ville de Gand el aultres nos subgez, de nostre dite scieDce, aucloiité et plaine puissance, avons ordonné et ordonnons que ung cbascun, d'une part et d'autre, retournera de plain droit à ses maisons, rentes, censés, Befs, heritalges et biens immeubles, et que ung cbascun en joyra, et les aura et prendra h la charge et en tel estât qu'il les trouvera de présent, sans les povoir autrement calen- gîer, requérir, avoir, ne demander. Et se aucuns meubles sont trouvez èsdites maisons qui auparavant de la guerre y estoient, et appertenoient avant ladite guerre encommencée à ceulx à qui ïcelles noaisons ap- pertenaient, iceulx meubles leur demourront. Et au r^ard de tous autres meubles, debtes, arreirages, louaiges de maisons et fruiz recueilliz et prins ou levez avant la date de ces présentes, l'en n'en pourra jamais faire querelle, demande ne pom-suile aucune, d'une part ne d'autre. Et samblabtement voulons et nous plaist esire fait, au regard des fruis et proufHz des bénéfices des gens d'église, levez et perceuz durant ladite guerre et rébellion; desquels fruis et proufliz receux ne sera aussi faicte aucune poursuite d'un costé ne d'autre. Et en oultre, avons ordonné et or- donnons, de nostre dite science, auctorité et plaine puissance, que tous bannissemens, declaracions, edicts ' et status fais en nostre dite ville de Gand, durant le temps de ladite guerre et rébellion, ne sortiront aucun effect; etlesquelz, comme nulz, nous avons rappeliez et révoquez, rappelions et revocquons, et mectons au néant du tout par ces mesmes présentes. Et afin que ce soit chose ferme et estable à tousjoura, nous avons fait mettre nostre seel à ces dites présentes et aux sam-
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[1U(3] DE MATHIEU lyESCOUCHT. 111
blables. Donné en nostre ost devant nosti-e dite ville de Gand, le peoultiesme jour du mois de juillet, l'an de grâce mil rccc cinquante et trois. Jinsi signé: Par monseigneur le duc.
n 3. DE MATISEnCB.»
CHAPITRE CVI.
Commeot Jaspard Barbien, Venîssien, bailla reùsteitoe au graot Turcq qui voloit assiégiez la cité de N^gre- pont.
Vous avez oy la manière de la rendicion et du traiclié que ceulx de la ville de Gand eurent aveuc le duc Pfaelippe de Boui^oit^e, comte de Flandres, leur naturel seigneur, et comment, pour les faultes qu'ilz avoient faictes l'année précédente, il les pugnUt criminellement, civillement et honnourablement. Sy lairons de ceste matière à parler, et retournerons aux entreprinses que le grant Turcq dont devant avons parlé, faisoit en ceste année cinquante trois. Vray est que, environ la Saint- Martin d'iver, icetlui grant Turcq mist sus grant nombre de galées et vaisseaux, fors garnis de gens de guerre et de vivres, à intencion de mettre et poser le siège devant une cité, nommée Ne^repont. Hais ce venu à la congnoissance de cenix de ladicle cité, et d'un gentilhomme nommé Jaspart Bartïîen, Venissien, se assamblèrent grant nombre
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m CHRONIQUE [liS3]
de crestiens des marches d'environ, et se mirrent tous ■ eDsambte audevant dudit Turcq et sur le chemin qu'il devoit tenir à voloir mettre sondît siège , où ilz ren- contrerrent ly l'ung l'autre; ouquel rencontre eult merveilleuse et dure bataille, car icellui Jaspart et les crestiens, qui estoient en grant nombre eo sa com- paingnie, s'y porièreot sy vaillant, que sur le champ y demora mort, de la partie des Turcqz, jusques au nombre de dix mil ou environ. Et furent iceulx Turcqz mis en fuite et en desroy, où tes crestiens gaingnièrent graos finances. Et ne peutt à ceste heure ledit Turc fumir soD entreprinse; et, par ce moyen, demourra ladicle cité paille, sans avoir quelque siège. Et ne fanlt doubler se ledit Jaspart, à sou retour en icelle cité, fut grandement honnourez et festoyé par les hab- bitans en icelle. Aussi y avoit bien raison ; et assez brief appre/, icellui Jaspart s'en retourna à Venise, et dit aux Venissiens ces nouvelles, qui sunblabte- ment en furent moult joyeux, et par eulx fu grande- ment festoiez. Mais, en brief temps apprez icelle des- confîture, ledit Turcq manda et escripvit au Roy de Honguerie et ung seigneur du pays, nommé Janus, Blanc de Honguerie, dont cy devant avons parlé, que iHÎef les yroit visiter, ou cas que à lui ne vorroient faire obéissance. Et, sur ces nouvelles, icellui Blanc, du consentement du Roy, lui manda qu'il n'attende- roit pas sa venue, et que, à l'ayde de Dieu, la saison d'esté venue, le yroit visiter, et le chasseroît aussy loing qu'il avoit ooques fait son père. Lesquelles be- soingnes on fist savoir à Phelippe, duc de Boui^oin- gne, à intencion de sur ce donner ayde el secours.
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[I4B3] DE MATHIEU IVESCOUCHT.
CHAPITRE CVIÏ.
Ck>inment le Roy Henry d'Angleterre (iit mis eu tutelle, et au gouveraemeat du Royabne fut comini» le duc d'Iopc.
En ceste meisme ann^, le Roy Henry d'Engleterre fut mis en tutelle par les trois estas de son Boyalme ; et au gouvememeot d'icellui fut ordonné, pour ré- genter ledit Royalme, le duc d'Yorc, dont le pœupple fut fort esmeu, et doubtoient qu'il ne contendeist de voloîr avoir la couronne , et en brief temps soy faire Roy; et sambloit à aucuns^ que pour ce avoit fait morir le duc de Gloucestre.
CHAPITRE CTIII.
Comment le duc Pbelîppe de Bourgoingne et autres princes firent pluseurs banquetz à Lille, et comment le duc d'Allen^n ala devers lui en icelle ville de Lille.
Droit es mois de février et de mars de ceste an~ D^ Lin, le duc de Bouigoingne, lui estant en sa ville de Ulle-lez-Flandres , se Brent pluseurs banquez et
Dni.tizc-ct.CoOglC
114 CHRONIQUE [14S4ii. s.]
assambléez, tant de nobles princes, chevalliers et es- cuiers, comme de nobles princesses, dames et damoi. selles ; c'est assavoir le duc de Dèves, nepveu dudit duc , i|ui Bst le sien en l'ostet du sieur des Aubiaux ', par ung mardi xx* jour de janvier. Le comte d'Es- tampes en fist ung en son hostel, le mardi y* jour de février ensievauL; et ledit duc de Boui^oiiigne, en son hostel lez-Saint- Pierre dans icelle ville, le di- mence xviii' jour dudit mois de février'; auquel ban- quet d'icellui duc, furrent fais pluseurs veux et de par pluseurs princes et seigneurs, chevalliers et e»- cuiers estans illec, pour aler en Turquie contre les Turcqs et iafidelles de nostre foy, comme cy apprez TOUS feray plainne declaracion. Et en ce meisme temps, environ le premier bebourdïs*, le duc d'Allen- chon arriva en la ville de Tournay, qui estoit venus des p>arties de France, et d'ilec se parti par ung jour incougneu, et s'en ala en ladicte ville de Lille, acom- paingnié d'aucuns de ses gens qui raenoient les sau- mîers; et lui, de sa personne, en ce point, ala descendre, sans avoir autre compaingnîe, droit à l'ostel dudit duc; et sans autrement soy faire con- gnoistre, ala jusques à la chambre d'icellui duc, au- quel, sans avoir conduitte, lui ala faire la révérence.
1 . Waleran, seigneur des Aubeaux.
2. Le banquet avait été retardé de quelques jours. On paya en dédommagement à Jehan Yver, ■ marchant fournissant la des- pense de boucherie et poullailler, >> la somme de i 00 livres. H. de IjSiyytAe, les Ducs de Bourgogne, Preuves, t.ï, p. 416. — lijadans cet ouvrage de nombreuses mentions relatives aux dépenses occa- sionnées par la fête du Faisan. Nous nous bornerons à en relerer quelques-unes, renvoyant, pour les autres, au livre lui-même.
3. Taunioi.
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[1454n.s.] DE MATHIEU D'ESCOUCUY. US
Et quant icellui duc t'eut congnu, lui 6st grande re- cepcioD, et fu mal content du seigneur d'Ârsy ' et de Hervé de Meliadès, lesquelz il avoît envoyé en tadicte ville de Toiirnay, devers icellui duc d'AUenchon, afGn de savoir sa venue de bonne heure, à intencion de voloir aler aux champz au devant de luy, lesquelz de ce ne peurent faire leur devoir, parce que ledit d'Aï- lençon ne se voult ouques descouvrir à eulx de son département. Neantmoins il fut grandement receu et festoyé par ledit duc de Bourgoingne et les princes et seigneurs de son hostel. Et apprez qu'il eut esté ainsi receu, à son parlement, icellui duc fîst paier tous ses despens et de ceulx de sa compaingnie, quy estoient en nombre de deux cens chevaulx ou environ ; et sy leur fist pluseurs grans dons de joyaulx et vaisselle d'argent, montans à grosse somme de deniers. Et d'ilec prînt son chemin en la ville d'Aras, à Dourlens et à Abbeville, et tira son chemin à Rouain et en Nor- mendie. £t assez brief apprez, eut pluseurs graos affaires de sa personne, comme vous orez, dont le- dit duc de Bourgoingne fut courouchié et desplaisant.
1. J'ai longtemps hésité sur l'attribution du nom de ce per- sonnage. Un Jean , seigneur et baron d'Arry (il signe ainsi, mais (»] rencontre aussi Arty) , serrait en Normandie dans les rangs des Anglais en 1437 et aauées itntantes {Titres scellés de Clairam- b«ull, vol. 5 et 136). Je trouTe dans Dom Villevieillej en 1438, un Jean d'Arvillier, écuyer, seigneur d'Arcf. EnGn je rencontre, vers 1480, Jean le Vaste, chevalier, seigneur d'Arcy (Archives, UM, 1095, n> 11). Il y a tont lieu de croire à l'identité des deux premiers; c'est sans doute de ce Jean, seigneur d'Arcy, que parle le chrraiiqueur.
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CHAPITRE CIX.
Gomment les eotremès, jouste» et veux furent fais aux banquets les ducs de Bourgoingne et de Clèves*.
Or, vous vœul declairier la manière et la conduitte qui fut tenue es banques des seigneurs, dont cy de-
1 . J'ai Rompâré soigneusement ce chapitre, contenant la relation de la fête du Faisan , avec denx autres relations qu'on pos- sède : l'une, insérée dons les mémoires d'Olivier de )a Marche ; l'autre qui se troave dans le manuscrit Baluie, 10319* (Fran- çais 5739), f. 17S k ZS7. — M. Barrois, dans sa Biblioihfgue pmypograpkiijue, mentionne, sous le n° SS4i, un manuscrit ayant fait partie de la biUiothéqtie des ducs de Boui^ogne et por- tant ce titre : > Ordonnances du banquet cpie fist, en la ville de Lille, Philippe, duc de Bourgogne, en l{i83, le 17 février, avec les vaux des seigneurs de Flandre, d'Artois et de Haynaut. > Pedt in-rolio snr vélin, d'environ 200 feuillets. Enfin, M. Van Praet, dans ses See/ierchet sur Louis de Bruges (notes, p. 32S, n' 13), cite • VOrdùimance du Banqaet, Ms. in-4°, original, qui se trouve dans la bibliothèque du Roi. » Je ne connais de reladon du banquet & la bibliothèque que celle du Hs. Baloze 10319*. Est-ce celle-là que M. Van Praet a citée?
Mathien d'Escouchy donne, comme on va le voir, de la famense fét€ du Faisan, un récit presque identique aux récits d'Olivier de la Marche et du Ms. Baluze 10319*. Quelle est, entre ces trois versions, la relation originale ? M. Buchon, qui n'a confronté que les deux relations de la Marche et de Mathieu d'Escouchy, penche k attribuer à ce dernier le mérite de l'originalité. Je ne saurais adopter cette opinion. Mathieu d'&couchy a pu connaître certaines particnlarités qui avaient échappé à Olivier de la Marche et même
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[145bn.s0 DE HATHIED D'ESCOUCHT. 117
TBDt est fiùcte mendoD ; aussy des tnetz et entremetz de quoy on servyt à iceuU baoquetz; aveuc la decla- raôon des veulx pour aler en Turquie, qui y furent fais, tant par iedit duc de Boui^oingoe, le corate de Charoloîs, sou fîlz, comme aultres princes, barons et grans seigneurs, aveuc pluseurs chevalliers et escuiers de grant auctorité, selon ce que je en peux veoïr, et avoir reltenu de mon petit entendement'.
à raolear anonyme de la reUtion du Ms. Balaie, mais il n'est pas pour cela original. La Uarche assistait i la fâte (nons avons le vœa qu'il prononça). L'auteur anonyme est plus complet et plus cir- constancié qne la Marche, et doit être aussi un témoin oculaire. Ponr Maihîen d'Esconchy, je doute fort qu'il ait assisté à la fêle qu'il décrit. H a di) composer son récit pièces en nuûns , ayant sons les yeux les antres relations, copiées plus ou mmns serrile- ment sur une relation originale qui leur avait servi de typcj mais, selon son habitude, il ne se contente paa d'une simple copie, il utilise les données qu'il a pu recueillir auprès des seigneurs de la coar de Boni^c^e, et surtout de certains des plus puissants, dans rÎDtimîté desquels il paraît avoir été. Ce qni le prouve, ce sont les variantes qn'on trouvera minutieusement relevées; ce sont les quelques passages qni appartiennent en propre à Mathien d'Es- conchy; c'est enfin qne sa relation est la plus complète que l'on possède, et que seule elle donne textuellement et intégralement Ions les voeux qui ont été prononcés.
1 . Voici comment débute Olivier de la Uardie, qui est suivi ici presque textuellement par la relation du Hb. Baluxe 10319* (je CErai observer qne tontes les variantes empruntées i Olivier de la Marche scHit relevées d'après une version manuscrite pins correcte que les éditions imprimées. Hs. de la Hare 8419', — actuellement nwifais 2869) :
■ PanrceqnegrandesetbonDorablesnuvresdesirait loingtainne ■ renommée et perpétuelle mémoire, et mesmement quant lesdictes (Bovres sont faictes en bonne iotencion, je me suis entremis de meHreparescriptetenregistrerparordre, auplusprèsde la vérité cl sdoa mon petit sentement, une feste faicte à Ijsie le xvn* jour
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118 CHRONIQUE [1484 n. s.]
Le commencement desdiz banquez, sy fut par uoe jouste qui se 6st ea icelle ville de lille, le xvii' jour de février, oudit an Lia, et laquelle avoît esté criée à uDg banquet fait par le duc de Clèves, eavirou xvm jours paravant. Auquel banquet fut ledit duc de Bourgoingne, ensemble les princes, seigneurs, dames -et demoiselles de sa maison ; et fut le cry tel : que le chevallier au chine', serviteur aux dames, faisoit savoir à tous princes et nobles hotnmes, que le jour que le duc de Bourlingue feroit son banquet, op le trouveroit en ladicte ville de Lille, armé de hamois de jouste, en selle de guerre, pour jouster à la toisie', de lance de mesure et de courtois roches', à l'ea- Cûntre de tous ceulx qui venir y vorroieot ; et cellui qui, pour ce jour, feroit le mieux, au jugement des dames, sans ce qu'il s'en exemptast en riens, aroit et gaigneroit ung chine d'or, enchaîné d'une chaine d'or; et, au boult d'icelle chaine, ung riche rubis, que les dames presenteroient à cellui qui l'arroit desservi.
de février l'an mi) qutire cens cinquante Irois par très excellant, très bault et très puissant prince Monseigneur le doc de Bom^in- gne, de Brabant, etc. (tous tes titres sont menlionnés dans le Ms. 10319'), et commença icelle fesle par une jouste cedit jour, la- quelle jouste avoit esté crjée a ung trè» beau bancquet .qu« ' Monseigneur de Clèves donna , > etc. t. Cygne.
2. Olivier de la Marche : > A la toîlle. > Ms. Baluze : ' En la trille. B
3. Olivier de la Marche, version des imprimés : < roquets. * — BAtons ferrés (Eoqueforl). Godefroy dit ; < Ce sont des lames dont les pointes de fer sont ahatuea pour ne pas blesser en des tour-
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[1454 n. s.] DE MATHIEU D'ESCOUCHY. U9
Tel fb le cry et ordonnance Tait par l'adveu de messire Aldof de Clèves, frère au duc de Clèves', et Depveu' au duc Phelippe de Boui^oïngne, qui estait cellui pour quy la criée se faîsoit. Et, à ce que je vis, ladi<^ criée et jouste se faisoient au pourpos d'un eotremetz qui fut fait à cedit banquet, et qui conte- noit eo largeur* la pluspart de la table prîncipalle*. £t iiit une nef à voille levé, moult bien faicte, en laquelle avoit ung chevallier tout droit, tout armé', et estoit son corps paré et vestu'd'une coste d'arme des plaînnes armes de Clèves. Plus avant^, avoit ung chine d'argent, moult bien fait, lequel chine fut aorné par le col d'un colier d'or, auquel tenoit une longue chaîne d'or, dont ledit chine nooit par engin des- soubz en icelle nef. Et à l'un des boutz de la- dicte table estoit assiz ung chastel moult riche et bien fait, et sambloit proprement ung chastel bien siluë et forliflié', au piet duquel chastel flottoit ung
i . < Frère, > etc. Ce détail, qui se trouve paiement dans le Ms. Baltuc, esi omis par la Marche.
8. t Nepveu, > etc. Ce délai! appartient en propre à Mathieu d'Escouchy.
3. 1a Marche : s Longueur. >
4. La phrase est ainsi conçue dans le Ms. Baloze :<.,.. qui fut fait aodit banquet à la plus prindpale tablé, et tenoit de longueur la plus grant partie d'icelle table. >
5. \a Marche et Ms. Balnze : i Tout droit armé. >
6. Le Ms. Baluzti ajoute : > Par dessas le hamaiz. •
7. Ms. Baluze : « Et pnix devant. ° I.a Marche :> Et dtvant.i S. La Marche : ■ Dont ledit signe faisoit manière de tirer la
nef. * Hs. Baluze : * Par laquelle ledit chine tiroit icelle Def. >
9. lEtsambloit Ceci n'est pas dans la Marche. Ms. Baluze ; *
> Et sambloit estre patronné sur ung autre et estoit sûrement et bien sdtné et fortifié. «
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120 ' GHftONIQUE [145b n. s.]
faucon' suruneg^ase rivière; et me fu ditqueceset- gaifioit et monstroil comment jadis, miraculeiMemeot, uog chine meaa en une nef par la rivière du EUd, ud^ ' chevalier au chastel de CLèves ; lequel fut moult ver- tueux, et vaillant; et l'espouza la princesse du pays, qui pour lors estoit vesve ; et en ot lignié, dont les ducs de Clèves venus depuis icellui temps et ceutz de présent sont veous, yssus et descendus, qui est sy noble lignié es Allemaingnes, comme l'eosçet'iet pour ce, me sambla que la manière de la criée en- ùevoit l'efect de l'entremez*.
Et caste nuit, fut présenté le chappelet, pour faire le second banquet*, au comte d'Estampes, qui le fîst par ung jour de mardy audit lieu de Lille, en son hostel*, environ dix jours apprez. Lequel banquet fut moult plentureux* et riche, et garny de moût nou- veaux entremès, dont je me passe pour abregier : car à tout declairier, la chose seroit moult longue, et veulx venir à mon inteacion'. Et à icellui banquet
i . Goderroy met en note : ■ Ce«t'à-dire nn petit Taisseao. ■
2. La Marche dit simplement : ■ Dont lesdis ducs de Clèves jnsqnes à ce jour sont ysauz. > — Consulter, sur la légende du cheyatier au cygne, l'introduction placée par H. de Reiffeoberg, eo tête du poëme du Chevalier au Cjrpte, dans le tome IV dea Monument* pour servir à l'hiitoire des provinces de Samur, de Hainaut et de Luxembourg (18b6).
3. Ceci est omis dans le Hs. Baluie.
k, ■ Pour faire.... > Dans d'Esconchy seuleinent.
S. Ce document n'appartient qu'à Madiieu d'Escouchy. Ponrtant le Ms. Baluze dit : « Par ung mardi. >
0. Abondant.
7. La Marche et Ms. Baluie : t Pour abréger et pour voiir à moa intendoD. ■
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[IftSbn. >.] DE HATBIEU D*ESCOUCBT. 121
Eiit présenté ledit ehappelet an diic de Boui^ing;ne'; et la manière fut telle que apprez que leâ mez furent levez des tables, saillirent hors d'une chambre grant nombre de gens, chascun tenant en sa main une torse de cbiire; apprez lesquelz vint ung officier d'armes, serviteur dudit comte' d'Estampes, nommé Dourdain, vestu de sa cote d'armes; et apprez icellui ofBcier, Tenoient deux chevalliers, chambellans dudit comte*, dont l'un se oommoit messire Robert de Miraumont, et l'autre messire Gavain Quieret, seigneur de Drueul*; et estoient iceulx chevalliers vestus de longues ï'obes de velours noir, fourrées de martres, et n'avoient riens sur leurs Cbiefz; et portoit chascun en une main ung gentil chappellet de flours. Apprez eulx, venoit une très-belle dame*, de l'eage de douze ans, vestue d'une robe de soye violet, richement brodée et estofTée d'or. Etluiperçoient* unes manches oullre sa robe, d'une moût délié toisle, escripte de lettre d'or grigoise^; et estoil sou chief paré de ses cheveux beaux et blons, et par dessus une tocque, afMlée* d'un volet* moult enrichi de pierres*. Celle
t. La Marche : « A nxnteigiieur le duc. > Hs. Boluze : * À
rnoodit seignear le Ane de Bourgoingne. * t-3. La Marche et Hs. Baluze : * De rnoodit aeignenr. • k. La Marche les désigne ainsi : > Monseigneur de Miraumont
et nwnseignenr de Druenl. ■'
5. Ms. Bainze : * Fille. -
6. La Marche : ■ Partoient. > Ms. Baluie : ■ Passoîent. >
7. Godefroy : M. grecque. — Le mol d'or ne se trouve ni dans la Marche ni dana le Ma. Baluze.
8. Couverte.
». Godefroy : AL Bavotet.
10. La Marche et Bis. Baluse i > Pierrerie. >
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121 CHRONIQUE [1494 n. s.] .
dame estoit montée sur une moult belle haquenée, couverte de boùchie' de soye bleue, et le m^ioient trois hommes à pié, yestus de manteaux de soye ver- meille, portans chapprons à cornette de soye verde; et aloient ces trois chantaDs une moult estran^ chansoD faicte à ce pourpos. En telle ordonnance, passèrent par devant les tables, et allèrent jusques devant le lieu où estoit assis le duc de Bourgoingne*; et quant l'ofHcier d'armes et les deux chevalliers eurent fait la révérence